18 septembre 2012

La pire soirée

Je suis arrivé à l’Amandine vers 19h20. Corinne et sa mère étaient à leurs places respectives, Mamie à la table la plus proche du comptoir près de Corinne sur son tabouret. Jenny et son mec étaient près de la caisse. Ma place habituelle, à gauche de Corinne occupée, je me suis mis de l’autre côté, dans l’angle du comptoir.

Je suis sorti pour passer un coup de fil. A mon retour, un lascar avait pris ma place. Il a fallu que je me faufile pour en trouver une autre. Le comptoir s’est vidé subitement vers 20h15. Ramdane est arrivé. Le temps de boire un verre, il a fallu que je parte, Tonnégrande devait m’attendre à la Comète.

L’Aéro était fermé. Tonnégrande était parti. Deux clientes mangeaient devant le comptoir. Deux pochetrons picolaient sur la petite terrasse à côté de la porte. Le désert.

Le serveur s’emmerdait comme un rat mort. Sa seule occupation : virer les deux ivrognes, l’un ayant cassé un verre. Les deux clientes sont parties.

J’étais seul. Etrangement. Ca arrive souvent que je sois sans ma bande mais que je sois le seul client des bistros et restos du quartier est rare. Il n’y avait personne dans les rues. Guillaume, le serveur, a commencé à ranger la terrasse, tâche particulièrement ingrate quand elle n’a pas servi. Au moins, ça me faisait un peu d’animation.

Ca fait quatre ans que la nouvelle Comète est ouverte, je n’avais jamais vu ça.

17 septembre 2012

Tu ne déjeuneras pas à l'Aéro

L’Aéro est un petit bistro, à côté de chez moi. J’en parle souvent ici. Je l’ai beaucoup fréquenté à une époque et je continue à m’y pointer trois ou quatre fois par semaine, notamment le week-end.

Sur la photo, ce sont Néné et Luigi. Je les masque vaguement (le fils de Luigi passe pas mal de temps sur Internet).

Quand je l’ai connu, il était tenu par deux frères, dont Abdel dont je parle parfois aussi. J’ai oublié le prénom de l’autre mais il était bien sympathique, aussi. Abdel faisait la cuisine le midi et l’autre le service. Pendant les heures sans cuisine, ils se relayaient au comptoir. Ils ont fini par se fâcher. Abdel est resté tout seul et, le hasard a fait que c’est à peu près à cette époque que j’ai commencé à y aller souvent.

Il y a environ 6 ans (un peu moins, je crois), Abdel a vendu à Karim et Idir. Ils ont fait quelques essais de cuisine mais ça n’a pas marché. Il y a à peu près un an (un peu plus, je crois), ils se sont fâchés à leur tour. Karim a racheté les parts d’Idir. Karim tient dorénavant la boutique tout seul, tous les jours de la semaine. Je crois qu’il ferme le lundi matin pour faire les papiers. Un copain à lui l’aide à l’occasion. C’est lui, sur la deuxième photo. C’était un supporter acharné de François Hollande pour vous dire à quel point il est sympathique. Lui, je ne le camoufle pas. Il a réellement un gros nez rouge, deux traits sous les yeux, un chapeau qui bouge, un grand pantalon. Mais il n’avait pas tous ses accessoires le jour de la photo.

Des travaux sont en cours, dans le quartier, et Karim va se retrouver avec une très belle terrasse. Elle déjà pas mal, d’ailleurs, depuis que les pavés ont été posés.

Du coup, un tas de clients lui suggèrent de faire restauration et, comme je suis son copain, ils me demandent pourquoi il ne se décide pas. J’aurais du prendre cet exemple pour mon récent billet : les gens ne connaissent pas les bistros, même les plus fidèles clients.

Je vous décris le bistro : la cuisine est au sous-sol. Dans la première salle, trois marches plus bas, il y a une dizaine de places assises et une dizaine à l’arrière. Il y a une espèce de mezzanine avec une autre dizaine de places.

