Vous l’aurez compris : si je me suis laissé pourrir les
poumons c’est dans l’unique objectif d’infiltrer l’hôpital public parisien afin
d’y étudier la gastronomie particulière
qui y règne. Pendant que j’y pense, j’aurais dû me laisser pourrir le foie.
Un illustre blogueur normand, appelons-le DG, publiait une
précédente étude démontrait qu’il existait
nécessairement une formation spécifique pour produire de la bouffe aussi
immonde. Il a parfaitement raison mais il a oublié de détailler les
différentes filières qui peuvent exister.
Par exemple, hier soir, mon préparateur de commande avait
vraisemblablement suivi l’option « bien choisir un dessert ». En effet, ce
gougnafier avait choisi un morceau de pastèque en oubliant que personne ne mange
de pastèque chez soi, en dehors de la terrasse et d’une soirée au rosé frais. Ce
n’est pas mauvais, la pastèque ! Je ne veux surtout pas stigmatiser ces jolis
fruits ronds mais tout de même importés de pays un tantinet racisés. Je ne vaux
surtout pas faire croire que je suis pastèquophobe. C’est bon, c’est juteux, c’est
frais… Mais PUTAIN DE BORDEL DE MERDE, quelle andouille peut s’imagine qu’un
type puisse avoir envie de manger de la pastèque quand il est à l’hosto ?
Quel taré, même, envisagerait de prendre pour lui-même, célibataire (ou du
moins passant un repas seul), un morceau de pastèque pour terminer son plat ?
A ce stade de l’étude, il est évident qu’il faut
nécessairement faire des études spécifiques pour avoir l’idée de gâcher la vie
d’un pauvre type qui aurait tant voulu avoir un réconfortant yaourt ou un petit
peu de compote de pomme à ce point. Et il faut un don.
Mais il ne suffit pas ! Il faut celui du « packaging »
comme on dit maintenant. Prenez la photo d’illustration de mon billet. Le morceau
de pastèque de mon repas d’hier soir est présenté dans une espèce de barquette
blanche, en plastique. D’emblée, elle est douteuse : on sait que pour
militer les dégâts de la planète, il faut limiter les couverts et autres
machins en plastique s’ils ne sont pas réutilisables. L’hygiène est un peu
douteuse, non pas que nous ne faisons pas confiance dans la capacité de l’AP-HP
d’utiliser des espèces de gobelets mais le volet psychologique est important.
Toute personne ayant hérité de la maison de sa mère décédée le 1er
mars 2023, sait que la maison est truffée de récipients en plastique jetables
blancs dégueulasses avec un contenu, alimentaire ou pas, à moitié louche.
Il est absolument dégouttant de sortir de la bouffe d’un
récipient qui ne soit pas suffisamment rigide pour être lavé correctement.
En outre, la pastèque ne saurait être mangée telle que
présentée ici. Il y un type qui a une formation encore spéciale, parmi les aide-cuisiniers,
qui a appris la règle d’or : « surtout tu ne coupes pas les aliments –
notamment les pastèques – pour rendre service au client ». Il faut
donc que l’on prenne le morceau de pastèque, qu’on la pose sur une partie du
plateau ou de la table où l’on pourra la découper tout en sachant que le jus va
coller partout, que vous n’avez pas de place surtout si vous êtes assez con
pour avoir un ordinateur sur la même table pour faire des billets de blog. C’est
l’enfer !
On devinera assez facilement que ces gens-là sévissent
en meute : un individu a un rôle particulier, celui de préparer les
entrées. Nous avions ici quelques morceaux de salade coupée dans une barquette
blanche que l’on aurait pu croire réservée aux pastèques (non coupées, elles, hein !,
faut suivre) avec un espèce de petit pot de vinaigrette.
Dans la vraie vie, personne ne mange de laitue en entrée.
Chez soi, on mange la salade dans l’assiette du plat principal (après avoir
terminé ce dernier), pas en entrée dans un récipient en plastique dont nous
avons déjà évoqué quelques travers mais qui, en plus, est trop profond pour que
l’on puisse y cueillir les délicats feuilles…
La description de ce repas serait terminée s’il n’y avait
pas eu « le fromage », servi en portions individuelles. On comprend ce
qui peut motiver nos préparateurs en plateaux gastronomiques à servir de telle
préparation mais il faut avouer que dans la vraie vie, le fromage servi en
portions individuelles emballées est particulièrement déprimant et qu’en rencontrer
à l’hôpital, quand on mange assis sur un coin de lit ou un fauteuil adéquat, le
contenu d’un plateau repas lui-même posé sur une table à roulettes branlante
est une irrévocable incitation au suicide.
Nous poursuivrons notre étude détaillée prochainement. Il
faut encore que je digère le yaourt qu’on m’a offert avec le café, ce matin.
Quelle idée de penser qu’une majorité de Français puisse avoir envie de manger
du yaourt le matin ?
Ainsi, mon poisson "meunière" et mes patates au paprika auraient pu figurer au sein d'un aimable repas à 13 euros dans un restaurant en s'en tirant avec notre positive finiront dans les bas fonds de l'histoire.





