10 mars 2015

La dernière légende de la voile

Pen Duick III n'ayant rien d'autre à faire que d'illustrer un billet sur Florence Artaud
Je crois bien que c’est Florence Arthaud qui m’a dégoûté de la voile et, croyez-moi, c’est un bel hommage ! Il me faut donc m’en expliquer…

Tout petit, déjà, j’étais passionné par ce sport, vénérant Tabarly et lisant Sir Francis Chichester et Bernard Moitessier. Je me rappelle que l’on suivait les courses, en famille. On allait à Trinité voir les bateaux. Je me rappelle même d’une course avec Pen Duick VI, dans le golfe du Morbihan. Avec notre 420, nous faisions la couse avec ce géant qui remontait la rivière d’Auray. J’ai de très précis souvenir de la Transat Anglaise, en 1976 (j’avais 10 ans). Tabarly avait gagné après plein de problèmes (il avait même fini par faire demi-tour avant de changer d’avis). La course était promise à Alain Colas sur son énorme Club Méditerranée mais il avait eu quelques avaries dans la dernière ligne droite.

Tabarly ! C’était un peu le Bernard Hinault même si je vois mal pourquoi je fais le rapprochement, celui qui ne renonce jamais, qui 16 ans après sa première victoire dans une grande transatlantique allait révolutionner la voile avec son Paul Ricard et son record de traversée de l’Atlantique. Vraiment rien à voir avec Hinault et il n’est pas le sujet de mon billet. C’est Florence Arthaud qui est morte cette nuit dans un stupide accident pour une émission débile. Pourquoi je parle d’Hinault, moi ? Ah ! Oui ! Les deux grands sportifs français de mon adolescence, avec Tabarly.

Je me rappelle aussi très bien la première route du Rhum, en 1978. Il me semble qu’on était allé au départ, à Saint Malo. Un brin de chauvinisme là-dedans. Un Français avait gagné la transat anglaise et nous avions enfin notre transat à nous, tout comme un peu après, nous avions notre tour du monde, le Vendée Globe. J’ai toujours en tête cette arrivée de Michaël Birch, doublant Michel Malinovsky sur la ligne d’arrivée. Florence Artaud était déjà là, la première femme, arrivée 11ème (de mémoire, j’ai lu ça ce matin, je n’ai plus de souvenirs d’époque).

L’année suivant, on avait eu la transat en double. Ma mémoire me joue des tours, j’étais persuadé qu’elle avait été remportée par Marc Pajot et Eric Tabarly, sur le Paul Ricard, mais ils n’étaient que deuxième, derrière Eugène Riguidel et Gilles Gahinet. Un couple de femme, dont Florence Arthaud, était cinquième.

Les bateaux évoluaient rapidement, devenant des monstres, attirant de plus en plus de visiteurs. La passion a duré jusqu’à mes trente ans environ, les transatlantiques mais aussi les tours du monde, la coupe de l’América, mais, à partir du moment où j’ai commencé à travailler, j’ai arrêté de faire beaucoup de la voile, suivant cela de plus en plus en loin. La technologie et donc le pognon ont commencé à prendre le pas sur les navigateurs (ce qui n’enlève rien au talent des actuels pratiquants, il faut du talent pour avoir la confiance d’investisseurs !).

La voile est un sport particulier. Le dernier vainqueur de la route du Rhum avait 54 ans, Loïck Peyron. C’est peut-être un des seuls sports où les capacités physiques ne sont pas primordiales. Je me rappelle avoir assisté quelques secondes à une conversation avec un petit bonhomme, quand j’avais 14 ans, sur le port de la Trinité. Je ne l’avais pas reconnu. C’était Eric Tabarly. J’avais été impressionné par sa petite taille. Florence Arthaud a été la première femme à gagner une grande course. Elle est entrée dans la légende, comme y rentrera peut-être Peyron mais j’ai bien peur qu’elle soit la dernière. Elle y rejoint d’autres personnages légendaires que j’ai cités ou pas, Tabarly, évidemment, Chichester, Birch, Moitessier,…

Ce sport s’est popularisé. Des millions de braves gens suivent les courses.

Combien d’entre eux se rappelle la folie de Bernard Moitessier qui, en tête d’un tour du monde, a finalement décidé de ne plus rentrer et continuer sa route vers la Polynésie ? Combien d’entre eux voient Kersauson comme un marin et pas un guignol qui fait le con à la radio ?