Faire de la cuisine nécessiterait l’embauche d’un cuisinier et d’un « demi-serveur », au minimum. Et encore, il faudrait presque une personne de plus pour assurer les week-ends. Karim ne pourrait pas faire le service lui-même, notamment du fait que la cuisine est au sous-sol, malgré le « monte-plat », car il perdrait sa clientèle de comptoir, celle qui le fait vivre depuis le début… La terrasse n’est utilisable que quelques mois par an, à moins de faire une terrasse fermée qui aurait au maximum une dizaine de place. Pour rentabiliser le personnel, il faudrait, je suppose, assurer au moins trente à quarante couverts alors qu’il n’y a qu’une trentaine de places ! Les clients seraient entassés, ça serait l’horreur, ce qui fait qu’il ne pourrait pas dépasser 20 couverts par jour…

Voilà ce que j’ai encore du expliquer trois fois, ce week-end, à des clients qui s’imaginent connaître mieux que tout le monde la profession.

Ils devraient lire mon blog : je revendique de ne rien connaître mais d’en parler quand même.

N.B. : les photos sont relativement anciennes (un an ?).

14 septembre 2012

intrigantes libations cc @Hipparkhos @pierre_danet

Comme prévu, hier, nous avons cédé aux suppliques de Pierre qui tenait absolument à nous inviter à déjeuner. Je suis arrivé en premier. Hip m’a bientôt rejoint alors que j’attendais devant l’établissement qu’on ne saurait que recommander. J’ai oublié le nom mais il se situe 3 boulevard de la Madeleine, à Paris. Pierre est arrivé.

Au rez-de-chaussée, c’est un marchand de vin, le restaurant se trouve au premier étage. Les pauvres sont acceptés, bien sûr, mais comme ils n’ont aucun savoir vivre, ils rechignent à rentrer après avoir vu la carte. De fait, il est absolument honteux soit que je raconte ça ici, soit que je continue à tenir un blog qui se prétend à gauche. Mais pas la vraie, c’est mieux.

Nous fûmes accueillis par un verre de vin blanc offert par la maison.

En entrée,  nous avons eu droit à une salade de lentilles aux copeaux de foie gras avec une bouteille de vin blanc.

En plat, nous avons eu droit à un filet de bar avec une bouteille de vin blanc.

Après, nous avons eu droit à un magnifique plateau de fromage en finissant la deuxième bouteille de blanc et en commençant la première bouteille de rouge.

Ensuite, Hip a eu une crème brulée et moi un fondant au chocolat. Pierre n’a pas pris de dessert. Nous avons fini la bouteille de rouge. C’était un rouge suisse. Un gamay. Fabuleux et surprenant, la Suisse n’étant pas réputée pour faire du vin rouge.

Café.

Enfin (ou presque), l’aimable sommelier nous a proposé une « tournante de digestifs ». Il servait un digestif différent à chacun d’entre nous et nous devions faire tourner les verres pour deviner de quoi il s’agit. Nous n’avons pas trouvé.

Pour nous consoler, le même sommelier nous a offert un autre digestif, un machin un peu spécial et nous a inviter à deviner de quoi il s’agissait. Nous n’avons pas trouvé.

Le sommelier nous a resservi pour nous consoler à nouveau.

Je suis arrivé au bureau vers 15h30.

Allez savoir pourquoi, j’éprouvais une légère fatigue.

(je laisse mes camarades indiquer en commentaires les détails, notamment le nom des vins, j'ai oublié).

13 septembre 2012

Nul ne connait les bistros

Mon confrère Sarkofrance ayant un commis un billet où il comparait les blogs et les bistros, j’ai fait un billet pour lui répondre que seuls ceux qui connaissaient les bistros pouvaient se permettre de le faire. Pourtant, il faut bien constater que ceux qui le font ne connaissent pas les bistros, voire, à la limite, que personne ne les connaît.

