21 juillet 2011

Adieu mon ami, Nitel !

Mes chers compatriotes,

L’heure est venue, pour nous, de rendre hommage au Minitel qui sera définitivement arrêté en 2012. Longtemps, notre ami, celui de nos jeunes années, a été décrié, montré comme le symbole de l’industrie française à contretemps de l’industrie mondiale, comme si on reprochait à un industriel français d’avoir gagné de l’argent dans notre monde de requins.

Ah ! Ce qu’il est passé pour ringard, ce Minitel, entrainant dans l’ironie ce qui était encore, à l’époque, un opérateur national !

Pourtant, c’était un coup de génie ! Evidemment dépassé technologiquement par Internet qui n’a été popularisé qu’une quinzaine d’années après alors que le Minitel a occupé près de dix millions de foyers français, il avait atteint une perfection : les services étaient payants. L’usager était taxé à l’insu de son plein gré, en fonction du numéro composé. Internet, où, plus précisément les services qui l’utilisent se cherchent encore un modèle économique. Internet, il y a trente ans, avait trouvé : le client était facturé à l’utilisation, à la source.

C’était génial.

On le prend en dérision, mais le Minitel avait inventé le réseau social ! On l’oublie souvent mais que fut le « 3612 », à part le premier système de messagerie grand public, utilisable en groupe de discussion ? Inventé par l’opérateur public français ?

Ainsi, mes amis, chers compatriotes, nous sommes aujourd’hui réunis autour de la bière avec le squelette de notre ami Minitel. Ce n’est pas qu’à lui qu’il faut rendre hommage, mais à toute une génération d’hommes, voire de femmes, qui se sont masturbés pour la première fois en réseau, grâce au Minitel Rose qui fut à la pornographie en ligne ce que seront les mornes vidéos gratuites actuelles à la pornographie demain, quand le relief et les odeurs passeront par le réseau téléphonique puis notre Wifi domestique.

Mes chers compatriotes,
Mon cher Minitel,

Nous te disons adieu, ce jour, en pensant à cette heure glorieuse où nous tapions un nom dans le 3611 pour avoir une adresse alors qu’il nous faut aujourd’hui papoter avec d’obscures hôtesses de services de renseignements hébergés à l’étranger et parlant difficilement notre langue de Molière sauf si on habite en banlieue et qui nous branchent sur un robot instable dès qu’on a réussi à épeler correctement un nom dans un alphabet qu’elles ne comprennent pas, trop occupées à se curer l’oreille gauche, celle où ne sont pas les écouteurs.

Tu as vécu une retraite heureuse, observant des millions de crétins s’entretuer dans les réseaux sociaux et participer à des blogowars sans intérêt dont il ne subsistera rien.

Toi, tu resteras dans nos cœurs, marquant la première étape d’un progrès technologique qui fait que nous sommes dorénavant tous connectés, même moi, au comptoir, avec mon Twitter dans mon iPhone pour commenter la dernière annonce de Google Plus dont je n’ai que faire à part un billet pour alimenter un blog geek.

France Télécom te débranchera prochainement. Tu resteras posé sur l’étagère de quelques musées de province et probablement sur le bureau de Jacques Chirac qui cherche toujours à te connecter au mulot.

Mon ami,
Nos concitoyens technophiles boutonneux te représentent comme le symbole de l’informatique du passé ! S’ils savaient ! Tant d’années ont passé depuis ton apparition dans le salon familial, période où nous cherchions furieusement et discrètement des sites pas trop chers pour ne pas se faire engueuler par les parents, jusqu’à aujourd’hui. Jusqu’à demain. Tu n’avais aucun logiciel, un système d’exploitation extrêmement basique, juste capable d’interpréter des consignes transmises par un serveur télématique où trônaient des applications, tu avais le minimum d’intelligence pour indiquer à ce serveur les actions que nous faisions au clavier.

Depuis, pendant ces trente ans, nous nous sommes équipés d’ordinateurs, de plus en plus puissants, avec des gros systèmes d’exploitation. Plus personne n’est capable de compter le nombre de versions de Windows et de Word sorties depuis ta naissance.

