13 novembre 2014

Connaître les bistros ?

Récemment, la patronne de la Comete faisait la fermeture toute seule. Il lui fallait rentrer les chaises et tables de la terrasse. Je lui souhaite bon courage et elle me dit " tu sais qu'il y a pire que de rentrer la terrasse". Avant qu'elle ne finisse sa phrase, je lui réponds : "oui, la sortir". 

Elle éclate de rire et me dit : "c'est exactement ce que je voulais dire, comment tu as deviné ?"  

Tous les matins, j'arrive au bureau vers 10 heures (ce qui explique pourquoi j'y suis encore à 19h30) et je vois les salariés des brasseries qui bossent. Ils sortent les terrasses. Les chaises, les tables, les parasols et leurs pieds lourds pour qu'ils résistent au vent. 

Ces lascars ne savent pas si c'est utile, s'ils vont faire du chiffre d'affaire avec. En novembre, ils arrêtent. Mais en octobre, ils ne savent pas. Ils sortent la terrasse s'il pleut à midi, le chiffre d'affaire coule. 

Et tous les soirs, on trouve au bistro des abrutis qui donnent des conseils au patron. C'est un rituel. Il faut que le pochetron donne des conseils. IL LE FAUT. Le patron écoute. C'est son job. Le client ne sait pas que c'est son job. Le client est persuadé connaître le boulot autant que le patron. C'est facile. Il faut un comptoir et de la bière pression. La fortune est faite. L'andouille donne des conseils. 

La patronne. Débutante dans le métier ? Bof ! Elle a des années de comptoir. Je suis le premier client a lui avoir dit que je pensais que sortir la terrasse était pire, comme corvée, que de la rentrer. 

Et les pochetrons donnent des conseils. 

12 novembre 2014

On ne pleure pas un copain

Hier soir, je rentre de Bretagne, l'Aéro était ouvert. Je décide d'y boire une verre (pour dire bonjour uniquement, hein !). Le patron était saoul comme s'il avait bu ce qui fait que je me demande s'il n'avait pas un peu picolé. Je me plonge donc dans l'iPhone jusqu'à l'arrivée du vieux Joël. Il arrive. On papote. Je me replonge. 

Je vais dans Facebook. Un copain (un vrai que je connais depuis près de vingt ans) repère que je suis là. Il m'envoie un MP (message privé). On discute et il m'apprend qu'un copain à lui (qui aurait pu être à nous, mais j'ai quitté les milieux qu'on fréquentait ensemble avant son arrivée) est mort. Je le sentais seul, derrière son PC, se sentant con de vouloir pleurer mais ne pouvant y résister. J'ai balancé deux ou trois banalités pour essayer de le réconforter sachant que je ne pouvais pas faire grand chose. 

Comme tous, il a une vie sociale, voit beaucoup de monde, mais à 21 heures, il est seul. Il ne veut pas déranger sa famille et n'a que les réseaux sociaux pour contacter les vieux potes. 

A un moment, il me demande : "on pleure comment un copain ?"  

J'ai répondu : "on ne pleure pas un copain. Je l'ai trop fait."  

J'ai en gros 15 ans de plus que lui, et, effectivement, j'ai eu plus l'occasion que lui de perdre des potes. C'est mathématique. Ne serait-ce que dans les blogs. Jean-Louis, Olivier, Philippe, Jean,... 

Je l'ai trop fait, de pleurer, disais-je. Je me rappelle de la mort du Coucou, Jean-Louis. Non seulement, je chialais colle une madeleine, mais il fallait en plus que je réponde aux questions des potes : on fait comment pour les fleurs et tout ça. J'étais resté droit dans mes bottes mais j'avais envie de répondre : vous me faites chier. C'est moi qui suis en deuil. Vous ne le connaissiez pas dans la vraie vie, moi si. C'est à vous d'acheter des fleurs et d'écrire un mot débile. Pour moi. J'avais perdu un vrai pote. Pas un personnage des réseaux sociaux. 

Sylvain, on ne pleure pas la mort d'un pote, je l'ai trop fait et tu le feras trop. Tu pleurerass la mienne (enfin, j'espère que je n'aurais pas à pleurer la tienne, compte tenu de la différence d'âge). 

On ne pleure pas pas la mort d'un pote, JE l'ai assez fait. 

Considérations capillicultrices

Coiffure normale
Certains oseront penser que je ne suis pas le mieux placé pour des donner des conseils en matière de capilliculture. C’est une erreur. Il suffit de regarder ma tignasse légendaire pour se rendre compte que je suis un éminent spécialiste. Il faudrait, en plus, que je me peigne avec un ustensile conçu pour, contrairement à mes doigts boudinés.