Le côté aventurier de la course au large a disparu, ce qui n’enlève rien à la capacité des hommes et de la technologie. Des millions d’andouilles simulent des courses sur internet et s’imaginent en mer. Les bateaux sont guidés par GPS et des équipes de météorologues qui agissent depuis le continent.

Florence Artaud était la dernière de ces aventuriers, je crois.

Les exploits de ces hommes et femmes, qui se sont succédés depuis qu’Eric Tabarly a battu le record de la traversée de l’atlantique sur Paul Ricard ont tué la légende. Lui-même, avec son premier bateau qui n’était pas un Pen Duick, l’a tué.

Je me rappelle quand le Pen Duick III avait mouillé en face de la maison de vacances, On l'avait vu de la terrasse, un matin, et reconnu immédiatement. Je m’étais précipité sur ma planche à voile pour le voir de plus prêt. Quel gamin serait capable de reconnaître un bateau au mouillage (sans voir les panneaux publicitaires), aujourd’hui ?


Adieu Florence. Mes condoléances à la famille et aux proches de toutes les victimes de ce tragique accident.

38 commentaires:

  1. Ah cette Flo, qu'est ce qu'elle tenait la marée, certains ne lui arrivaient pas à la cheville quand elle levait le coude

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ouais... 4 litres de pinard par jour, à une époque. C'est trop.

      Supprimer
  2. Ca m'a touché ce matin cette histoire. Florence Arthaud, pour pleins de raison, était pour moi une sorte de symbole, qui représentait beaucoup.

    Joli billet.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci.

      Oui, elle représentait beaucoup avec ses exploits, mais aussi sa descente aux enfers, sa remontée,...

      Supprimer
  3. Quant à Alain Colas…! Snif !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui et non, il a été un des premiers à casser la magie, en construisant son Club Med de 72 mètres.

      Ce qui n'empêche rien du drame que fut sa disparition.

      Supprimer
  4. J'avais été voir le bateau du célèbre marin, dont j'ai oublié le nom, qui s'était planté sur le port du Guilvinec il y a une dizaine d'année parce qu'il s'était endormi, c'était impressionnant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il y a dix ans je ne m'intéressais déjà plus au sujet.

      Supprimer
    2. Moi non plus mais j'étais passé par là par hasard.

      Supprimer
  5. Tristesse ... enfin, que veux tu !
    J'irai refaire un tour à la Madrague dès que je descends, ...Ça fait longtemps !
    Sinon, je ne sais pas si ça aurait été une émission débile, on ne l'a et on ne la verra jamais. (je crois que je me suis planté dans la concordance des temps :-)
    Enfin, un truc, dans ce beau billet, m'a déridé : t'imaginer sur ta planche à voile !
    ;-) Bonne soirée Nicolas !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'étais un excellent véliplanchiste, tu sais. Avec mon poids, je dirais avec des voiles de 7,3 m2 alors que les autres étaient obligés de se limiter à 5,4 (chiffres de mémoire). Et contrairement aux bourgeois du coin, je n'avais pas les moyens d'avoir une planche de compétition. Donc dès que le vent soufflait un peu j'étais le plus rapide. (Par contre je n'étais pas un bon compétiteur, manque de stratégie).

      Ça aurait été une émission de merde comme le sont la plupart des emiSions. Il n'empêche qu'elle aurait été divertissante.

      Supprimer
    2. L'émission : oui ... et il y avait un beau casting de gens que j'aime bien !
      La planche : j'en ai fait une fois sur un lac en Aveyron . Un lac traversé par une rivière ...donc avec du courant. Trop facile ... je suis arrivé très vite au bout du lac. Ensuite mes parents sont venus nous chercher et nous ramener, ma planche et moi, tractés par leur pédalo ! La honte !!!
      ;-)

      Supprimer
    3. Mouarf ! Mais j'ai connu des expériences similaires.

      Supprimer
  6. D'abord, concernant votre titre, je vous rappelle qu'une légende est, par définition, quelque chose (ou quelqu'un) qui n'existe pas : pas très gentil pour la dame en question.

    Deuxièmement, il aura fallu ce billet pour que j'ai enfin la possibilité de vous imaginer en véliplanchiste. Je sens que cette image va me faire du profit.

