07 avril 2014

La casquette, la lunette des chiottes et les miennes

Les bistros sont toujours une source de réjouissances pour moi mais vendredi soir, le 1880 dépassa largement la mission qui lui était confiée.

Tout a commencé par l’arrivée d’une gonzesse avec une casquette, vers 22 heures. Le patron lui demande de l’enlever. Elle refuse. « C’est ainsi que je m’affirme. » qu’elle répond. Il lui rétorque, en gros : « C’est justement pour ça que je veux que tu l’enlèves. » « Vous n’avez pas le droit de m’interdire de mettre une casquette ». « Je fais ce que je veux, je suis dans mon bistro, si je ne veux pas de gens avec des casquettes, soit les gens avec des casquettes ne viennent pas soit les gens qui viennent avec des casquettes enlèvent leur casquette quand ils rentrent dans mon bistro. » « Je vous dit que j’ai le droit de garder ma casquette puisque ce n’est pas indiqué à l’entrée que les casquettes sont interdites. »

Christophe pensant bien que la tempête allait se calmer vaque à ses occupations. La gonzesse d’un âge relativement indéterminé (on va dire la trentaine) commence à s’énerver toute seule et à gueuler : « vous allez me servir. » Les clients à côté d’elle commençaient à en avoir… ras la casquette. Comme ils n’avaient pas bu avec modération qui n’avait pas pu venir ce soir là, ils ont commencé à l’engueuler, c’était très drôle. Christophe est donc intervenu à nouveau. « Je ne vous servirais pas tant que vous n’aurez pas enlevé votre casquette. » « Elle fait partie de moi, c’est mon style, c’est ainsi que je l’affirme. » « Vous l’avez déjà dit. » « Si c’est comme ça, j’appelle la gendarmerie. »

J’étais plié de rire vu que, un peu avant, j’avais raconté à Christophe l’anecdote objet de mon précédent billet (une gonzesse, à la Comète, qui exigeait d’être servie à 23h30 parce que j’avais encore une bière devant moi au comptoir). Elle avait dit, aussi, qu’elle allait appeler la police. A Paris, c’est la police qu’on appelle quand un patron de bistro refuse de servir. A Loudéac, c’est la gendarmerie. J’espère que vous avez saisi la subtile différence.

Toujours est-il que Christophe a réussi à la foutre dehors.

C’est alors que Jonathan Sifléletrain, un jeune client sans trop de poil dans les oreilles vient vers moi « Alors, hips, Jégoun, t’es content, t’as encore une connerie à raconter dans ton blog. » « Oui, on verra, il n’y a pas grand-chose à dire. » Du coup, comme il m’a cherché, je parle de lui. Le lendemain soir, il est arrivé au bistro vers 17h30. Il avait une de ses tronches, je me demande s’il n’avait pas pris une cuite la veille.

Un peu avant, avant la fermeture, vers 0h30, il y avait deux couples, à côté de moi. Des quadragénaires mais moins que moi, si je puis me permettre, dans la mesure où je suis bientôt quinquagénaire. Le genre d’abrutis qui sortent une fois par an pour prendre une cuite. Les mecs étaient probablement des anciens fêtards vu qu’il supportait très bien l’alcool et semblaient désespérées par leurs pouffes…

A un moment, une s’adresse à moi : « Hé ! Tu peux me prêter tes lunettes. » J’ai refusé. « Mais si, prête moi tes lunettes. » « Non » « Mais pourquoi tu ne veux pas me prêter tes lunettes ? »

Cette histoire de lunettes me fait penser à une autre anecdote que je vais raconter de ce pas. Vous aurez la suite de la dernière dans un prochain paragraphe. Figurez-vous que le patron a changé la lunette et les couvercles des chiottes. J’arrive pour éliminer quelques bières et je constate sans la moindre joie : tiens ! Le couvercle a été changé ! C’est bien, il profite de ses vacances pour entretenir le bistro.

J’ouvre donc ma braguette, relève le couvercle et la lunette et commence à uriner. Vous me diriez que j’aurais pu pisser assis mais dans un bistro, ce n’est pas très prudent. Toujours est-il que le couvercle et la lunette retombent. Je décris la scène au ralenti mais le tout se passe en quelques secondes. Je constate ainsi que je pissais sur le couvercle. Ma main droite tenant l’iPhone (ben oui, je profite de mes pauses pour consulter mes mails) et la gauche ma bite, je choisis de libérer la gauche, ma bite ne risquant pas de tomber par terre et je me penche pour relever le couvercle. Tout en faisant cela, j’ai levé la main droite derrière moi pour éviter que l’iPhone ne subisse des dommages collatéraux. Imaginez la scène. Evitez, par contre, de mêler ma bite à votre imagination. Mon corps a donc fait naturellement une rotation : ma main gauche, en bas, vers la cuvette devant moi, et ma main droite, en haut, derrière moi, avec mon iPhone. Ma bite (arrêtez d’y penser) a donc accompagné le mouvement de rotation et c’est ainsi que j’ai continué à pisser, mais sur le mur de cet honorable établissement.

Le tout en quelques secondes. J’ai relevé le bazar et j’ai continué à faire. Je suis sorti. L’iPhone n’avait pas une goutte. J’ai donc pu le ranger dans ma poche pour me laver les mains. J’ai regagné les toilettes pour mesurer les dégâts : oui, il fallait que je prévienne le patron, il convient de passer un coup de serpillière.

J’ai ensuite regardé mon pantalon et mes chaussures ! Pas une goutte ! Seule ma main gauche avait été éclaboussée, ce qui, vous en conviendrez, relève du miracle.

