10 avril 2020

L'impact du smartphone sur les bistros pour les personnes seules


Un jour, le patron du 1880, pour l’anniversaire de la boutique, m’avait demandé de raconter sur un bout de papier ma meilleure soirée dans son bistro et j’en étais bien incapable. Il y a bien des moments marquants comme les jours de fête de la musique mais je n’ai pas de meilleure soirée. J’aime aussi quand il n’y a pas de client, pas d’ambiance et qu’on peut discuter tranquillement avec les personnes de l’autre côté du comptoir. J’aime quand il y a une fête à laquelle je ne suis pas associé et que je suis seul, avec mon iPhone.

Les smartphones ont révolutionné les soirées de célibataire au bistro (et pas les soirées de rigolade). On lisait le journal, on échangeait trois mots avec le serveur, on faisait les mots croisés, on discutait un peu avec les vagues connaissances qui passaient par là et qui avaient envie de jacter. Je parle bien de l’heure après laquelle les gens habitants en famille sont rentrés pour le dîner avant que maman ronchonne, voire ressortent après le repas pour en boire une dernière, au calme.

Quand les copains sont là, Djibril, Patrice, Tonnégrande,… on discute parce qu’on aime ça, qu’on s’aime bien, qu’on est, en gros, sur la même longueur d’onde. Maintenant, quand je suis seul, je surveille mes messageries, les réseaux sociaux, les blogs, les actualités,… De fait, je ne me fais plus de nouveaux copains comme je le racontais l’autre jour. Je parlais des 24 dernières années. De fin 1996 à 2020 mais j’aurais du m’arrêter à 2010 ou 2012.

Le smartphone n’a pas fait la révolution, la transition a été lente. Je pense que j’ai eu le mien vers 2008 ou 2009. A l’époque, on n’avait pas la 4G, les sites n’étaient pas conçus pour les petits écrans,… Cela s’est amélioré et l’usage des réseaux sociaux a changé (avant on racontait des histoires de bistro avec ces machins). L’usage sur mobile s’est développé. Et il y a eu Angry Birds puis Candy Crush qui ont permis l’éclosion d’un tas idiots de jeux sur mobile avec chacun ses centres d’intérêt. Je connais des gens qui sont en permanence en train de regarder les actualités (dans des domaines précis). Tous les lascars qui avaient des anciens portables les ont remplacé, par la force des choses, par des smartphone sauf quelques rares individus, plus ou moins âgés ou en marge de la société. Et tous ont pris le coup de les sortir en permanence quand ils sont seuls. Je répète : seuls. Je n’aime pas plus que vous les rustres qui les regardent tout le temps. Si la conversation avec les voisins m’intéressent, je range mon iPhone mais il y a bien une époque où j’étais à moitié fou (à la grande époque des blogs). Et je fais partie de ces gens qui peuvent jouer à jeux divers en écoutant une conversation (je passe d’ailleurs une partie de mes réunions professionnelles avec ce machin sans que ça me distraie vraiment).

Et il se trouve que je préfère ça à la discussion avec des types que je n’apprécie pas. Alors, comment faisait-on, au siècle passé ? Ou, plutôt, que faisait-on ? Je donne des éléments de réponse plus haut mais l’activité principale consistait à ne rien faire, à écouter, à regarder,…

Regarder quoi ? Les clients, la décoration, les serveurs qui s’agitent. Tout. Rien. Et j’adorais ça. Quand je faisais beaucoup  de déplacements professionnels, avant de rentrer à l’hôtel, je choisissais un bistro au hasard ou presque (il faut que le comptoir soit calme et qu’il y ait un peu de clients en salle). Et je m’accoudais, à un coin du comptoir, pas trop loin de la caisse, de la machine à café ou de la tireuse à bière.

Et je ne faisais rien.

2 commentaires:

  1. "Et je ne faisais rien", c'est bien ça aussi ne rien faire. Encore que lorsqu'on ne fait rien, on fait beaucoup.
    Bref, passons.
    Les mots croisés, ça nous remet loin cette histoire, à mes débuts sur Twitter tu balançais les définitions des mots que tu ne trouvais pas, y'avait une sorte de petite compétition pour trouver le truc.
    C'était le bon temps.

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    1. Je me rappelle ! Vers 22 heures... Maintenant, Twitter a bien changé...

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