Il y a avait une grande dame rousse aux cheveux longs, ce matin, dans le métro. Elle n’était plus une première main mais a probablement été très belle. Elle mesurait probablement environ 1m90. A un moment, elle s’est penchée. On voyait les racines noires de sa tignasse. C’est laid. Une teinture de cheveux s’entretient. Regardez François Hollande, par exemple. On ne voit pas les racines.

Peu après, je me retrouve à côté d’un mickey, 25/30 ans. Grand, mince… et visiblement tout droit sorti du 16ème arrondissement. Costume trois pièces gris sous un manteau gris, épingle de cravate en or, montre en or. Ne pas confondre l’épingle à cravate, ou, plus exactement la tige pour col, avec la pince à cravate qui se pratique encore souvent pour empêcher la cravate de tomber dans la soupe. La tige se plante dans le nœud, à travers le col de la chemise. Ca se fait de moins en moins. Je me suis mis à le regarder fixement parce qu’il me rappelait quelqu’un (Antony qui officiait au PS à Loudéac, je m’en suis rappelé après). Il m’a repéré et a commencé à me fixer à son tour, me prenant sans doute pour une vieille pédale voulant le draguer. J’ai maintenu mon regard fixe, comme si ce n’était pas lui que je regardais et que j’étais perdu dans mes rêves.

C’est un excellent truc que j’ai appris dans les bistros, à force d’observer les gens au comptoir. Un jour, une armoire à glace ivre a voulu me casser la gueule après avoir surpris mon regard. Quand il s’est approché de moi et m’a adressé la parole, j’ai fait semblant de sortir de mes rêves…

Le mickey a baissé le regard puis la tête et s’est légèrement tourné. J’étais encore hanté ma grande rousse et j’ai observé sa coiffure. Il était très bien peigné, la raie sur le côté, allant jusqu’à l’arrière du crâne. Impressionnant. Il semblait avoir mis du gel pour que ça tienne. C’est alors que j’ai vu les points blancs. Ce type avait des grosses pellicules dans les cheveux. J’en ai conclu que ce n’était pas du gel mais de la crasse. Le gars n’avait visiblement pas pris de shampoing depuis longtemps…

En sortant du métro, je suivais une magnifique blonde. Après le portillon, elle me tenait la porte. Je n’avais rien demandé mais c’est l’usage. Je fais pareil aussi, je me retourne et je regarde si quelqu’un me suit pour éviter de lui fermer la porte au nez. La politesse, quoi. Elle m’a jeté un regard voulant dire : bon, tu te dépêches gros con, je n’ai pas que cela à foutre. J’ai donc accéléré par réflexe alors que la bienséance aurait voulu que je l’insulte copieusement pour m’avoir fait comprendre qu’on n’était pas dans le même monde, qu’elle faisait partie des personnes de qualité, élégantes, belles, et que je n’étais que la plèbe…

Quand j’ai tendu la main pour retenir la porte, elle s’est tournée brutalement faisant virevolter sa coiffure. C’était une fausse blonde et ça se voyait. Deux bons centimètres de racines. J’ai donc dit « belles racines », ce qu’elle a pris pour « merci ».

Désespéré de mes concitoyens, dans l’escalator qui nous tirait de là, j’observais les gens, à la recherche d’un quatrième exemple pour faire un billet de blogs.


Ces cons-là étaient tous coiffés normalement.

10 novembre 2014

Après l'Eveil, faut-il regarder Breaking the waves ?

Je le dis souvent, je ne regarde la télé que le matin des jours fériés quand il y a des cérémonies genre 14 juillet et 11 novembre (je ne sais pas pourquoi) et le soir, quand je suis chez ma mère et que nous ne sommes pas un samedi ou un vendredi. Dans ce cas, il y a la traditionnelle discussion : « qu'est-ce qu'on regarde, ce soir ? » La décision est toujours prise assez rapidement. S'il y a un truc que l'un veut voir et que ça ne dérange franchement pas l'autre, on retient le truc. Comme chacune des parties sait que l'autre n'aime pas, il n'y a aucune difficulté. Sinon, on cherche un truc regardable par tous. Les choix ne sont pas toujours heureux mais ce n'est pas très grave.

Je suppose que c'est à peu près pareil dans toutes les familles.

Hier soir, elle me dit : « je regarderais bien Breaking the waves ». N'ayant pas le programme sous les yeux, je cherche sur Google. Film primé et tout ça. Je me dis : « pourquoi pas ». Le choix était fait en quelques secondes.

Arrive 20h50, on se met devant la télé, elle met la chaîne, ça ne ressemblait pas du tout à Breaking the waves. Elle vérifie la chaîne, c'était OK. Elle vérifie le programme ! Oups ! C'est ce soir que passe ce film.

