25 novembre 2015

Fin de cycle au Tourbillon à La Défense : un bistro magique qui ferme


Voilà ce qu'on a bu avec Hip entre 17h et 18h30. Pour un type comme moi qui ne bois jamais de vin entre les repas... Saint Julien 2004. 44 euros au lieu de 88. On aurait eu tort de se priver, non ? Même si cela fait assez peu populaire... 

C'est de la faute à Hip. Nous avions rendez-vous au Tourbillon pour un déjeuner. On a bu cela :


Puis :


C'était la tournée du patron. Ah ! Le patron ! J'attendais Hip en discutant avec lui et me dis : viens à 17 heures. Je fais tout à demi-tarif. Déjà qu'en temps normal la pression est à 3€50 !  

C'est triste un bistro qui ferme définitivement. J'en ai vu plusieurs qui ont coulé et qui ont changé de patron. C'est triste. Mais ça l'est plus quand le bistro tourne bien et qu'il ferme uniquement parce qu'un promoteur immobilier a décidé de le démolir pour construire je ne sais quel truc d'abruti à la place : un centre commercial, un gratte ciel,... Le premier que j'ai connu est les Monts d'Aubrac à Bicêtre. On a un Auchan à la place. C'est con : je vais plus souvent au bistro que dans un hyper et j'ai un Leclerc en bas de chez moi. 

Le deuxième, c'est aujourd'hui. C'est le Tourbillon à La Défense. Ma cantine depuis deux ou trois ans et mon refuge, le soir, avant d'entrer en contact avec les heureux usagers de la RATP ! Terminé. Une page qui se tourne. Je ne sais pas ce qu'ils vont construire à la place. Probablement une nouvelle tour, ou, du moins tout à coté. Là, je pense qu'il y aura une usine à bouffe. Un restaurant ou un bistro "de chaîne", sans charme. 

Pourquoi sans charme ? Parce que le patron et les salariés ne sont pas eux. Ils bossent comme à l'usine. Alors que dans un vrai bistro, le patron bosse pour lui, pour ses clients... Et les salariés sont pris dans le... Tourbillon. 

Les patrons et les employés du Tourbillon vont refaire leur vie. Je ne suis pas inquiet. Ils vont me manquer. Ça ne sera pas réciproque (un barman fréquente des centaines de clients, un client peu de barmans...). (Sauf moi mais bon...). J'aimais bien les loufiats du comptoir. Le vieux Fernand d'abord, qui a pris sa retraite l'an dernier. Michel, ensuite, un jeune, de type chien fou. C'est lui qui m'a fait passer à la pinte de bière parce que ça l'emmerdait de me servir des demis toutes les dix minutes. Oscar, après, il l'a remplacé. Un jeune, aussi, 20 ou 21 ans avec une culture musicale faite pour les types de mon âge. Carlos a fini par remplacer Fernand. Moins speed que les deux autres mais toujours à l'attention des clients. Tiens ! C'est le premier à m'avoir demandé mon prénom. Vanessa, enfin, qui a apporté son énergie à cet immense comptoir. Qui a su recréer une ambiance, le midi, perdue avec le départ de Fernand. 

Et les deux patrons ! Jamais, je n'ai mis autant de temps à avoir de l'amitié pour des patrons de bistro. Finalement, on est rentrés dans nos décors mutuels et à s'apprécier mutuellement. 

Je ne les verrai plus. 


Un dernier mot. J'ai été fidèle à un tas de bistros. Je le suis toujours. J'en ai fréquenté certains par défaut. Parce qu'ils étaient les seuls fréquentables dans le quartier. Et d'autres parce que je les aimais réellement. 

Dans l'ordre :
Vers 1985 : chez Yvette à Vannes. 
Un peu après : l'Atelier, à Loudéac. 
Vers 1990 : la Grenouille, toujours à Loudéac. 
Vers 1993 : j'ai oublié le nom, c'était à Plaisir. Il était tenu par des gens du 22. Je n'y picolais pas mais adorais y passer des heures. 
En 1996 : La Comète. La célèbre Comète.
Dans ces années, quand la Grenouille a arrêté d'ouvrir le soir, le Vincennes à Loudéac (j'étais déjà client depuis 1983 ou 1984 mais l'Atelier puis la Grenouille étaient mes fiefs). 
Un peu après, chez Y à Bicêtre (mais mon affection pour le lieu a baissé très rapidement). 
A cette époque, j'ai commencé à fréquenter l'Aéro mais plus comme bistro de secours). 
Est arrivé, vers 1999, les Monts d'Aubrac, remplaçant chez Y dans mon cœur. 
En 2008, il y a eu un tournant. La Comète a été vendue et refaite. C'est reste mon bistro phare parce que Jim a continué à y bosser mais le cœur n'y étais plus. J'ai résisté. Mais j'ai commencé à fréquenter l'Amandine avec plus d'assiduité. 
Un peu après, le Vincennes a été repris par le fils du patron (et, pour l'anecdote, la serveuse est la fille des patrons de l'Atelier, on vieillit). 

Entre temps, les Monts d'Aubrac ont été rasés et l'Aéro a changé de patron et j'y reste fidèle, comme à l'Amandine et au PMU, qui n'a jamais été mon fief. Ce ne sont pas réellement des bistros de secours. Je les aime bien mais la Comète  est mon préféré dans le quartier (un cercle de 50 mètres de diamètres). 

J'en arrive à 2010 lorsque les patrons de la Comète ont encore changé (les troisième depuis 2008 mais j'ai saute une étape dans mon récit). Ils ont su créer une ambiance "familiale" que le nouveau patron, depuis juin, a su conserver. 

Et la dernière étape : le Tourbillon. Depuis deux ou trois ans. Le plus drôle est que j'y suis venu parce qu'une cliente de l'Amandine (et de l'Aéro et la Comète mais surtout l'Amandine) en avait fait son fief du midi, à deux pas de mon bureau. 

Toujours est-il que le Tourbillon est le plus gros bistro que j'ai aimé (voir la photo : le comptoir doit faire une vingtaine de mètres et je pense qu'avec la terrasse en été il y a près de 200 place assises, près de 10 serveurs), et je l'ai aimé parce qu'ils ont réussi a conserver une vraie ambiance de bistro, malgré la taille, avec une carte parfaite, renouvelée tous les jours dont "le plat du jour", 12 euros au comptoir. Probablement la meilleure carte des brasseries de La Défense mais dénigrée par beaucoup à cause de l'ambiance et du cadre, les trucs qui font que je l'aime. 

Je ne parle pas de la carte des vins. À part les bistros spécialisés, le Tourbillon à peu d'égaux en région Parisienne, parlais les brasserie. Voir la première photo. Avec Hip, nous avons mis du temps à faire notre choix. 

Merci à Corinne qui me l'a fait découvrir. Merci à tous. 

Et chapeau les artistes !

Je sais. Ce billet est profondément réactionnaire. Pas pour le : c'était mieux avant. Mais parce qu'au nom de la modernité, on détruit un lieu magique. 

Carlos est toujours sourd. Il n'a pas entendu ma dernière commande. 

Chapeau les artistes. Et à une prochaine. 

Il est réactionnaire parce que j'y décris le dernier lieu "authentique" de La Défense. Et il ferme. 

13 commentaires:

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