Pour l’anecdote, je voulais le démontrer et suis resté scotché devant ma page, rédigeant des paragraphes puis les supprimant : mon billet devait parler de blogs, pas de bistros. Ca a duré presque une heure, ce qui est exceptionnel chez moi, tant j’ai l’habitude de pondre mes âneries en quelques minutes.

Ca vaut bien le coup d’y consacrer un billet entier, non ?

Tout le monde fréquente les bistros, ne serait-ce que pour bénéficier des toilettes ou boire un demi en terrasse l’été. Beaucoup ont des habitudes, comme boire un café au comptoir le matin ou y déjeuner tous les midis parce qu’ils n’ont pas d’autre choix. Certains y vont parfois le soir avec des collègues ou y passent des soirées festives à l’occasion, plus ou moins régulièrement. Quelques irréductibles, comme moi, sont très assidus.

Du coup, les gens semblent connaître les bistros. C’est assez facile : il faut un patron, des serveurs, un comptoir, une salle, éventuellement une terrasse, … Pourtant, j’ai connu des patrons de bistro – pas beaucoup ! – qui ne connaissaient même pas leur propre boutique. 

Mon blog ne serait pas mon blog sans quelques anecdotes. Début 2008, le patron de la Comète a changé. Il y a mis un couple de « gérants appointés » avec des consignes et des contraintes. L’affaire a rapidement sombré : le patron a essayé d’imposer un mode de fonctionnement qui n’était pas adapté au quartier. On pourrait épiloguer sur les raisons. Il n’empêche que je ne l’ai jamais vu ce qui veut dire qu’il n’était jamais là pendant mes heures de présence. Je peux donc affirmer qu’il ne connaissait pas son bistro. C’est factuel.

Ce gars était un professionnel. Il avait d’autres affaires (deux, je crois) qui fonctionnaient bien. Sa première erreur a été d’imposer un système de fonctionnement dans un lieu qui n’était pas du tout adapté : on ne fait pas une cuisine relativement moderne qui nécessite une dépense de 20 euros par client au minimum (plat, dessert, café), avec un service décontracté dans une vieille brasserie, dans un quartier où on n’est pas sûr que ça pourrait marcher… Il a commis d’autres petites erreurs mais c’est celle-là qui retient mon attention : même un patron de bistro expérimenté peut prouver qu’il ne connaît rien au monde des bistros. Il est même possible que je les connaisse mieux que lui puisque je sais qu’ils ne sont pas nécessairement à l’image de ce que je m’en fais.

Je ne sais pas si vous avez suivi : toujours est-il que si un patron de bistro peut mal connaître les bistros, il n’est pas surprenant que les gens ne les connaissent pas. Pourtant, beaucoup de gens s’imaginent les connaître, il suffit d’un détail. Prenez un type qui prend souvent le café à la même heure le matin. Il y a une forte chance pour qu’il rencontre plusieurs fois par semaine un fournisseur, pour le bar ou pour la cuisine. Le fournisseur finira pas le connaître un peu et ils s’adresseront vaguement la parole. Le type aura l’impression d’être entré dans l’intimité du restaurant et sera persuadé de le connaître alors qu’il n’aura vu ni le service du midi au restaurant ni la fermeture du soir avec les poivrots au comptoir. Le pire est qu’il va extrapoler ce qu’il aura vu à toute la profession.

L’expression  « Discussion de café du Commerce » est à l’origine de nombreuses erreurs de perception des bistros.

Tout d’abord, une page culturelle. Cette expression vient d’une rubrique du Figaro écrite dans son temps par Marcel Dassault. Il avait l’habitude de la rédiger attablé au Café du Commerce, très bel établissement de Paris que je fréquentais à l’époque où j’habitais Rue de Lourmel. Voir l’illustration piquée dans leur site web où il y a une galerie photo. Du coup, "Café du Commerce" est entré dans le nom de la rubrique (j'ai oublié le nom exact). De fil en aiguille, l’expression est entrée dans le langage et les gens s’imaginent une discussion d’abrutis au comptoir. Or, à ma connaissance, le Café du Commerce ne sert pas de consommation au comptoir et compte tenu du quartier et de la politique tarifaire de la maison, la maison n’est probablement fréquentée que par des abrutis.