Sur la chaîne en question, il y avait « L'éveil ». Elle n'était pas spécialement favorable et je ne l'aurais certainement pas regardé sans un brin de hasard. Je regarde le programme. Une paire de grands acteurs (Robert de Niro, Robin Williams). Je regarde internet. Une bonne critique. Pas le temps de changer de chaîne, nous aurions loupé le début. Le choix était fait.

Le choix fut bon. Très bon film à deux détails près. D'une part, on comprend mal le déclic qui fait qu'entre le moment où le toubib réussi à faire s'exprimer le gamin avec le machin avec les lettres, la fiche qu'il prend dans le tiroir et le bouquin qu'il lit devant la grille et l'espèce de léopard, que le docteur pense au médicament pour Parkinson. Tant pis ! C'est lui le spécialiste. Peut-être me suis-je égaré dans mon iPhone quelques minutes et ai-je perdu le fil.

Le deuxième plus gênant. A parti du moment où tout va bien et qu'il reste plus d'une demi-heure de film, on se doute bien que la fin sera malheureuse. Que le remède n'allait pas fonctionner sur le type, sauf pendant quelques jours. De fait, c'est ce qui se passe. On se met à espérer que le toubib va trouver autre chose et on comprend vite que ça va échouer. C'est alors que ça part en couilles ! Les acteurs se mettent à jouer de travers ou à « surjouer ». C'est abominable et vous décrochez...

J'avais totalement oublié ce film quand, dans twitter, je suis tombé sur cet article « 3 bonnes raisons de regarder "Breaking the waves" ce soir à 20 h 50 sur Arte. » Et je me suis rappelé que je connaissais la fin. Elle est racontée dans Wikipedia. C'est souvent le cas pour les films au dessus des autres.

Je ne sais pas si c'est volontaire, si le type qui a rédigé la page n'a pas aimé le film ou a voulu faire de l'humour, toujours est-il que le volet mystique du film apparaît complètement ridicule. Ou alors c'est mon athéisme forcené qui déforme la pensée de l'auteur...

C'est un drame, une histoire triste,dont la fin semble tournée en dérision. Il a une belle critique, des récompenses,...

Faut-il le regarder ?

06 novembre 2014

Santé ! Mais pas de la tête

J'ai l'habitude de donner des nouvelles de mon petit monde, ici. Dans un récent billet, je me moquais du soi-disant AVC qu'aurait eu Marcel Le Fiacre. En fait, il a été opéré en urgence d'une tumeur au cerveau, hier. Ca s'est bien passé, merci. 

Il m'a appellé vers 11h30. Je ne comprenais rien à ce qu'il me disait sauf l'essentiel : l'opération. J'ai donc envoyé un mail à Patrice qui m'a confirmé l'information. Il m'a appelé par erreur alors que j'étais en réunion. J'ai répondu parce que j'avais peur que ça soit important (ca l'était). Et me suis fait engueuler par la chef parce que je répondais au téléphone. Je me suis vengé par la suite : elle est rentrée d'un repas d'affaire et j'aurais dû exiger une prise de sang. 

L'opération du cerveau n'aide pas à utiliser correctement un téléphone. 

Toujours est-il que je n'ai pas spécialement le moral, connaissant un tas de gens morts d'un cancer guéri après une opération. Heureusement que je peux raconter des conneries dans Twitter suite à l'émission avec François Hollande. Heureusement qu'il est là. 

Par contre, le vieux Jacques est sorti de l'hôpital. A mon avis, dans trente ans, je ferai encore des billets annonçant sa fin proche. Si je n'ai pas un cancer du cerveau avant. Marcel en a bien un. 

05 novembre 2014

Toilettes pour homme

Au bureau, les toilettes pour homme sont dans la cage avec les ascenseurs. Du coup, il faut prendre son badge pour aller pisser, ce qui est une discrimation grave : les toilettes des femmes et celles des handicapés sont accessibles sans le badge. 

Il est temps que la blogosphère se saisisse de vrais sujets. 

Toujours est-il qu'une bonne partie des mecs vont pisser dans les toilettes pour handicapés. Pas moi, sauf en cas d'urgence. Mais comme ils ne s'assoient pas et qu'il n'y a pas de pissotières (les mecs en chaise roulante sont assez peu sensibles aux vrais sujets), certains pissent à coté et c'est degueulasse. Pire que chez moi. 

C'est mal. Mais les vrais sujets, hein !

Toujours est-il que j'ai interpellé un collègue hier. C'est simple. Dans la mesure où on a toujours notre badge sur nous, je parle des hommes, les grosses les foutent dans le sac à main, nous dans la poche, ce qui réduit le degré de la discrimination de mon premier paragraphe. 

Comme quoi, les vrais sujets,... On ferait mieux de s'occuper de ma précédente phrase qui n'est pas terminée. 

J'ai donc demandé à un collègue pourquoi il allait pisser chez les habdicapés, ou, pour être politiquement correct, chez les PMR. 