J’ai prévenu le patron. Il n’est pas parti avec une serpillière mais avec du ruban adhésif. Dorénavant, le couvercle est solidement accroché. Vous aurez noté le changement dans ce bistro en quelques heures : le couvercle des chiottes est scotché et il y a une affiche pour dire que les casquettes sont interdites.

Au fait ! J’ai discuté avec le patron de cette histoire de casquette. En gros, c’est un marqueur. Le type qui entre avec une casquette en pleine nuit est logiquement un type louche, du genre de ceux qui mettent des casquettes la nuit. Quand on lui demande d’enlever sa casquette, un type normal le fait. S’il refuse, c’est que c’est une crevure qu’il ne faut pas servir.

J’en étais à la gonzesse qui voulait que je lui prête ses lunettes. « Ah mais je veux essayer tes lunettes. » « Non. » Je ne suis pas un grand défenseur de la propriété privée mais mes paires de secours étant à 430 kilomètres, je ne tenais pas à prendre le risque de devoir ne rien voir pendant deux jours. Vous ne vous rendez pas compte, mais ça fait 37 ans que je porte des lunettes. Elles font partie de moi, un peu comme si j’avais une casquette, et servent de protection. C’est le truc du myope : tellement habitué à avoir quelque chose entre ses yeux et le monde qu’il a l’impression de courir des risques quand ils ne les a plus.

« Mais tu vas me prêter tes lunettes ! » « Mais tu vas arrêter de me faire chier, connasse ! » ai-je crié au point qu’une partie du bistro s’est retournée vers moi. Les hommes et l’autre fille ayant passablement honte ont payé leurs verres et se sont barrés.

Au moins, ils ne m’ont pas cassé la gueule.

Le samedi soir, un jeune, pas Jonathan, un autre, on est copains sur Facebook, aussi, mais j'ai oublié son prénom, m’a demandé : alors, tu as fait ton billet de blog ?

Désolé, je suis en retard. Mais je vais le publier dans la page Facebook du 1880. Pour illustrer ce billet, j'ai cherché la photo de Jonathan dans Google Image, avec son vrai nom. Lui, c'est la gonzesse avec le gros nez rouge et les yeux jaunes. Quand on cherche son nom, on tombe sur un tas de bombasses.

21 commentaires:

  1. ✿•̃‿•̃✿

    Coucou et merci pour ce billet Nico !!!
    J'aime lire tes récits ... souvent je souris seule devant mon écran ! :o)

    encore merci, BISES
    Bonne semaine.

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  2. C'est vrai qu'une lunette de chiottes qui n'arrête pas de se rabaisser, alors qu'on veut pisser "politiquement correct", ça agace à la fin...Déjà que ce n'est pas facile avec les 2 mains libres, je n'ose imaginer ce qui peut se passer avec un I phone ou tout autre appareil dans une main...Mais bon, au moins, il n'est pas tombé dans la cuvette...

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  3. Joli récit. Je m' y reconnais, même qu'on dirait moi, sauf que tu le racontes vachement mieux...

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  4. Cela dit, même si les réflexions de la fille qui "s'affirme" au travers de sa casquette sont ridicules, je ne vois pas pourquoi un patron de bar pourrait décider de la manière dont doivent être habillés ses clients, du moment qu'ils le sont correctement.

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    1. 1. Un bar est un lieu privé, le patron peut décider de beaucoup de chose contrairement à ce que pense le grand public. Combien de fois j'ai vu des patrons de bistro refuser des verres d'eau à des non clients s'ils n'étaient pas demandés poliment ? La réponse est toujours la même : "vous devez me le servir, c'est la loi". C'est faux (sauf si la personne est en danger mais ça n'a rien à voir avec les bistros, tout le monde est obligé de le faire).

      Pour la casquette c'est pareil.

      2. La casquette est le marqueur de loulous qui foutent la merde. Le fait qu'ils refusent de l'enlever est un moyen pour TOUS les bistros de repérer les emmerdeurs. Un type qui porte une casquette par mode, pour se donner un style ou par habitude ne refusera pas de l'enlever si on le lui demande, sauf si c'est un de ces loulous...

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  5. Tiens, revoilà cette histoire de lunette qui nous a occupés un moment l'autre soir....aussi quelle idée saugrenue de vouloir absolument consulter tes mails en pissant.
    Bref passons, à chacun sa façon de réduire les temps improductifs des heures de bistrotage.
    Sinon, je suis d'accord avec Romain (j'ai suivi d'un œil votre conversation dans Twitter) tu as un talent certain pour rendre piquante une anecdote de bistrot.

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    1. Merci. Ce n'est pas un talent mais une intuition. J'ai mis deux jours avant de pondre ce billet. Il me fallait un liant.

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    2. En d'autres termes : la page blanche ne suffit pas. Contrairement à ce que pensent beaucoup de blogueurs. J'avais trois ou quatre anecdotes à raconter. J'ai eu la sagesse d'attendre le bon moment.

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    3. Tu as sans doute raison, encore que....à la place de "talent" "intuition", je pencherai plus vers : avoir du métier.
      Mais je chipote.

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    4. Oui et non. Intuition revient à avoir du métier. Mais ça ne suffit pas. Je peux avoir un excellent sujet, si je suis mal luné, je suis mal luné. Il faut le déclic. Il ne vient pas du métier. Mais savoir l'attendre est du métier. Les gugusse du bistro pensaient que j'allais faire le billet en direct. J'ai attendu parce que je ne le sentais pas.

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  6. "Ma bite (arrêtez d’y penser)..." Ça serait peut-être bien que je me mette à fantasmer un peu sur ta bite, mais jusqu'à présent, désolé de devoir l'avouer, je n'y ai jamais pensé le moins du monde...

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