30 mars 2014

La vieille France au comptoir

Dans les bistros, il y a parfois des gens qui vous déplaisent finalement. Ils ont des tronches de types ringards. Je ne sais pas les décrire. Le visage buriné du type qui a trop travaillé en plein air ? Une tête de plouc ? Alors quand vous avez des a priori sur les autres, vous perdez les pédales.

Hier, j’avais rendez-vous avec Corinne à l’Amandine pour l’apéro. La catastrophe… L'Amandine est un très vieux bistro avec très peu d'espace au comptoir. Le comptoir est assez long mais on ne peut pas circuler. Il y a des très gros piliers qui soutiennent l'immeuble. Quand on est nombreux, on étouffe, il faut tout le temps bouger pour laisser passer la serveuse ou le patron.

Le premier que j’ai vu, je l’aime bien. Je le connais depuis une bonne quinzaine d’années. Il trainait dans les bistros du bas de Bicêtre avec des copains à lui. On se croisait, on papotait. Un gars très grand, un instit en retraite. Depuis, sa femme est morte, de même que celle d’un type de sa bande. C’était vers 2005, je suppose. Les Monts d’Aubrac ont fermé et j’ai perdu de vue tout ce monde, croisant l’instit dans les rues. Depuis un an ou deux, il mange tous les samedis midis à l’Amandine, tout seul à une table. Nous échangeons deux mots mais la solitude lui a coupé tout goût pour la conversation. Le voir ainsi me fait de la peine même s’il n’a pas l’air malheureux.

Derrière lui, au comptoir, il y avait cette vieille dame que je vois aussi tous les samedis d’abord à l’Amandine puis à la Comète. Elle boit du café. Comme l’autre, elle n’a aucun sens de la conversation. Elle croit que je suis le frère de Corinne et me demande des nouvelles de ma mère en pensant à celle de Corinne.

A côté, un gros type de mon âge faisant 10 ans de moins, peut-être parce qu’il vit seul et loge à l’hôtel, comme un type qui démarre dans la vie. Je l’aime bien mais quand il est saoul, il devient rapidement casse-couilles. Alors je l’évite.

Il y avait les deux frangins inséparables. Je crois qu’ils vivent ensemble. Ils ont probablement la soixantaine, peut-être moins. Ils boivent de la Heineken avec mes potes, quand ils sont là. Du coup, il m’arrive de les rejoindre dans des discussions. Là ils étaient avec deux types que je ne connaissais pas, avec la sale tronche que j’essayais de décrire en préambule.

Juste à côté, avec Corinne, il y avait ce petit vieux, un copain du vieux Jacques que je connais depuis près de 20 ans. Il était client de la Comète mais n’y vient plus. Je ne l’aimais pas trop quand il bossait encore (il a bossé jusqu’à très tard, un travail confidentiel sur lequel il ne donnait aucune précision, comme s’il était agent secret). Maintenant, je le tolère mais il raconte toujours la même chose, avec des jeux de mot très pénible, presque un par phrase.

J’ai bu le coup avec eux. Je n’étais pas à l’aise et j’ai vite compris que Corinne non plus. On avait l’impression d’être les seules personnes normales dans le bar.

Je suis parti. J’ai retrouvé l’Aéro.


2 commentaires:

  1. Parfois même entouré, on se sent bien seul ;o) (enfin ! c'est juste une impression !) :o)

    BISES et bon dimanche Nico !!!!

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