Au moins, avec mon blog, vous aurez appris quelque chose.

Je peux pourtant vous garantir que les discussions tenues au comptoir sont loin d’être plus débile que celles tenues à table en famille, à la cantine, à la machine à café, en attendant les mômes à la sortie de l’école, chez le coiffeur, …

Je peux vous garantir aussi qu’il n’y a pas plus de cons au comptoir qu’ailleurs. Pas moins non plus, d’ailleurs. Mais il faut bien reconnaître que l’alcool (je ne parle pas de la cuite mais des deux premiers verres) délie les langues…

Après deux verres, on a tendance à tenir des propos qu’on ne tiendrait pas sinon. Le pochetron a d’ailleurs tendance à le nier, même à jeun, car il n’est pas très viril d’admettre qu’on ne supporte pas deux verres de bière… Ceci était un apparté.

Ainsi, les bistros ont une mauvaise réputation, celle d’être fréquentés par des bas de plafond. Je pourrais assez facilement démontrer le contraire, c'est-à-dire qu’un type qui ne va pas au bistro est un con mais ce n’est pas l’objet. Cette mauvaise réputation est renforcée par ce que peuvent observer les gens quand ils rentrent dans un bistro car ils ont un tas d’aprioris.

Par exemple, asseyez-vous en salle, à la Comète, pas loin du comptoir. Vers 19h15, vous verrez arriver un gros noir suivi de près par un gros frisé. Ou dans le désordre. Le gros noir dit au gros normal « Salut gros » qui lui répond « Salut né gros ». Vous allez immédiatement penser que je suis (oui, il s’agit de moi, l’autre c’est Tonnégrande) un gros con raciste et que l’autre un gros con de permettre que je lui dise ça. Tu as tort. Désolé de te tutoyer. Nous sommes uniquement deux imbéciles aimant le comique de répétition au bistro.

« Santé ! » « Mais pas des pieds ! » est un rituel. Une espèce d’autodérision. Mon « Salut né gros » est une plaisanterie destinée aux autres clients. Evidemment, seuls Tonnégrande et Patrice peuvent comprendre que je me moque de tous les racistes autour de nous, dont toi qui as été choqué par mes propos dans le paragraphe précédent sans même te rendre que tu as cru que j’étais raciste parce que tu as vu une différence physique entre Tonnégrande et moi. Moi, je ne la vois pas. Mais ce n’est pas grave.

Dégouté par le fait d’avoir vu des gros cons au comptoir, tu vas aller boire un coup ailleurs, par exemple à l’Amandine. Tu y trouveras quatre dames au comptoir. Il s’agit de la folle trop bavarde dont j’ai déjà parlé dans le blog, de Geneviève, également personnage clé, de Corinne et de sa mère, autres personnages importants.

Comme il y a la folle bavarde au comptoir et Geneviève qui est saoule (surtout dans les jours qui suivent le versement du RSA), tu vas te dire que les quatre sont saoules. Un mauvais fond en toi t'aura fait imaginer des conneries.

D’ailleurs, Corinne et sa mère boivent de l’eau à cette heure… Ils arrivent vers 19h30 à l’Amandine parce que Corinne est rentrée du boulot et a pu aller faire ses courses puis chercher sa mère à la maison pour l’aider à marcher jusqu’au comptoir où elle aura sa seule vie sociale qui consiste à discuter avec le patron et moi et à écouter les deux autres tarées bavasser.

En un quart d’heure de bistro, tu as donc fait deux erreurs d’analyse : Tonnégrande et moi ne sommes pas que des gros cons et Corinne et sa mère ne sont pas des pochetronnes. Néanmoins tu vas vite être conforté dans ton analyse idiote des bistros puisque je vais arriver et me mettre avec les deux dames.

