14 juin 2015

Ce vieux con de Roger !

J’ai passé une partie de la soirée d’hier avec le vieux Jacques. On a bu des coups et raconté des conneries. Cela fait probablement plusieurs années que ce n’était pas arrivé. Il a ses problèmes de santé et pas beaucoup de pognon. Quand il est en forme et que la retraite est tombée, il picole le midi et est hors service le soir. Tant que Marcel a été malade, il l’a beaucoup aidé, soutenu, de même que son épouse, Miranda. Du coup, il sortait encore moins pour être en forme. Enfin, il est durablement fâché avec Michel, le patron de l’Amandine. Je le voyais donc peu mais j’ai l’impression que cela va changer.

Quelques mois avant la mort de Marcel, il a pris l’habitude d’aller manger à la cantine municipale avec Miranda, là où déjeunent les employés de la commune et les petits vieux. C’était plus pour forcer Miranda à sortir de chez elle. Depuis l’enterrement, ils ont continué.

Moi, vous me connaissez, j’aime bien mes petits vieux, non pas parce qu’ils sont vieux, je m’en fous, mais parce qu’on a un tas de points communs qui nous poussent à raconter les mêmes conneries, devant les mêmes verres. Il y a de l’amitié, de l’affection, je ne sais pas comment le décrire et on s’en fout. Ce n’est pas l’objet de ce billet contrairement au vieux Roger, celui que je vois le plus souvent, en fait ! Je l’aimais bien aussi. Je parle au passé : il n’est pas mort mais je ne l’aime plus. Déjà, samedi dernier, j’ai eu la flemme de passer à l’Amandine alors que c’était un rituel, pour moi, boire un coup avec Corinne et Roger, et, souvent Victor, José et quelques autres. Je n’ai pas eu le courage d’aller affronter cet imbécile, je ne sais pas pourquoi. Hier, alors, je me suis décidé, comme si je me reprenais en main. C’est bizarre, j’ai mes quatre bistros et je tiens à les faire tous : la Comète, bien sûr, l’Aéro, l’Amandine et le PMU, au moins une fois par semaine.

Fuyant Roger, j’étais en train de fuir l’Amandine et donc son patron, Michel, mais aussi les clients qui ne vont que là-bas, comme Corinne et aussi Victor dont je ne crois pas déjà avoir parlé. Ce type m’intrigue : c’est le seul jeune de la bande. Presque le seul jeune client des bistros de Bicêtre, du moins des quatre miens. Disons même le seul jeune d’origine française. Il faut le dire : le racisme est une partie du fond de ce billet. Car Roger est raciste.

Je le connais depuis une quinzaine d’années, peut-être 18. C’est en fait le type que je connais depuis le plus longtemps dans la bande, à part Patrice et, encore, ce n’est pas sûr. Il finissait son boulot assez tard, vers 21 heures, et venait boire une bière ou deux à la Comète. Il a pris sa retraite après 65 ans, 67, je crois et je ne le voyais plus que le dimanche avant que je ne le perde de vue. Sa femme est morte il y a six ou sept ans. Il s’est retrouvé seul (il a des enfants chez qui il va souvent), désemparé. Des copains l’ont botté le cul pour qu’il retrouve une vie sociale. Alors à midi, il va à l’Amandine puis déjeune à la cantine municipale. Il m’a reconnu et on l’a intégré à notre bande du samedi midi. A l’époque, il y avait Corinne, sa mère et moi. Cette heure que nous passions ensemble était à peu près leur seule vie sociale (en dehors du boulot pour Corinne). La mère à Corinne a été hospitalisée et ils ont fini par prendre l’habitude de déjeuner, Roger et elle, souvent avec Victor. C’est assez rigolo : il y a plus de quarante d’écart entre Roger et Victor, Corinne est au milieu, avec quelques années de plus que moi. Roger a 83 ans, comme la mère de Corinne et la mienne, c’est pour cela que je m’en rappelle.

J’aime bien Victor et je crois que c’est réciproque. Il m’aime bien car je n’arrête pas de raconter des bêtises et d’insulter Roger, affectueusement… Il représente un peu la relève, celui qui s’occupe des petits vieux des bistros.

83 ans et en parfaite santé physique. Outre le fait qu’il soit raciste et con, il radote. Il n’a plus sa tête, il raconte toujours les mêmes histoires, le Roger. Et il est raciste ce qui a tendance à nous amuser vu qu’il n’arrête pas de s’embrouiller, après quelques verres, avec tous ceux qui ne donnent pas l’impression d’être totalement originaire de notre douce patrie… Du coup, on l’engueule et cela fait très rigoler les agressés. A jeun, il n’est pas raciste (ou du moins, il ne le manifeste pas…). Sinon, il aurait été jeté du bistro. Mais, un peu bourré, c’est à chaque fois le même cirque. On va même jusqu’à le chauffer un peu, d’où ma dernière remarque au sujet de Victor. Je raconte des conneries et le vieux part « en live », Victor et le patron rigolent. Corinne soupire…

Il sait qu’il est mauvais quand il est saoul donc limite sa consommation mais boit souvent un verre de trop. Comme hier.

Il m’a raconté une histoire qu’il m’avait déjà raconté dimanche dernier et un quart d’heure avant…

A la cantine, il mangeait à la même table que Jacques depuis des années. Quand Miranda est arrivée, ils mangeaient tous les trois. Puis une autre dame s’est installée là et il n’y avait plus de place pour Roger qui a été obligé de manger à une autre table. C’était l’histoire de dimanche dernier. Cette semaine, il y a eu une suite. La dame a été hospitalisée. Sa place était donc libre et le personnel de la cantine lui a proposé de l’occuper. Quand il m’a raconté cela pour la deuxième fois hier, un peu ivre, il s’est fâché : « j’ai refusé ! Tu te rends compte qu’ils voulaient encore que je change de table. »

C’est histoire n’a évidemment aucun intérêt mais vous pouvez comprendre que l’entendre deux fois au cours du même apéro, ça m’a gavé. Je me suis donc décidé à partir, presque en jurant de ne jamais revenir, d’autant qu’il y avait le beauf de José, con comme une bite, qui racontait des bêtises. J’ai l’impression de partir énervé de ce bistro à chaque fois (relisez mon billet de dimanche dernier, tiens !). J’aime bien ce bistro, son patron, les personnages, mais au bout d’une demi-heure, s’il n’y pas que le patron et moi, voire Patrice, je fuis.

Des clients sont arrivés pour déjeuner. Le patron (enfin, son fils mais on s’en fout) leur a proposé une table qui venait de se libérer. C’est le vieux René qui y avait déjeuné (je l’aime bien mais il a des copains qui lui racontent ce que je dis dans le blog !). Ce vieux con de Roger s’est mis à hurler : « AH NON, HEIN, CA NE VA PAS RECOMMENCER, ON l’AVAIT RESERVEE. »


Je me demande ce que je fais avec ce con là.

4 commentaires:

  1. Avec un billet aussi long dans ton blog agapes, tu as certainement du passer 4 ou 5 tournées

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    1. Je faisais beaucoup plus long vers 2006 2007, grâce aux tournées.

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  2. C'est très intello comme fréquentations, un bobiyé de fond (de la bouteille).

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    1. Si cela te dérange que je raconte des conneries de bistro dans mon blog bistro, tu me dis. Sinon je peux y faire un billet pour décrite ton cheminement intellectuel qui t'a poussé à faire deux billets sur Valls ce matin.

      Mais quand on est taré.

      Tu devrais consulter, sincèrement.

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