25 novembre 2013

Montauban de la société

Didier Goux fait un très bel hommage aux Tontons flingueurs. En cherchant à faire un commentaire à la hauteur, je me suis demandé ce qui fait que ce film est devenu mon film préféré et qu'il peut être considéré comme un chef d'œuvre, un film culte.

C'est un film qu'on a longtemps trouvé nul parce qu'il passait pour tel, à sa sortie, dans cette période où la critique ne regardait que vers la nouvelle vague, Truffaut, Godard,... On le pensait l'archétype du film franchouillard alors qui est tout sauf ça, comme le souligne Didier.

Du coup, on le regarde avec un brin de honte. À ton âge, tu n'as pas mieux à faire ? Putain, il y a rien à la télé ce soir ! Je me rappelle de la dernière fois où je l'ai vu. J'étais avec ma mère et quand j'ai vu que c'était le seul truc à peu près potable, ce soir là, le seul programme susceptible de nous satisfaire tous les deux, j'ai presque eu honte de lui infliger ça.

Je me rappelle d'un soir où il passait en deuxième partie de soirée, un dimanche, vers 1994 ou 95. Je ramenais un copain de Bretagne vers la région Parisienne. Il devait coucher chez moi et prendre un avion le lendemain. Je lui avais dit que je voulais voir ce film. Il ne le connaissait pas, sauf de réputation. Il m'a dit : "on ne va pas regarder ce navet ?"

Évidemment, il était plié de rire, comme moi.

C'est plus tard, probablement, qu'il est devenu culte, que ses répliques sont entrées dans la mémoire collective. Peut être qu'on s'est rendu compte que le cinéma français n'a jamais produit mieux avec un dialogue génial, des acteurs parfaitement à leur place, des scènes d'anthologie... Peut-être fais-je partie de cette génération de Français à ne pas être fier de son cinéma récent et des films à succès, qu'ils soient français ou pas ? Peut-être a-t-on honte d'en avoir fait son film préfère, celui qu'on a regardé le plus souvent ? Ou honte de nos ancêtres qui ne lui ont pas donné le succès qu'il méritait à sa sortie ? Honte de préférer un tel film à tout ce que le cinéma a sorti de plus beau ?

Cette période a produit plusieurs chefs d'œuvre de ce genre. Toujours avec la même bande ou presque comme les barbouzes ou ne nous fâchons pas. Les trois sont de Georges Lautner et avec Lino Ventura. Les dialogues sont de Michel Audiard.

C'est ce cinéma qu'on aime.


23 commentaires:

  1. Non, c'est seulement la preuve que vous êtes un fachiss' qui se planque et qui ne veut pas l'admettre!

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  2. Cela dit, ça n'empêche pas d'aimer aussi Bergman, Kurosawa ou Bertolucci…

    Sinon, on se rend compte que beaucoup de films qui ne cessent de se bonifier en prenant de la bouteille ont été, au départ, méprisé par les critiques qui ne juraient que par la soi-disant "nouvelle vague". Dans un tout autre genre que Lautner, Sautet est dans ce cas-là. Et, lui, il est profondément français.

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    1. Au fait ! Mon commentaire a disparu chez vous.

      J'ai fait un tour sur la page Wikipédia du box office : la plupart des films qui ont marché ont pas beaucoup d'intérêt.

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  3. Y’aurait pas comme un peu de « réac" dans ce billet ?

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    1. Non. On n'est pas loin de penser que les vieux films sont plus modernes que ceux de la nouvelle vague

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    2. c’est ce que je dis, c’est très réac ; D

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    3. Dans l'absolu, oui. Mais la même année est sortie "la cuisine au beurre" qui a été un grand succès : je ne les regarde pas avec la même vision. La cuisine au beurre parait ringard....

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    4. Tout à fait... entre "la cuisine au beurre" et "les tontons flingueurs", il n'y a pas photo...Dans les "tontons", il y a quand même 3 gueules du cinéma (Ventura, Blier, Blanche) qui portent le film avec la complicité d'Audiard, alors que la "cuisine" paraît bien fade à côté, car à mon avis la mayonnaise ne prend pas dans la confrontation Bourvil -Fernandel...Mais ce n'est que mon avis...