Tu vas donc quitter déçu l’Amandine et tu vas arriver à l’Aéro. C’est un bistro cradingue avec trois ou quatre types au comptoir à cette heure. En arrivant, sans même regarder ce qu’ils boivent, tu vas te dire que ce sont encore des gros cons bourrés. Peu après, tu vas constater que tu ne comprends pas la moitié de ce qu’ils disent. Tu vas donc décider définitivement de classer tous les types de comptoir dans une catégorie d’ivrognes débiles. Sans même constater que si tu ne comprends rien à ce qu’ils disent uniquement parce qu’ils parlent dans un mélange de kabyle et de français.

Arg ! Mon Dieu ! On va se rendre compte définitivement que tu es raciste : tu prends un type qui parle dans une langue ressemblant à de l’arabe et tu crois qu’il est bourré.

Je pourrais continuer longtemps ma promenade dans Bicêtre… Désolé de t’avoir traité de raciste, c’était juste pour démontrer que des erreurs d’analyse peuvent avoir des conséquences idiotes.

Je vais résumer cette partie. Avec ce personnage que j’ai traité à la deuxième personne du singulier, on a vu qu’un type qui faisait brièvement trois bistros se faisait une idée totalement fausse des clients des bistros. Avec mon histoire de café du Commerce, avant, on a vu que les gens n’étaient pas plus con au comptoir qu’ailleurs. En début de billet, on a vu qu’un professionnel des bistros pouvait se planter lamentablement.

Tiens ! Pourquoi j’écris en bleu, subitement. Ah ! Oui ! Pour rythmer.

Je fais souvent des billets à propos des bistros, ici. Récemment, je parlais du Washington. J’y allais après le boulot, vers 19 heures. Souvent, les enfants des patrons arrivaient de chez la nounou et ils se mettaient dans la salle, derrière, pour faire leurs devoirs, encouragés par leur mère. Un jour, la mère n’arrivait pas à comprendre le devoir de math de son fils, en cinquième. Un truc de géométrie. Du coup, elle m’a soumis l’exercice, je l’ai fait. J’ai refusé de donner la solution. J’ai lu le bouquin de math en diagonale (les méthodes ont probablement changé depuis ma jeunesse) et j’ai expliqué à la mère comment résoudre l’exercice et ensuite je lui ai montrer comment aider son fils à apprendre à trouver la solution, en faisant preuve de pédagogie. Les semaines suivantes, ça a continué, c’était très sympa et rigolo.

Dans mon blog, je pourrais probablement raconter plusieurs anecdotes par jour mais ça lasserait les visiteurs. Et moi : je ne vais pas au bistro pour trouver des conneries à raconter dans mes blogs.

L’objet de ce billet est de dire que les gens ne connaissent pas les bistros et en ont une image déformée. Ils ignorent que la dame derrière le comptoir est une mère de famille ou que les deux gros au comptoir sont cadres supérieurs dans leurs entreprises respectives, de gauche, avec les mêmes horaires, passant devant la Comète par nécessité, se connaissant depuis près de dix ans au point d'être devenus amis et plus simples copains de bistro et aimant bien rigoler au comptoir.

Les gens ne connaissent pas les bistros, ils ont oublié que les autres sont aussi des êtres humains. Ils se disent : « je ne suis pas comme ça ».

Ben si.

Ils sont cons, ils devraient aller plus souvent au bistro.


Oups !

Ayant un important repas d'affaire avec @hipparkhos et @pierre_danet, ma production de billets de blogs sera quasi nulle aujourd'hui (mais vous aurez un long billet sur les bistros, ce soir, promis !). Je vais donc raconter l'anecdote qui vient de m'arriver.

Mon téléphone sonne. Je décroche. C'était la commerciale d'une société de service que je ne connais pas et qui voulait me demander un rendez-vous pour qu'on se présente nos activités réciproques pour envisager une collaboration fructueuse.