Internet est arrivé. Google Document (Microsoft 365, de mémoire) remplace progressivement Word, nous n’avons plus de logiciel sur nos PC, nous confions l’intelligence à des serveurs hébergés dans des contrées inconnues. Demain, nous assisterons à l’avènement du « Cloud Computing », tout sera géré par des serveurs, les PC se videront progressivement, ils n’auront plus de disque dur mais juste une vague mémoire flash pour mémoriser un vague système d’exploitation qui se résumera à un navigateur Internet pour tressauter de serveurs en serveurs où nous trouverons les applications qui nous occuperons les quelques neurones qui nous resteront.

3612 était la messagerie du passé. 3612 a été remplacé par quelques clients lourds tels Outlook ou Lotus Notes. On sait maintenant qu’ils sont déjà dépassés par des messageries telles que Gmail, fonctionnant à l’identique du 3612, des serveurs hébergeant non seulement les messages mais toute l’intelligence pour les traiter.

Mon ami,
Ils te prennent pour le symbole de l’informatique du passé alors que tu es bien le symbole de l’informatique du futur.

Ce n’est donc pas « adieu » qu’on te dit aujourd’hui, mais « bon retour de chez les morts » !

16 commentaires:

  1. En s'en fout, du 3612 : c'est les 3615 qui étaient intéressants !

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  2. Je me souviens encore de l'époque où on consultait les résultats du bac sur minitel ! Rahhh :D

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  3. Fabuleux billet commémoratif autant qu'hommagier !
    L'est mort en Afghanistan, lui aussi ?

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  4. Et oui toutes ces franches empoignades 3615, avec mon père qui m'engueule à la fin du mois, moi lui disant que je n'ai rien à voir avec tout ça...

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  5. Eeentre ici Miniteeeel !
    Avec ton sombreuu cortêêêêêêêge !

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  6. C'est beau comme le bipbip de connexion d'un minitel.

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  7. T'es con ( je me permet)
    Merci. J'ai ri (beaucoup).

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  8. En Suisse, le fils du héros national s'appelle "Mini-Tell". Ce n'était pas une pomme.

    Sérieusement, chouette billet en mémoire d'un outil dont nous avons tous entendu parler.

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  9. Ouais… N'empêche que cette saleté sévit encore sur le net : il y a quelques mois à peine, j'ai dû rechercher l'argus de ma bagnole sur internet. Eh bien, le site de l'argus me proposait une connexion minitel pour me donner la cote ! De l'escroquerie pure et simple. J'ai trouvé un site gratuit avec la réponse, mais combien de gens se font encore rouler ?
    Et d'autre part, se débarrasser d'un minitel est un calvaire : celui de ma mère ne servait plus à rien. Il y a peu, pour le rendre à France-télécom, je l'ai trimballé dans ma voiture pendant des semaines en essayant tous les jours de trouver une heure creuse où la file d'attente serait moins longue. Il faut s'inscrire, poireauter sans fin pendant que les gens choisissent un portable, un forfait sur mesures… À la fin, j'ai inscrit le n° de téléphone de ma mère dessus, je l'ai fourré dans les bras d'une conseillère, et je suis parti sans écouter ses protestations.

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  10. Je viens de relire le billet avec ma femme, elle est morte de rire. Elle a aimé et, se propose de le partager avec ses copines de boulot.
    Avec ton autorisation, je vais le faire découvrir...

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  11. Mon Dieu ! Je n'ai répondu à personne ! Merci à tous pour vos commentaires.

    Le Coucou,

    J'ai toujours mon Minitel, dans une armoire. Je l'avais en prêt chez France Télécom et lorsque j'avais résilié mon compte, ils s'étaient fâchés tout rouge parce que je ne voulais pas le rendre.

    Bembelly,

    Tu peux !

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  12. Je reste convaincu que le bon niveau de connection à internet en France est du en grande partie à cette préparation de la population par le minitel généralisé. Evidemment technologiquement, c'était assez simpliste mais quand même !
    :-)

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