Il m'a répondu qu'il préférait parce qu'il y avait plus d'espace. 

Je lui ai donc demandé par réflexe s'il avait une bite si longue que ça. 

Je crois que c'est la première fois dans l'histoire de l'honorable administration qui m'emploie qu'un cadre superieur pose ce genre de question à un autre cadre superieur d'un échelon hiérarchique superieur. 

Et c'est aussi bien. 

J'ai des réflexes idiots. 

04 novembre 2014

On oublie toujours de remercier la Comète

La soirée avec Jean-Luc Bennahmias fut parfaite. Rondement menée avec un personnel efficace et une patronne aux anges. 


J'ai déjà diffusé cette photo dans le blog politique. Autant la reconvertir dans le blog photo. 

03 novembre 2014

L'Ecir, le bar des seigneurs

Quand je suis entré dans ce bistro, je n'étais pas dépaysé : il y avait un gros noir qui buvait du rouge au comptoir. C'est, en revanche, la seule comparaison que l'on peut faire avec la Comète. Il n'y avait aucun vieux regardant son Perrier en espérant qu'elle se transforme en 1664. 

Décernons un bon point d'emblée avant d'entrer dans des considérations hasardeuses. La bière de base est de la Paulaner. Cela mériterait que l'on embrasse le patron mais il est aussi gros que moi : on n'y arrive pas. Tiens. Une photo. 


Le type qui tourne le dos au comptoir est Styven qui habite dans le quartier. C'est un copain. Ça m'a fait autant plaisir de le revoir que le patron de ce bistro sympathique qui n'est autre que Mathieu, l'ancien patron de la Comète. Il a repris ce bistro avec Yannick qui était serveur à la Comète. On reconnaît Mathieu à sa légère surcharge pondérale et Yannick à sa calvitie naissante. 

Que dire de plus à part qu'il se trouve au 59 boulevard Saint Jacques, à l'angle de la rue de La Tombe Issoire, de mémoire, ce qui m'a fait rigoler en préparant ce billet. Il y a une quinzaine d'années, il y avait à côté le siège de la monétique des Caisses d'Epargne. Sortant d'un entretien avec des andouilles qui avaient fait l'erreur de nous faire croire qu'ils voulaient nous vendre une mission longue, nous avaient fait comprendre qu'ils ne voulaient qu'avoir un avis d'experts. On était donc rentrés dans ce bistro avec mon commercial pour boire une biere. On l'a fait. Tant qu'à faire on a bu une deuxième. Une troisième. Une quatrième. Ce qu'il y a de rigolo, c'est que je n'ai aucun souvenir du bistro. Seulement de la soirée. Il y a aucun doute possible. C'était là. Aucun doute. Ce n'est qu'une heure après, en arrivant à la Comète et retrouvant la wifi pour faire ce billet que je m'en suis rappelé. Cette cuite que j'ai prise en 1997 dans ce bistro alors que Styven n'était pas né, dépité par un client débile. 


02 novembre 2014

Un petit tour au bistro ?

Quand je pense qu’il y a encore des gens qui ne connaissent pas l’Aéro, ça me laisse pantois. J’y vais assez souvent mais je ne reste jamais très longtemps, sauf parfois le samedi soir, quand il est ouvert. C’est un tout petit bistro où seul le patron bosse, aidé parfois par un pote à lui pour qu’il puisse avoir quelques disponibilités pour régler des histoires personnelles. De mémoire, le patron est là depuis avril 2007. Au départ, ils étaient deux mais ils ne s’entendaient pas bien. Du coup, deux ans après l’ouverture, Karim a racheté les parts d’Idir. Il est ouvert tous les jours depuis le début. Jamais de repos, jamais de vacances.

En avril, il a fini de rembourser son prêt. Il est propriétaire. C’est une toute petite affaire, mais, en région Parisienne, ne nous trompons, ça représente 20 ans de SMIC, uniquement pour le fonds de commerce, pas les murs.

Quand il n’est pas en retard, il ouvre à 6 heures du matin. Pour nous autres, grosses fainéasses, ça parait très tôt, mais il y a un tas de gens qui prennent un café avant d’aller bosser, des ouvriers ou alors des types qui reviennent de Rungis. Jusqu’en 2007, je prenais souvent l’avion et choppais le premier métro, vers 6h05. Je passais prendre un café, juste avant, à la Comète ou à l’Aéro. Il y avait toujours des clients. Il ferme souvent vers 19 heures, parfois il traine jusqu’à plus de minuit.