    Pour le reste, rien à dire : je ne me suis jamais intéressé une seule seconde à la voile (ni aux bateaux en général, ni même à la mer elle-même, que je trouve d'un ennui total). Par conséquent, je me fous de la mort de tel ou telle de ses illustrateurs. Dans le cas de Mme Arthaud, je me sentirais tout de même un peu mélancolique, mais c'est plus pour son côté solide pochtronne.

    RépondreSupprimer
  7. Vous ne connaissez pas l'expression "entrer dans la légende" ? A part ça, j'ai été un enfant et un ado vous savez ?

    Pour le reste on est parfaitement d'accord. Je ne comprends pas qu'un type n'ayant jamais pratiqué assidûment un sport nautique puisse s'y intéresser. Aussi, la voile actuelle est un vulgaire machin commercial.
    Et je suis persuadé que vous connaissez Moitessier et l'autre rosbif anobli, Chichester.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tiens ! Je vous explique. Aimer la voile n'est possible que si l'on "sent le vent", que l'on comprend à quel moment il faut changer de bord, qu'il exsiste des vents apparents (la vitesse du bateau augmentant avec la vitesse du vent, la vitesse du vent par rappet au bateau varie selon la vitesse de ce dernier). Que la vitesse du bateau dépend de la taille des voiles avec ce qu'il faut pour ne pas chavirer, avec une répartition des charges qui contre balance l'effet du vent. Voir ma réponse à Gildan : avec mes 80 kilos à 14 ans je pouvais faire tenir en équilibre plus facilement un bateau avec du vent donc mettre de plus grosses voiles.

      On ne peut pas aimer cela sans pratiquer...

      Supprimer
    2. Je connais Moitessier, mais pas l'autre. Quant à vos explications, elles sont à coup sûr très éclairantes, mais je continue à m'en foutre.

      Pour moi, un bateau à voiles intéressant, c'est celui dont les flancs sont hérissés de canons et qui va bombarder les mahométans dans les ports africains. Tout le reste c'est du vent.

      Supprimer
    3. Je comprends que vous vous en foutiez. C'est ce que je dis : ça ne peut intéresser que les qui s'y connaissent un peu.

      A part ça le bateau que nous avons envoyé taper sur les arabes est nucléaire. Pas à voile.

      Supprimer
    4. Je parlais de la France des temps héroïques et virils ; pas des petites guéguerres de fiofiotes d'aujourd'hui.

      Supprimer
  8. Tout le monde sait bien que les gars de la Royale sont à voile et à vapeur, alors nucléaire ça m'etonnerait bien :)

    RépondreSupprimer
  9. Tout le monde sait bien que les gars de la Royale sont à voile et à vapeur, alors nucléaire ça m'etonnerait bien :)

    RépondreSupprimer
  10. Mon blog est trollé par des homophobes.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. N'exagérez pas : non seulement ils ne sont que deux mais en plus ils disent exactement la même chose.

      Supprimer
    2. Justement. C'est ce qui m'inquiète. Pour vous deux.

      Supprimer
    3. On n'avait dit pas d'amalgame !

      Supprimer
    4. On n'avait dit pas d'amalgame !

      Supprimer
    5. Et pas de commentaires en double.

      Supprimer
    6. C'est la tablette...
      ou un stratagème pour que l'on pense que je suis les deux trolls et ainsi ne pas être amalgamé à Monsieur Goux :)

      Supprimer
    7. C'est pire. Un type qui ne comprend rien à la technologie. TU ES DIDIER GOUX.

      Supprimer
  11. Merci pour ce bel hommage.

    C'était une femme exceptionnelle ! Elle est partie trop vite !
    Elle nous manque déjà !!!!!

    Bises Nico !!!

    RépondreSupprimer
  12. Bel hommage. Je connaissais évidemment Florence Arthaud, mais pas les autres. Une sacrée personnalité; c'est trop con de mourir comme ça.

    Je me souviens de ces courses transatlantiques, celles de 1976, de 1978, et les suivantes... J'avais punaisé une carte marine sur le mur de ma chambre et je suivais la progression des bateaux. Quand j'y pense, c'était bizarre, pour le petit banlieusard que j'étais, cet engouement pour la voile: presque quarante ans plus tard, je ne suis encore jamais monté sur un voilier. Je soupçonne même que je n'ai pas le pied marin...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci. Pareil. Je me souviens de ces cartes et de ces épingles.

      Supprimer

La modération des commentaires s'active automatiquement deux jours après la publication des billets (pour me permettre de tout suivre). N'hésitez pas à commenter pour autant !