Avec les collègues, ça nous amuse beaucoup : quand on reçoit ce genre de demande, on se les renvoie les uns aux autres.

Donc quand j'ai compris l'objet de l'appel de la dame, j'ai "rigolé intérieurement" et, pensant à ma plaisanterie fine, j'ai répondu : "Ah ! Heu... Il vaudrait mieux que tu appelles... Heu... pardon pour le tutoiement, je ne sais pas ce qu'il m'a pris..." Mes voisins de bureau ont immédiatement explosé de rire (je parlais assez fort pour qu'ils puissent participer à la plaisanterie). Du coup, je me suis retrouvé avec la honte du siècle, devenant tout rouge... Et j'ai commencé à m'enterrer en bredouillant une série d'excuses...

12 septembre 2012

De l'importance de la bite sur l'humour des dames

Hier soir, au bistro, on parlait du "mariage gay" (officiellement du mariage pour tous). Vers 20 heures, je suis parti pour l'Amandine. Mais comme à chaque fois que je pars, je sors l'iPhone pour profiter de la wifi de la Comète pour lire mes mails, je sors très doucement. Voire je m'arrête à la porte. Hier, j'ai donc pu continuer à suivre la conversation de mes potes.

La Ministre qui est en charge du mariage gay étant d'Outre-Mer comme mes camarades présents hier, ils ont commencé à parler du mariage gay dans les DOM. Je ne sais plus ce qu'ils disaient... mais j'ai trouvé une connerie à dire...

De la porte de la Comète, je me suis tourné vers eux et dit assez fort pour qu'ils m'entendent : "sujet intéressant mais n'oubliez pas leur particularité : ils ont des grosses bites".

C'est alors que je me suis trouvé face à face avec une cliente qui sortait du bistro.

Elle a fait preuve d'un sang froid et d'un humour pince sans rire admirable. Madame, je vous aime.

Elle a haussé les sourcils et a simplement dit "où ça, des grosses bites, ça m'intéresse ?"

Ce n'est que lorsque les copains ont commencé à rigoler que, tous les deux, nous avons explosé de rire, elle probablement à cause de son audace et moi à cause de l'ampleur de la gaffe que j'avais faite.

11 septembre 2012

Le prétentieux du jour

Bistros : et si le client n'était pas au centre du monde ?

Cette nouvelle courte série de billets à propos des bistros s’achèvent. J’ai parlé, hier, d’une série de personnages qui avait été très proches de moi, dans les bistros, à une époque. En le relisant, je me suis rendu compte que j’en avais oublié beaucoup, notamment et paradoxalement ceux d’une époque plus récente, celle de « la Comète de Bruno »… Dans un autre blog, j’ai évoqué les bistros où j’avais été très proches des patrons et des employés, mais qui ont disparu de ma vie.

Vendredi, j’ai raconté quelques anecdotes qui ont pu m’arriver parce que j’étais très bien dans ces bistros, très bien avec ces patrons et employés.

Le but du jeu est simple. Vous débarquez dans un coin pour une période assez longue et vous voulez vous trouver un comptoir de bistro où vous serez bien, pour la raison que vous voudrez ! J’ai donné quelques conseils, en commençant cette série mais il y a un volet que je n’ai pas encore traité, le plus difficile tant il est essentiel : les relations avec le personnel (ou les patrons, c’est pareil).

Je n’ai qu’un seul conseil à donner : fermez votre gueule et ouvrez vos oreilles et vos yeux.

En Français : d’une part, n’adressez jamais la parole à la personne derrière le bar sauf pour commander et, évidemment, pour faire la conversation s’il s’adresse à vous. D’autre part, soyez attentif à votre environnement.