C’est un des derniers bistros n’ayant que la vente de boisson comme activité. Regardez autour de vous, hors bars de nuit et zones touristiques, tous les bistros font autre chose : restauration, tabac, jeux,… Pas l’Aéro. Tout le monde lui donne des conseils, notamment pour qu’il fasse restauration mais il serait obligé d’employer un cuisinier et un serveur. Il gagnerait moins d’oseille. Beaucoup de types ont prédit qu’il ne réussirait pas et qu’il serait obligé de revendre. Il a réussi. J’étais un des seuls à y croire et, avec mon flair, je ne me suis pas planté. C’était un peu pareil avec la Comète, mais dans l’autre sens. Tout le monde prédisait que l’ancien patron ferait un tabac, sauf moi. J’ai malheureusement eu raison.

D’autres lui conseillent de mettent une grande terrasse vu que la place vient d’être refaite et qu’il y a un bel ensoleillement. Le problème est le même : il serait obligé de prendre du personnel. Alors, il a mis quatre ou cinq petites tables et se débrouille tout seul. Gérer une grande terrasse est très chiant : le matin, il faut sortir les tables, les chaises, même s’il fait mauvais (elles sont stockées dans le bistro). Le soir, après une journée de boulot, il faut les rentrer. Il y a un marché deux ou trois jours par semaine. Il serait emmerdé, ne pouvant pas sortir toutes les tables et étant donc obligé de les descendre à la cave pour avoir de la place.

Dernière précision : l’Aéro est juste après la sortie du métro, dans la direction de l’Hôpital (un des plus gros d’Ile-de-France), à quoi des arrêts des bus qui desservent une partie de Villejuif et tout le sud-ouest de la commune. Il y a donc beaucoup de passage.

La clientèle

Dans le temps, le bistro était tenu par un couple, Christiane et Loulou. Il me semble qu’elle était auvergnate et lui Kabyle. A l’époque, il faisait à manger le midi. Je crois que c’est Abdel qui faisait la cuisine. Bicêtre était une ville ouvrière et ce genre de bistro avec une bouffe traditionnelle (bœuf bourguignon, blanquette et couscous) marchait du tonnerre. Le bistro a été ensuite repris par Abdel et son frère puis Abdel tout seul, dans les années 90. Le quartier commençait à changer. C’est d’ailleurs à cette époque que j’ai acheté mon appartement (94) et commencé à vernir à l’Aéro (96 ?). C’est le genre de boutique où il faut être trois : un barman, un cuisinier et un serveur. A deux, Abdel et son frangin, ce n’était plus possible. Il faut un barman, si possible le patron, à plein temps pour assurer la relation avec la clientèle. S’il est occupé au service, le comptoir est vite déserté et les gens prennent l’habitude d’aller ailleurs, d’autant que les deux n’arrêtent pas de s’engueuler pour différentes raisons.

Abdel a donc pris l’affaire tout seul, sans cuisine. Sa femme était infirmière et rentrait souvent tard le soir donc le bistro était progressivement devenu festif. Ainsi, en plus de la clientèle de kabyles, d’ouvriers, d’amateur de bistros « bougnat », l’Aéro s’est retrouvé avec une clientèle plus jeune, le soir,… Ou plus vieille, d’ailleurs, puisque les vieux potes y venaient plus souvent.

Ainsi, la clientèle est hétéroclite mais assez « communautariste ». On peut facilement distinguer les groupes :
-          Les vieux Kabyles qui restent assis des heures le matin,
-          Les vieilles françaises, remplaçantes des Auvergnates, qui les remplacent l’après-midi,
-          Les noirs qui, quant à eux, remplacent plus les ouvriers,
-          Les jeunes kabyles,
-          Les anciens de Bicêtre, remplaçant aussi les ouvriers.
Et moi, au bout du bar, soit tout seul, soit dans un de ces trois derniers groupes. Je précise les « origines » parce que les détails comptent pour la suite de l’histoire mais aussi parce que le vivre ensemble est amusant à regarder.

Je suis le plus ancien client de Karim. J’étais là le jour de la réouverture, en 2007. Je suis toujours là. Patrice avec qui j’ai bu un coup hier fréquentait le bistro avant moi, mais je suis peut-être le plus ancien client régulier.

Karim est humain : il prend des cuites. Mais, quand il est bourré, il répète toujours les mêmes histoires, 20 fois, 50 fois, 100 fois. Heureusement qu’il change d’histoire tous les soirs. Hier, il nous a cassé les burnes pendant une heure en répétant en boucle que son fils avait cassé la clé dans la serrure. Je vous jure, c’est la vérité ! Et il répète aussi « j’te jure, c’est la vérité » et « sur la tête de mon fils » des centaines de fois. A part ça, il est d’une grande gentillesse mais a tendance à se fâcher avec tout le monde. Sauf avec les clients d’origine bretonne quasiment certifiée. Sa femme, la mère de son fils, était bretonne. J’ai donc un statut particulier dans le bistro… D’autant que je suis à peu près le seul fêtard à ne pas brailler au comptoir, tout comme mes acolytes Tonnégrande et le vieux Joël, le reste de la bande n’y passant plus de soirées.

