01 mai 2016

L'année des morts

Mon blog finira par être sponsorisé par les Pompes Funèbres Générales. Fuguerez-vous qu'en arrivant à l'Aéro, j'ai appris la triste nouvelle par le patron. Gérard est mort. Ah merde. Je m'inscris donc dans la mauvaise ambiance générale de rigueur. Néanmoins, au bout de quelques minutes à évoquer la memoire de nos chers disparus en buvant du Ricard, je pose la question : "au fait ! C'était qui Gérard ?" "Tu sais, le grand qui buvait du rosé." "Je le connaissais ?" "Ben oui, il venait tous les soirs vers 17h." "Et je viens souvent ici vers 17h ?" "Ah ben non, tu viens jamais à cette heure. Tu ne le connaissais pas." "Heureusement que j'ai pas pleuré, alors, ça aurait été du gaspillage !"  

Voila tout le bistro plié de rire. 

Mes condoléances aux proches, à la famille et aux crocodiles. 

Avec le patron, on a alors evoqué le nombre de rigolades avec les morts de l'année. Et on a arrêté de rire quand on a fait le compte des copains morts en un an. On parle beaucoup du nombre de célébrités disparues en ce début d'année mais, il faut reconnaitre que pour les relations de comptoir le bilan n'est pas génial. 

Je passe mes copains Marcel et Jojo sont au sujet desquels la tristesse m'envahit lâchement dès que je vois un comptoir sans eux. Je passe aussi Nono à Loudéac qui a trouvé une corde pour le soutenir à défaut d'autre chose. Les deux autres, c'était le crabe. 

Comme Nordine, Patrick et Gérard, un autre. C'est une mauvaise année pour les Gérard. Laurent a eu une mort plus rigolote. C'est le premier type que je connais qui est mort de cuite. Littéralement. Il était tellement saoul qu'il ne s'est pas réveillé. Il y a un autre Gérard que je fréquentais dans un autre bistro mais je l'avais perdu de vue. Il buvait des Côtes-du-Rhône ce qui a probablement accéléré son passage de vie à trépas, sans vouloir stigmatiser ce noble breuvage qui rend noir. 

Je vais arrêter la liste mais on pourrait continuer. Il y a de bons indicateurs. Tiens ! Le patron d'un bistro se plaignait hier qu'un des clients qui lui devait 380 euros ne venait plus. J'ai répondu que bien fait pour sa gueule, il faut limiter le crédit d'ailleurs interdit à une centaine d'euros pour permettre aux types sans pognon de continuer à picoler. Pour enfoncer le clou, je dis : "aussi bien il est mort et tu l'as dans le cul." C'est alors qu'il a bondi et couru dans la rue pour discuter avec une dame. Il revient et me dit : "t'avais raison. C'était sa femme. Il est mort." Le hasard. Je lui ai payé un verre pour le consoler. 

Il fait beau. Un magnifique soleil éclaire le marché de Bicêtre et les terrasses des établissements dits "débits de boisson" même si le crédit les perdra. Il fait néanmoins un peu frisquet. On se dirait un 1er novembre, une de ces journées du milieu de l'automne où l'on commence à comprendre que le pire est à venir. Le pire est donc à venir. 

J'aime bien quand le 1er mai est un dimanche (à part que c'est du gaspillage de jour férié) ensoleillé. Les vendeurs de muguet se mêlent aux commerçants du marché. Le bonheur d'habiter un vrai quartier populaire (avec un cimetière à côté). 

Mais le muguet est vraiment moche, cette année. On dirait des chrysanthèmes fanés. 

2 commentaires:

  1. En fait, vous venez d'écrire trente lignes pour aboutir à une évidence, qui est celle-ci : plus le temps passe et plus on connaît de morts (surtout quand on fréquente les bistrots, ajouterais-je…). Vous verrez : avec un minimum d'habitude, on se rend compte que ça n'a rigoureusement aucune importance.

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    1. Ce n'était pas le but. Disons qu'il y a les morts qui étaient des vrais potes comme Marcel et Jojo pour des raisons différentes et tous les autres qui n'ont aucun intérêt.

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