16 mars 2016

Ridicules afterworks

L’afterwork est un truc qui porte bien son nom même s’il est en anglais et qu’on l’utilise depuis relativement peu. Du moins, dois-je avouer, cela fait peu de temps que cet incongru vocable m’est venu aux oreilles. Nous allons résumer ce que c’est : un pot d’entreprise fait dans un bistro.


Les loufiats poussent les tables « autour », les glandus se tiennent au milieu, bien tassés généralement, et boivent des consommations alcoolisées tout en mangeant des toasts ou de la charcuterie posée sur les tables en question. Pour un habitué de bistro comme moi, ils sont parfaitement ridicules (et horripilants vu qu’ils occupent beaucoup de place et que c’est très compliqué de se faire servir).

 

Le phénomène mériterait une étude sociologique mais mon assistante Haka fait la grève. Je vais donc dire des conneries normales de bistro.

 

Au fait ! Vous savez que le vieux Jacques a un smartphone avec un abonnement à internet. Ca date d’hier soir. Il n’a trouvé qu’un seul imbécile capable de le mettre en service : moi. Du coup, je lui ai créé une adresse mail – à 73 ans, mieux vaut tard que jamais – et un compte Facebook. Mais je m’égare.

 

Commençons par étudier le volet financier de l’afterwork. Il est évidemment très rentable pour les bistros puisqu’ils arrivent à vendre n’importe quoi à des heures où ils sont habituellement peu fréquentés. Pour les entreprises, le bilan financier ne doit pas être très mauvais (sans compter les conneries qui motivent ces pots, l’émulation des employés et tout ça). Pour faire un tel raout, elles seraient obligées de louer une salle et d’acheter la matière première. En outre, elles peuvent limiter les consommations : si les lascars veulent se pochetronner alors que les bouteilles de rigueur sont vides, ils peuvent aller commander – et payer – au comptoir.

 

C’est généralement une réception un peu mondaine ce qui veut dire que les lascars se la pètent. Ils sont élégants mais ne savent pas « se tenir », debout, bêtement, au milieu d’un bistro. Je vous assure que le terme « ridicule » que j’ai employé n’est pas de trop. Généralement, le patron a voulu faire un truc « à la bonne franquette » pour faire tendance, d’où une autre raison de choisir un bistro, le côté bobo de la chose qui fait toujours plaisir à des cadres de la Défense qui pensent se trouver dans un lieu populaire au milieu des ouvriers. Pour cette bonne franquette, il faut préférer du fromage et de la charcuterie. Dans cette dernière catégorie, il y a forcément des rillettes et du pâté. Imaginez des gugusses se couper des bouts de pain et les tartiner alors qu’ils sont debout. Ils sont ridicules. Franchement.

 

L’afterwork est donc à la mode depuis peu et les bistros le revendiquent. J’en ai même vu un qui a refait sa terrasse couverte et affiche « Bistro – Afterwork ». Mais l’afterwork a remplacé l’happy hour, cette période de la soirée où il est trop tôt pour diner. Les bistros en profitent pour diviser leurs prix par deux pendant une heure ou deux. Avec l’afterwork, le prix n’est pas divisé par deux mais diminué de 25 ou 30% jusqu’à 19 heures, c’est-à-dire l’heure officielle de la fin de ces mondanités et où les types commencent à picoler au comptoir parce que le patron s’est barré. Le bon moment pour le bistro pour repasser aux tarifs normaux. Paf ! 6 euros la pinte alors qu’elle était affichée à 4,5 quand les lascars sont entrés.

 

Boire du vin est de rigueur pendant les afterworks parce que le patron peut commander un nombre fini de bouteille. Avec de la bière ou toute autre consommation nécessitant un service au verre, cela ne serait pas possible. Or, pendant cette tranche horaire (18 – 19h), il est souvent peu apprécié de boire autre chose que du Champagne ou de la bière. Donc les lascars vont au comptoir et payent eux-mêmes leurs consommations en faisant croire à l’assemblée que c’est permis par le patron (qui se frotte les mains : l’employés est content d’être invité à une cérémonie mais en plus, il paye).

 

Dans ma vie, ça fait des années que je fais des afterworks comme Monsieur Jourdain, c’est-à-dire des pots d’entreprise dans des bistros que nous avons réservé auparavant et c’est toujours avec plaisir d’autant que j’aime bien le Champagne (mais je reste peu longtemps, je n’aime pas spécialement les mondanités). Par contre, je n’ai jamais éprouvé ce sentiment de ridicule que je constate chez les autres ce qui me turlupinait depuis que j’ai commencé la rédaction de ce billet (je ne parle jamais négativement de boulot dans les blogs). Sommes-nous aussi ridicules que les autres ? Honte sur moi !

 

Et j’ai trouvé ! La réponse est : non. Parce que nous ne faisons pas les afterworks à proximité du comptoir mais dans des bistros relativement grands où il est possible de réellement réserver la salle et y créer un endroit suffisamment intime. L’honneur est sauf et je peux continuer à chier sur ces imbéciles de cadres qui se prêtent au jeu des afterworks.

 

Tant qu’à tout dire, je suis abasourdi de la différence de fréquentation des bistros de la Défense entre les premiers jours de la semaine et le jeudi et le vendredi. Il y a beaucoup de petits groupes d’encravatés qui jouent à l’afterwork ces deux jours et préfèrent rester au bistro avec collègues de boulot à rentrer à la maison. Vous me connaissez ! Je ne vais pas critiquer les gens qui vont au bistro. Je critique les gens qui ne se précipitent pas chez eux le vendredi soir et qui ne vont pas au bistro en semaine. 

 

Ainsi, parallèlement à mes interrogations sur les afterhours, je me demande ce qui pousse les andouilles à modifier les règles de vie habituelles pour croire qu’on peut se permettre autre chose le jeudi et le vendredi soir que les autres jours de la semaine. Et je me demande comment les conjoints de ces gugusses peuvent supporter le fait de vivre avec quelqu’un qui préfère boire avec des collègues que rentrer à la maison ou dans un bistro normal.

 

N’est-ce pas une bonne question ? Cela étant, je vous laisse, je vais aller faire mon afterwork tout seul.

6 commentaires:

  1. J'ai connu l'époque bénie et révolue où, à FD, on faisait des during work quasiment tous les soirs. Sur les coups de quatre heures, un zozo faisait la quête dans les bureaux, puis deux autres zozos descendaient au Franprix pour en rapporter les provisions. Et, vers six heures, alors que le boulot était loin d'être terminé, on sortait les bouteilles et on faisait sauter les bouchons.

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    1. Heureuse époque ! Mais c'est devenu de plus en plus interdit par les boites. On arrive encore à faire des pots dans des circonstances précises (galette des rois, départ en retraite,...) où on peut difficilement abuser mais on ne peut plus improviser. Mais j'ai connu une époque où on pouvait décider d'arrêter à 16 heures pour aller au bistro et le chef n'avait rien à dire.

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    2. Oh, je le sais bien, qu'on ne peut plus ! Et puis, franchement, quel intérêt de boire un coup si, à chaque fois que vous avez envie de fumer, vous devez vous farcir les six ou sept étages qui vous séparent du parvis ?

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  2. Le chômeur, lui, est adepte du before/during/after/similiwork

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  3. Toujours à chercher des excuses foireuses pour pondre des billets à rallonge !

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