Quand Jean, de la Comète, a pris sa retraite et les propriétaires ont changé la boutique pour en faire un truc plus branché, en virant les pochetrons et en augmentant les tarifs, l’Aéro a récupéré une partie de la clientèle d’ouvriers.

Pour en terminer de planter de décor, il y a une catégorie de clients que je déteste : les bobos du quartier, ce genre d’abrutis quinquagénaires qui se croient toujours jeunes et regorgent de pognon et viennent boire un coup dans mignon petit bistro de quartier… Ils sont arrogants mais cherchent à copiner avec le patron.

Acte 1 – Scène 1

 Je numérote, c’est pour faire joli.
12h45, hier. L’Amandine et la Comète étant fermées, je me pointe directement à l’Aéro en espérant y trouver des potes. Les vieux Kabyles étaient là, assis à la rangée de tables face au comptoir, assis côte à côte, tous tournés dans même direction. On aurait dit les petits vieux dans Astérix en Corse. Je les salue d’un tonitruant « Bonjour messieurs ». Ils me répondent. Quand il y en a un que je connais bien, je serre la main à tout le monde mais ils n’aiment pas…

Patrice se pointe, nous buvons le coup. Il se barre.

La bande de noirs arrivent. Il y a José. Une armoire à glace. Il a une voix aigüe éraillée, c’est affreux. Il est client depuis deux ou trois ans. On n’a pas les mêmes horaires donc on se voit assez peu mais comme on sait qu’on a des copains en commune, on fait comme si on était des amis d’enfance le temps de se dire bonjour. Il est Guadeloupéen. Il y a Edouard. Lui, je le connais depuis 2008. C’est un des militaires qui loge à Bicêtre. Lui, je ne sais pas d’où il vient. Il est assez petit et relativement attachant. On a envie de le prendre dans les bras pour le consoler. Le genre de gars tout timide. On a l’impression qu’il a envie de parler mais n’ose pas. Et il y avait un autre type, sénégalais, que je ne connaissais pas. A priori, il travaillait dans le quartier et avait donc des horaires de bureau et y habite maintenant, depuis très peu.

Il était venu emprunter une clé de 10 pour monter un lit. Et voila Karim qui nous raconte la fois où il s’est fait voler sa caisse à outil qu’il avait prêté à un Kabyle qu’il n’a jamais revus (le Kabyle et la caisse). Nos noirs apportent leur caution mais avec Karim, en fin d’apéro, ça dure. Notre Sénégalais se casse.

Karim explique alors qu’il a rendez-vous avec Mustapha pour manger des moules frites. Mustapha ! Je ne sais pas d’où il vient, lui. Dans le quartier, certains l’appellent « le Turc ». On va dire que c’est vrai. Toujours est-il qu’il est couturier dans le coin dans une petite boutique à côté de chez moi. Après le boulot, il prend des cuites mémorables. J’en ai déjà parlé ici. Toujours est-il qu’on ne l’a pas vu de la journée, finalement.

Pour faire des moules frites, il manquait un ingrédient essentiel : les pommes de terre. Pendant ce temps, le gars qui aide Karim était arrivé. Quand je dis qui l’aide, ça mérite des précisions : c’est un avocat à la retraite, très réputé au pays, il fait la comptabilité de Karim et le remplace au bistro occasionnellement, je l’ai dit. J’ai oublié son prénom. C’est étrange, c’est un bon pote, un supporter de François Hollande. On a fait les mêmes meetings en région Parisienne. C’est avec lui que je chialais comme une madeleine au soir du 6 mai 2012… Du coup, son prénom me revient ! Majid.

Majid est donc allé acheter des pommes de terre chez Leclerc, plus une demi-baguette et un camembert.

Acte 1 – Scène 2

Majid revient, passe derrière le bar, y dépose ses achats et bricole un truc dos à nous.

Voilà Karim qui se met à gueuler : mais tu n’as pas acheté des pommes de terre pour faire des frites ! Majid : mais si, c’est marqué dessus ! Karim : mais non, elles sont trop petites, ce sont des pommes de terre pour faire de la purée, il faut les cuire à l’eau. Voila nos noirs et nos deux Kabyles qui se lancent dans une discussion sur les pommes de terre. Une bonne demi-heure.

Voilà le Sénégalais qui se repointe avec un barquette qu’il donne à Karim : tiens, voilà, c’est du veau, tu peux le réchauffer ? Karim : ah non, je mange avec Mustapha des moules frites mais Majid n’a pas acheté les bonnes pommes de terre, ce con.

Majid finit par se casser : je vais à l’hôpital voir quelqu’un, je reviens.
Karim : on t’attend pour les moules frites.
Les autres qui avaient vu ce que Majid bricolait se mettent à rigoler. Majid avait mangé sa demi-baguette et son camembert.