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    5. On est à peu près d'accord ! Mais il ne s'agit pas vraiment pour moi de comparer les deux mais plutôt leurs succès. Je pense que La cuisine au beurre est le plus gros succès de 1963 mais je "préfère" largement l'autre. A l'époque, ce n'est peut-être pas me choix que j'aurais fait.

      (je me comprends, je n'étais pas né...).

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    6. D'ailleurs, en 1963, Lino Ventura n'était pas encore le monstre sacré qu'il est devenu ensuite. Ca ne faisait que quelques années qu'il jouait des premiers rôles.

      Alors que, je suppose qu'en 1963, Fernandel et Bourvil étaient déjà "eux".

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    7. En effet, la seule idée de ce film était de réunir Bourvil et Fernandel et de s'en mettre plein les poches grâce à cette affiche. Bourvil, qui avait une admiration sans bornes pour l'autre, depuis ses propres débuts, est ressorti de ce tournage fort désillusionné, car Fernandel, sur les plateaux, se comportait comme une enflure avec ses partenaires, faisant tout pour tirer la couverture à lui.

      Je n'ai jamais vu le film, cela dit, car je n'ai jamais pu supporter le Marseillais chevalin plus de cinq minutes. Et encore, à condition d'avoir à boire.

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    8. J'ai bien aime certains films. Mais effectivement : bof.

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  4. OK, moi aussi j'ai regardé, moi aussi je me suis marré et moi aussi j'ai mes répliques cultes ("c'est curieux cette manie qu'ont les marins de faire des phrases"). Mais si on veut faire des sélection, genre festival de cannes et ne garder que le meilleur film d'une année, voilà une sélection des films de 1963:
    USA:
    55 jours de Pékin, America America, Bye Bye Birdie, La grande évasion, Les oiseaux,
    Italie:
    Chateau en Suède (oui le fric est italien), Le guépard, Le mépris, Les monstres,
    France:
    Germinal, Muriel, L’aîné des Ferchaux, Le jour et l'heure, Mélodie en Sous-sol, un drôle de paroissien
    On garde vraiment Les Tontons comme champion de la culture française pour la postérité?

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    1. Assurément. C'est quoi cet élitisme ?

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    2. J'ai oublié les angliches: La panthère Rose, l'espion qui venait du froid, The Servant, les Damnés

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    3. Autant de films qui ont mal vieilli.

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    4. Une sélection de films qui m'ont aussi marqué en leur temps (je crois que je les ai tous vus et que j'ai autant de plaisir à les revoir quand l'occasion se présente), mais les tontons occupent une place à part dans mon "univers"..Non pas que ce film soit un champion de la culture française, mais parce qu'il représente une époque qui, compte-tenu de mon âge, me semble révolue à jamais...Il est d'ailleurs plaisant de remarquer que ce film est devenu culte pour des générations qui n'étaient pas nées lors de sa sortie...Une aspiration à un "paradis perdu" ?

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    5. Vas savoir ! Mais je crois que c'est Didier dans son blog qui l'exprime le mieux. En fait, ce film est drôle. Décalé,...

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  5. C'est "toute une époque" ! J'adore !
    MERCI Nico et bon mardi !

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  6. Ce qui est terrible, c'est qu'il y a, dans les films qui sortent aujourd'hui et que nous trouvons nuls, des films qui, comme celui-ci, seront des films-cultes dans 50 ans.

    Difficile d'analyser ce qui rend ces Tontons flingueurs si inimitables; sans doute un côté non-marketing, un côté déconneur, on laissait un type fantastique comme Audiard s'éclater en toute liberté sans se poser des questions (qu'est-ce que ça veut dire ""c'est curieux cette manie qu'ont les marins de faire des phrases"? Ça ne veut rien dire, on ne peut pas laisser passer ça, les gens ne comprendront pas, et le film perdra de l'argent).

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    1. Je ne suis pas sûr que beaucoup de films d'aujourd'hui passent pour des chefs d'œuvre dans cinquante ans. Je crois, justement, que cette période avait quelque chose d'inimitables, réellement. Peut être pour les raisons que vous citez. Mais il faut une conjonction de talents qui serait probablement impossible à trouver (acteurs, réalisateur, dialoguiste,...). Il faut ce que Didier décrit : des fous.

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