Toi, je ne sais pas, mais moi, je déteste aller chez le
coiffeur et faire des courses. En fait, je déteste faire autre chose que de
bloguer, d’aller au bistro, de conduire ou de prendre le train. Je suis tordu.
Comme tout le monde, je fais des courses, tous les samedis ou presque : je
vais chez Leclerc et je prends précisément ce dont j’ai besoin pour la semaine
ou la quinzaine qui vient : bouffe, entretien de la maison et entretien
personnel.
Je pense que ce que je redoute le plus est de tenir une
conversation avec un commerçant. Tiens ! La dernière fois où j’ai fait des
courses, lundi dernier, l’aimable caissière me dit : « on ne reprend
pas les sous-vêtements ». Je n’avais jamais entendu quelque chose d’aussi
stupide ou presque (je l'ai même fait répéter). J’aurais pu aller à la caisse, elle m’aurait dit « bonjour »
et j’aurais répondu avec l’amabilité qui me caractérise. Elle m’aurait annoncé
le prix, j’aurais tendu la carte, elle m’aurait rendu ma carte avec le ticket
de caisse et disant « merci bonne journée » et elle m’aurait répondu
en souriant. Pourquoi a-t-il fallu qu’elle ajoute cette remarque stupide ?
J’aurais dû lui répondre : « hé connasse, si j’achète des sous-vêtements,
ce n’est pas pour les rendre ensuite. »
Les dialogues les pires sont sûrement chez le coiffeur mais,
chez le marchand de chaussures, les échanges peuvent dépenser des niveaux
abyssaux dans le ridicule. Déjà, vous entrez et il se trouve un type qui vous
demande : « vous désirez ? » La prochaine fois, je
répondrai : « un litre de betteraves » pour voir.
A cette détestation de fréquenter les commerces, je dois
avouer que j’ai aussi horreur de dépenser du pognon pour des conneries (ce en
quoi, j’ai bien changé), sauf, parfois, pour les pompes mais mon calcul est
purement financier (une paire de pompes à 200 euros dure cinq fois plus qu’une
paire à 100). Ce n’est pas de la radinerie, je crois, vu que je suis assez
flambeur par ailleurs.
Toujours est-il que, lundi dernier, je me suis enfin décidé
à acheter des chaussures. Tiens ! Parlons chaussures. Je fais partie de
ces gugusses qui n’ont que deux ou trois paires de chaussures : celle de
tous les jours, celle toute déformée pour les week-ends et les vacances et celle
en réserve, que vous n’aimez pas trop mais qui est très bien dans les grandes
occasions. A part les braves gens qui ont une activité qui nécessite des pompes
spécifiques, je ne vois pas l’intérêt d’avoir plusieurs paires. Pendant des
années, je n’ai fait ma vie qu’avec une seule (et des vieilles en réserve pour
les urgences). Et encore, si actuellement j’ai une deuxième paire pour les vacances,
c’est parce que j’ai retrouvée par hasard en faisant du ménage. Je ne la mets pas
pour aller au boulot parce qu’elle n’est franchement pas faite pour…
Je ne comprends pas le rapport que peuvent avoir les hommes
avec leurs chaussures. Au bureau, par exemple, j’ai des collègues qui en ont
des splendides, bien cirées, pointues, mais le reste de leurs fringues est plus
qu’ordinaire quand il n’est pas sale, froissé,… C’est masculin, presque viril,
de cirer des pompes. Il faudra faire une thèse. C’est surtout très facile, à la
portée du premier abruti : il suffit d’ajouter une couche de cirage par-dessus
la crasse. Cela n’a évidemment rien d’hygiénique mais je suis prêt à parier qu’il
y a encore des types qui cirent leurs groles tous les jours mais ne prennent qu’une
ou deux douches par semaine.
Ce qui explique aussi ma haine des chaussures, comme signe
extérieur d’élégance ou de propreté.
Ce qu’il y a de bien avec mes billets de blogs c’est que
vous ne regarderez jamais plus les chaussures des autres comme avant. Vous
imaginerez le porteur de beaux souliers les arborer pour faire croire qu’il est
propre.
Toujours est-il que ma précédente paire de pompes datait d’environ
18 mois. Je l’avais achetée en Bretagne et j’avais fait l’erreur de les mettre
pour rentrer à Paris. 4h45 assis : pas de problème, puis, à Montparnasse
remonter tout le long du TGV pour aller jusqu’au métro, sans compter les
couloirs à Place d’Italie et le trajet jusqu’à chez moi. Ces quelques centaines
de mètres avaient été fatals à mes pieds ou, du moins, à mes talons, le cuir à
l’arrière de la chaussure n’était pas souple. Le lendemain matin, je n’avais
pas fait attention et les avais remises. Le soir, mes pieds étaient en sang,
avec des cloques. Je me soignais normalement donc cela a fini par passer, puis
à revenir, puis à passer définitivement. Un jour, n’y tenant plus, j’ai cassé
le talon, mettant les machins comme des babouches, tellement j’avais mal. Et j’ai
pris l’habitude de le faire assez souvent, ne mettant les chaussures
normalement que pour les grandes occasions. Toujours est-il que j’avais passé
environ deux mois à boiter. Au début, vous boitez parce que vous avez mal, le
mal disparait mais votre musculature s’est plus ou moins déformée et vous
prenez des mauvaises habitudes. C’était avant l’été 2013…
En janvier 2014, les braves gens de la RATP ont fait des
travaux. La station où je faisais traditionnellement mon changement a fermé. J’ai
fait le choix de changer à Chatelet ce qui nécessite de remonter des grands
couloirs et de prendre des escaliers dans tous les sens. Un jour, j’ai fait une
vague entorse ou un truc comme ça, en me « tordant le pied ». Rien de
grave, avais-je jugé mais, toujours le même phénomène qu’avec mes cloques :
ne pouvant pas plier la chaussure, je boitais et j’avais mal à tous les muscles
de la jambe qui rattrapaient le coup, ce qui me faisait boiter encore plus. J’avais
fini par mettre une bande pour soutenir la cheville, donc elle ne me faisait
plus mal mais je boitais toujours. Ca a duré plusieurs mois. Les collègues qui
ne se foutaient pas de ma gueule me disaient d’aller chez le toubib. Au bout de
quelques temps, j’ai constaté que la douleur était moins forte le week-end et
je mettais ça sur le fait que je marchais beaucoup moins, n’ayant pas Chatelet
à franchir. Ce qui fait que je n’étais pas du tout inquiet : ma cheville
allait se remettre. Je raconte la fin parce qu’elle est rigolote : j’ai
remarqué aussi que j’avais beaucoup moins mal le dimanche après un séjour en
Bretagne. Quoi de plus normal, vu que, quand je rentre, je prends mon vendredi.