Je dois reconnaitre qu’à ce moment, je me suis dit que s’il y a des moules pour trois dont un est parti, il y en a pour quatre dont un est parti. La Comète et l’Amandine étant fermées, il aurait fallu que je mange chez moi (j’avais prévu le coup mais bon, des moules frites…).

Le Sénégalais commence à trépigner ! Tu peux faire chauffer ma barquette de veau ? Karim : ah non, je vais manger des moules avec Moustapha mais Majid n’a pas acheté les bonnes pommes de terre, celles-là sont chiantes à éplucher. Le Sénégalais : mais c’est pour moi, avec ma femme, on emménage, et on n’a pas encore de microonde. Karim : ah mais tu fais chier, je ne peux pas m’absenter, Majid n’est pas là, bon les gars soyez sages, je descends, je vais en profiter pour faire les frites.

Un jeune noir arrive et voulait acheter des boissons à emporter. Désolé, monsieur, le patron est parti faire une course. José intervient : laisse, c’est un frère, je vais m’en occuper. Il sert le gars et prend l’oseille qu’il met sur le comptoir.

Acte 1 – Scène 3

Karim remonte avec la barquette. Quelques minutes après, il redescend et remonte avec des frites.

Il les propose aux noirs et à moi et j’en grignote quelques-unes. On papote. Des vieilles françaises arrivent. Elles prennent la place des vieux Kabyles. Je n’avais pas vu qu’ils étaient partis. Bonjour Mesdames, Bonjour Messieurs,… Deux thés, s’il vous plait.

Karim : bon, je vais appeler Moustapha et faire les moules et d’autres frites mais Majid n’est toujours pas là pour manger avec nous. Je regarde ma montre (enfin mon iPhone) : 16 heures. Oups. 3h15 de bistro (sans picoler). Je me casse.

Interlude

 Je rentre à la maison, fais à bouffer, manger, une sieste.

Acte 2 – Scène 1
                                                                                                                                        
18h30, je suis de retour à l’Aéro. Il y a toujours le Sénégalais, José, Edouard, côté noirs, et « Macrame » (?) et un autre gars que j’aime bien, une armoire à glace, comme José. C’est un peu le chef de la bande de Kabyles, ou, plus exactement, le modérateur, celui qui les empêche de faire des conneries.

Jean-Luc, artisan dans le quartier, gendre de l’ancien propriétaire de la commerce, arrive. J’en ai parlé vendredi soir, c’est lui m’a dit que Led Zep avait joué à Bicêtre en 1969. Il était accompagné du serrurier de chez Leclerc.

Karim le reconnait et commence à raconter son histoire de clé cassée par son fils dans la serrure. A mais c’est vraiment de la mauvaise qualité et tout ça. Il la raconte 50 fois, au moins ! Le serrurier prend ça pour lui et part.

Acte 2 – Scène 3

Jean-Luc et moi buvons un verre puis il part. Voila le vieux Joël. Nous discutons normalement mais il était pressé.

Acte 2 – Scène 4

JP (Jean-Pierre, Jean-Paul,… qui sait ?) se pointe. Il vient de Guyane, je le connais depuis longtemps. Il m’énerve. Depuis le début, il me serre la main en disant « bonjour directeur ». Si José et Edouard avaient pris leur cuite à l’Aéro, je ne sais pas d’où venait celle de JP. Mais il était visiblement atteint. Je vais tout seul, dans mon coin, étant le seul à jeun (ce qui ne durera pas).

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé…

J’ai entendu JP s’énerver : je t’ai dit de ne jamais me servir un verre avec deux bouteilles (je traduits : la première bouteille étant vide, le serveur le complète avec une autre bouteille). Karim l’engueule : mais tu rigoles, je viens d’ouvrir la bouteille devant toi, regarde, il manque la dose pour un verre. Le ton montre, je ne comprends rien. Karim commence à engueuler tous les noirs : « Vous les noirs… » et à leur sortir un tas d’imbécilités de pochetron avinés.

Le Sénégalais était parti avant et je me disais que José et Edouard n’allaient pas supporter les propos très racistes et allaient se barrer. Il aurait fallu que je les suive pas solidarité. Outre le fait que j’aurais eu du mal à trouver un autre bistro ouvert dans le quartier, je n’avais du tout envie de me fâcher avec Karim à qui ce genre de propos de ressemblent vraiment pas. Comme quoi, l’alcool fait ressortir le nationalisme et le racisme…  D’un autre côté, j’espérais bien qu’ils allaient partir : je ne voyais pas d’autre solution pour rétablir un certain ordre que de fermer le bistro.