Le client ordinaire a un certain nombre de travers qu’il faut éviter si vous souhaitez vous faire apprécier du personnel. Pourquoi se faire apprécier du personnel me demanderez-vous ? Vous pourrez imaginer 15000 raisons valables. Par exemple, à la Comète, je n’hésite pas à commander des verres après la fermeture : le type qui est là sait que je ne le ferai pas chier. Mais il y en a une seule bonne à retenir : comment voulez-vous être bien quelque part si les principaux personnages du lieu ne vous apprécient pas ?

Sans compter que c’est une règle élémentaire de savoir-vivre mais qui est toujours oubliée par les clients, notamment au bout de quelques verres !

Ne jamais oublier : le personnel du bistro n’est pas au bistro mais au travail.

C’est la liste des travers que peut avoir le client qu’il faut étudier.

Premier exemple : vous aimez le foot et vous êtes un supporter du PSG. Vous aimez donc bien commenter les matchs de votre équipe. Dites-vous bien que 200 autres clients sont passés avant vous pour raconter les matchs de leurs équipes ! Que peut bien en avoir à foutre le loufiat ? D’ailleurs qu’est-ce que vous en avez à foutre, vous, des commentaires des autres à propos de leurs équipes de foot ? Comment pouvez-vous imaginer que le loufiat puisse être intéressé par votre avis sur le match de votre équipe de foot plus que par les 200 avis des 200 autres clients passés avant ?

Deuxième exemple : votre serveur préféré passe un coup de balai toutes les heures devant le comptoir à cause des emballages de sucre (dans le temps, quand c’était fumeur, c’était encore pire). S’il y a en moyenne dix clients au comptoir, ça lui fait demander pardon 10 fois. Vous pouvez vérifier : 48 heures par semaine, 47 semaines par an pendant 40 ans. Ca fait près d’un million de fois. Vous ne croyez pas que ça serait plus simple de vous écarter par réflexe avant qu’il ne vous demande de le faire en ayant l’impression de vous importuner ? Si le loufiat passe avec un balai près de vous, ce n’est pas pour aller remplir les pots de moutarde !

Le client est le centre du monde, il oublie que les autres bossent, il veut imposer son sujet de conversation dont personne n’a rien à cirer, il parle de plus en plus fort parce que le taux d’alcool monte, il commence à raconter des histoires qu’il croit drôle et il oublie que si le type derrière le comptoir lui répond ou sourit c’est aussi parce que c’est son métier.

Oui, toi aussi…

10 septembre 2012

Chers disparus

Une vie de bistro est émaillée de personnages qui vont, qui viennent, qui disparaissent, … Ils rentrent dans votre vie, vous les voyez plusieurs fois par semaine pendant quelques semaines, quelques mois ou quelques années. Un jour, en repensant à des bons moments, vous vous apercevez que vous n’avez plus de nouvelles.

Par ordre alphabétique…

Abdel : c’est l’ancien patron de l’Aéro. Il est parti il y a environ cinq ans pour vivre dans le sud de la France. Au début, il revenait souvent voir sa famille en région Parisienne puis l’ancienne bande que nous formions, dans son bistro, s’est disloquée, éparpillée dans les bars du quartier. Du coup, il a espacé ses visites. Ca fait bien deux ans que je ne l’ai pas vu.

Bruno : c’était un des types que je voyais le plus souvent, à peu près le seul de mon âge, d’ailleurs. Il était mécanicien dans le quartier et passait tous les soirs, relativement tard, à la Comète. C’est sûrement le type que j’ai connu le plus longtemps parmi ceux que je ne vois plus. Sa boite a fermé et il est reparti chez ses parents, dans la Vienne. Aucune nouvelle.

Gérard SNCF : c’était un copain inséparable du vieux Jacques au moment où je les ai connus. C’est d’ailleurs « pour ça » que je les ai connus : le duo faisait les mêmes bistros que moi, on a fini par sympathisé. Un jour Gérard a divorcé (pas de Jacques, de son épouse…). Plus aucune nouvelle du jour au lendemain. Mort, probablement.