Les engrenages de mon crane se sont néanmoins mis en branle : quand je
suis en Bretagne, je marche plus qu’à Paris car les bistros sont plus éloignés…
J’ai alors eu l’idée de génie. Le lundi matin, au bureau, j’ai levé mon siège d’un
centimètre et je n’ai plus jamais eu mal. Mon entorse n’arrivait pas à se
guérir à cause d’une mauvaise position que j’avais quand j’étais devant mon
ordinateur…
Toujours est-il que j’étais bien loin d’avoir envie de
remettre des pompes sans le talon cassé.
En septembre ou octobre, c’est une collègue à moi qui s’est
mise à boiter. Je me foutais gentiment de sa gueule parce qu’elle s’était
foutue de la mienne. Elle avait aussi une vague entorse qui ne nécessite pas l’intervention
d’un toubib. Cela a duré quelques semaines, je lui ai donc signalé le coup de
la hauteur du siège. Elle est guérie. Je pourrais faire fortune dans la médecine.
Lundi dernier, j’ai donc décidé de mettre fin à ma période
de chaussures bancales. Les commerces du centre-ville de Loudéac étant fermé,
je suis allé dans un grande surface (Distri Center, de mémoire) de l’immonde
zone commerciale que je boycotterais bien mais on n’a pas le choix. J’étais
fermement décidé à acheter la première pompe que je trouvais si elle n’avait
pas de lacets.
Tiens ! Je n’ai pas parlé des lacets. C’est un des machins
les plus crétins que je connaisse. Quel imbécile a inventé les lacets ? On
ne fait que les faire et les défaire. Les chaussures tiennent aussi bien quand
ils sont défaits mais on risque de se casser la gueule. Ainsi, on est obligés
de faire ses lacets pour ne pas tomber et c’est la SEULE utilité de ce geste.
Par contre, les mocassins sont toujours moches. Je ne sais
pas pourquoi. C’est une règle. Je pense que les chausseurs ont une charte de
déontologie, un serment d’Hippocrate à eux avec deux règles : avoir des
conversations débiles avec les clients et vendre des mocassins affreux.
Il me fallait donc des chaussures fermant avec autre chose
que des lacets mais pas des mocassins. J’ia trouvé d’horribles chaussures
fermant avec un velcro mais pas aussi horrible que des mocassins. Le choix du
modèle m’a donc pris environ 17 seconds. Le modèle d’exposition était du 43. Ca
tombait bien. J’ai essayé. Ca m’allait. Consultant l’étiquette pour vérifier le
tarif, je lis 19€99. C’était parfait. J’avais prévu un budget de 50 euros que j’ai
cramés en achetant des caleçons et des chaussettes, ça sera déjà ça à ne pas
acheter ultérieurement mais ça m’a valu une remarque idiote de la caissière. Ne
revenons pas dessus.
Pour les chaussettes, j’ai pris 10 paires identiques. Je vous conseille de faire pareil. De toute
manière, personne ne regarde vos chaussettes. Prendre des paires identiques
permet d’éviter de perdre du temps à en trouver deux, des chaussettes, pas des
paires, qui puissent aller ensemble. Cinq minutes de gagnées à chaque lessive.
Au moins ! Je suis un garçon très organisé. La plupart des ménagères
lavent séparément le blanc des couleurs, par exemple. Moi pas. Je lave
séparément les sous-vêtements et les chemises : à la sortie de la machine,
les sous-vêtements vont directement dans un bac en plastique sans le moindre
rangement méthodique que l’on pourrait attendre de la part d’un célibataire de
mon cru.
Voila, j’ai terminé le préambule de mon billet. Vous savez
pourquoi j’ai acheté des chaussures, pourquoi je l’ai fait dans une espèce de
machin discount.
Je sais pourquoi ces chaussures ne coûtent que 19€99.
J’étais très bien dans ces chaussures neuves, je les avais
prises légèrement trop grande. Je fais du 42 et demie. Ou « et demi »
d’ailleurs. Bonne question. Donc j’achète soit du 42 soit du 43. Cette fois c’était
du 43. Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi on ne prendrait pas toujours des pompes
trop grandes (sauf si on a à marcher, évidemment, je ne suis pas fou). Mais ne
recommençons pas le préambule.
Ce matin, j’avais mal aux pieds en arrivant au bureau. Toute
la journée, ça m’a tracassé. Et j’ai compris.
Les chaussures ont rétréci, hier soir, alors qu’il pleuvait.
C’est pour ça qu’elles ne valaient que 19€99.
J’espère que les caleçons que j’ai achetés en même temps ne
rétrécissent pas.
Amen.