Le ton a vraiment monté. José a voulu payer mais Karim l’a engueulé : ah, cette fois tu veux payer, ça change, avec le nombre de fois où tu as oublié. Je vous passe le détail.

 Mon pote, la grande armoire à glace Kabyle, le « modérateur », intervient et calme un peu le jeu. Surtout, pendant ce temps-là, le neveu de Karim arrive, un jeune gars qu’il héberge puisqu’il fait ses études à Paris. Karim s’est calmé immédiatement, a servi une tournée générale… sauf à moi. Mais y compris à JP.

José, Edouard et moi nous sortons faire le point. Mes camarades n’étaient pas fâchés. Ils étaient simplement peinés. Ils avaient bien vu que Karim n’en voulait qu’à JP et qu’il les avait englobés par erreur dans son délire. Je le confirme en reportant deux ou trois propos… Il est convenu que José allait rentrer chez lui sans payer immédiatement (il commençait à être tard, sa femme l’attendait) et qu’Edouard allait attendre JP vu qu’ils habitent à côté.

Acte 2 – Scène 5

On était donc deux Kabyles plus le patron du même métal, deux noirs et un gros. Edouard va aux toilettes. JP part en disant : je l’attends au bus.

Edouard revient, lui courre après. Macrame lui dit : « t’inquiète pas le bus n’est pas passé ». Edouard revient finir son verre puis va à l’arrêt de bus. Le bus était passé et personne ne l’avait vu. Du coup, il offre un verre aux deux Kabyles (et pas à moi, je vais finir par croire qu’ils m’en veulent).

Les deux Kabyles partent. Karim n’arrêtait pas de parler.

Je voyais bien qu’Edouard voulait me dire quelque chose. Je finis par comprendre qu’il veut s’excuser d’être comme ça ce soir mais qu’il est très triste, c’est un gars de son unité qui est mort au Mali récemment.

Il pleurait presque, d’autant que, comme Karim nous interrompais sans cesse, il n’arrivait pas à m’expliquer. Alors, je l’ai pris dans mes bras (d’où ce que je racontais en introduction).

Il finit par partir. Le neveu au patron avait rentré les tables de la terrasse, il restait à ce dernier à faire le ménage. Je m’attendais à partir.

Le téléphone sonne. C’était un ancien client qui téléphonait pour savoir si c’était ouvert et s’il pouvait passer. Dans une heure. Il était environ 22h00. Karim a répondu : ben oui, si c’est toi, je t’attends !

Chic ! Me dis-je alors, on va pouvoir trainer un peu…

Le gars a téléphoné tous les quarts d’heure pendant deux heures en disant à chaque fois qu’il arrivait dans une heure. Je commençais à me foutre de la gueule de Karim : il ne viendra pas. Mais je pouvais rester, ce qui était bien l’essentiel. Il est arrivé vers minuit.

Mais, entre-temps, je vous le jure, ça a duré deux heures, nous n’avons parlé que de ce gars, à un seul sujet : mais si tu le connais, Christophe, il est déjà venu ici, tu t’étais engueulé avec lui, tu vas voir, tu vas le reconnaitre quand il va rentrer, ça va te revenir, mais ce n’est pas possible, tu as Alzheimer ou quoi, déjà à ton âge, tu le connais, tu t’étais engueulé avec lui, tu l’avais envoyé chier alors qu’il te cassait les couilles, tu vas le reconnaitre, un militaire, il habitait Bicêtre, il est parti à Nanterre, mais si, tu connais, tu te fous de moi, là, tu vas le reconnaitre quand il va entrer, tu jouais avec ton iPhone, il voulait parler avec toi, tu ne voulais pas, tu l’as envoyé chier, j’te jure, c’est la vérité, sur la tête de mon fils.

Je vous jure, c’est la vérité : deux heures.

Acte 2 – Scène 5

Minuit. Le gars arrive amené par une grosse voiture (il est militaire et bosse dans une ambassade). Je ne peux jurer que je n’avais pas déjà vu.

Il avait quitté le quartier depuis 18 mois. Ils se sont donc raconté ce qu’ils avaient fait. Karim mentait sur à peu près tout. Il a réussi à convaincre le gars que son fils (18 ans…) avait acheté une grande brasserie et en était le patron et me demandait sans cesse de confirmer, et d’autres trucs comme ça…

J’ai laissé faire. Je ne savais pas qu’on pouvait mentir à ce point-là. Mais jamais, suite à un mensonge, il a dit : j’te jure, c’est la vérité, sur la tête de mon fils. Je conclus donc que quand il ne termine pas une phrase ainsi, c’est qu’il ment.

Je regarde l’heure sur mon iPhone. 1h30. J’étais resté sept heures à ce comptoir, après les trois du début d’après-midi, debout, à ce comptoir, à observer le monde qui tournait.


Je suis rentré : j’avais faim.