Hassan, dit « Paul », parce qu’il bossait chez Paul, la chaîne de boulangerie : pendant plusieurs années, il passait à la Comète tous les soirs après le boulot, assez tard, pendant des années. Un jour, il a été nommé à Lille (une promotion qu’il ne voulait pas refuser). Sa famille étant restée dans le coin, on a commencé à le voir à d’autres horaires, le week-end. Puis, plus rien.

Idir : c’était l’associé de Karim quand ils ont repris l’Aéro après Abdel. Ils ne s’entendaient pas. Karim a racheté ses parts. Idir a ouvert une autre affaire, ailleurs. Pas de nouvelle.

Jeanine : c’est la femme de « Casquette » qui avait eu son heure de gloire sur mon blog à l’occasion de sa mort. Lorsque sa mère est morte, ils avaient hérités de sa maison à Objat et étaient partis vivre là-bas. Aux dernières nouvelles, le fils de Casquette avait récupéré la maison après la mort de son père. Je ne sais pas ce qu’est devenue Jeanine.

Laurent l’Assureur : à la fin du siècle passé, nous étions inséparables, comme avec Pascal et Jeff, un peu après. Il bossait et habitait à deux pas de la Comète. J’ai été son témoin à son mariage. De fait, il trainait de moins en moins au bistro. Tous les deux ont quitté la Région Parisienne. Je n’ai aucune nouvelle.

Le Gros David : c’était le serveur de la Comète, celui qu’a remplacé Jim. Le premier type du quartier avec qui j’ai été pote, dès ma deux ou troisième visite dans ce lieu. Comme il faisait trois fermetures par semaines et un dimanche sur deux, on se voyait très souvent pendant environ 7 ans. Un jour, sa mère a téléphoné pour annoncer qu’il ne voulait plus travailler à la Comète. Aucune nouvelle.

Le Gros Jeff : avec Pascal (je suis resté vaguement en contact avec ce dernier), on était inséparables il y a une dizaine d’années. Nous passions toutes nos soirées ensemble, à la Comète. Jeff avait ensuite été muté à Bordeaux et j’étais passé chez lui, en vacances. Comme des vieux bourrus, on se contentait de s’envoyer des SMS de temps en temps. Un jour, de passage à Bordeaux, j’ai essayé de le contacter. Impossible. Aucune nouvelle depuis.

Le Prof : c’était une espèce de clochard qui vivait de cours d’anglais qu’il donnait au noir. Il passait tous les mardis quand il donnait des cours dans le quartier. Je ne pouvais pas trop le sentir mais il m’aimait bien. Il a arrêté de venir à la Comète mais on le croisait parfois. Puis, plus rien. Mort, sans doute…

Le Vieux René : c’était un des plus fidèles clients d’une série de bistros que je fréquentais. Vers 75 ou 80 ans, il a eu des problèmes de santé et a été hospitalisé longtemps. A sa sortie, il ne pouvait plus sortir de chez lui sans aide. Michel l’a vu une ou deux fois à l’Amandine puis plus rien…

Simon Le Clochard : c’était notre clochard préféré, un immonde mais très drôle à ses heures. Héro de ce blog. Pendant un moment sa mort avait été annoncée mais il parait, en fait, qu’il est hébergé dans un machin spécialisé.

Je pourrais ajouter à cette liste quelques lascars avec qui j’ai été très proche mais qui habitent toujours le quartier mais que je ne vois plus jamais. J’ai des nouvelles par le bouche à oreille. Je pourrais citer un paquet de patrons ou de serveurs de la Comète dont je n’ai aucune nouvelle alors qu’on s’est supportés des dizaines d’heures.

J’en ai probablement oublié parmi ces personnages entrés pour un temps dans mon intimité et auxquels je pense parfois, sans nostalgie, la vie est ainsi…

Je pourrais ajouter tous ceux que je ne vois pas assez souvent mais dont j'ai parfois des nouvelles : Emilie, Josiane, Martine, Brahim, Jean, Jim, Mouloud, ...