05 décembre 2008

Le mythe de la cravate à chier

Je suis content ! Puisque j’ai rendez-vous ce soir avec un blogueur zinfluent, j’ai bien pris soin de mettre une cravate à chier pour qu’il me reconnaisse. Elle est bleu foncé avec des jolies petites étoiles jaunes qui sourient comme seules des petites étoiles jaunes savent sourire. Cette cravate n’est néanmoins pas à chier dans l’absolu ni même ailleurs aussi l’ai-je chaussée sur une chemise gris foncé (ou grise foncée, je ne sais jamais, corrigez vous-même, j’ai mieux à faire : ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir un billet à faire sur ses propres cravates à chier) et j’ai mis ma veste marron (ou marronne, corrigez vous-même, je vous l’ai dit).

L’intérêt des cravates à chier est qu’elles sont indémodables puisque par nature déjà démodées. Cette phrase est très jolie mais mérite néanmoins un fond d’explications. Vous mettez aujourd’hui une cravate à chier. Dans six mois, elle sera toujours à chier. Alors que vous mettez aujourd’hui une cravate à la mode, dans six mois elle sera à chier.

L’important est de toujours mettre une cravate à chier. Ainsi vos collègues de bureau si vous bossez dans un bureau ou vos collègues de bistro si vous êtes un ivrogne ne regardent plus votre cravate. Alors que si vous avez des cravates branchées, vous êtes obligés de faire attention à bien changer de cravate tous les jours car les andouilles grouillant autour de vous ne savent pas qu’une cravate ne se change pas tous les jours. Vous avez deux jours de suite la même et hop ! un gugusse s’imaginera que vous avez gardé le même caleçon que la veille (ou que la semaine précédente, cela ne me regarde pas, ceci n’est pas un blog hygiénique même si j’y fais des billets à chier sur des cravates de même métal).

Je me rappelle une fois : j’avais eu deux cravates pas à chier. C’est Martine, l’ancienne taulière de la Comète, qui me les avait offertes pour mon anniversaire. Elles étaient vachement bien, j’en étais fier comme un bar tabac alors que la Comète n’était qu’une aimable brasserie.

Il y en avait une bleu ciel (ou bleue cielle, faites pas ch…) très jolie et l’autre magnifique avec des rayures en diagonale avec du bleu clair, du gris et du marron. Autant vous dire qu’elles n’étaient vraiment pas à chier.

Dès le lendemain, je m’étais vêtu de la rayée en prenant bien soin qu’elle fasse exactement la bonne longueur, celle suffisante pour que la cravate fasse une flèche pour que les filles un peu myopes vous trouvent la braguette rapidement. C’est très difficile d’obtenir la longueur idéale. Le but de ce billet n’est pas de vous décrire la manière de faire des nœuds de cravates, mais sachez Mesdames Messieurs que mon abdomen est relativement important et que j’ai un gros cou. Non. Je n’ai pas pris subitement l’accent portugais. Je résume : avec ma carrure, j’ai un peu de mal à mettre les cravates à une taille normale. Une fois, j’avais fait le nœud de manière à ce que le gros bout soit court. La grosse Lulu avait tenté de me déboutonné le nombril.

Je me pointe au bureau, tel une gravure de mode d’un magasine féminin qui essaie de faire croire à ses lectrices qu’elles méritent des Apollon. La cravate parfaite. Pour rejoindre mon bureau, au fond du couloir, il fallait que je longe les bureaux d’un service juridique où sont employés un tas de jeunes andouilles sortant des grandes écoles de machins juridiques et comme ils ne veulent pas croupir à faire des trucs juridiques pour une grosse boite mais intégrer des services « achat » où ils pourront se faire rincer par des fournisseurs, ils mettaient tous des costards magnifiques, noirs de préférence ou gris foncé à la rigueur avec des jolies cravates.

Dans le domaine où je bosse, c’est facile de reconnaître les gens. Les juristes ont des costumes noirs, les ingénieurs système des costumes à rayures et les autres sont normaux. Mais je diverge. « Verge ». Jacques, ta gueule.

Remontant ce couloir avec ma magnifique cravate à rayures « marron, bleu, gris », je matais les bureaux entrouverts des jeunes loups qui faisaient semblant de travailler sur leurs ordinateurs alors que, comme tout le monde, ils étaient en train de lire Partageons mon avis pour prendre des nouvelles de la météo, sauf un qui consultait un blog médical pour savoir si c’était normal d’avoir très mal quand il pissait depuis qu’il avait couché avec la nouvelle serveuse de la discothèque.

Tous ces jeunes avaient des cravates à rayures « marron, bleu, gris ».

Elles étaient toutes à chier. Seule la mienne était bien.

Le lendemain, j’ai mis l’autre cravate offerte. La bleu ciel. J’étais le seul à avoir une telle cravate. J’étais très content. Sauf que je m’étais trompé. J’avais une chemise verte. Le matin, la tête dans le cul, un accident est vite arrivé.

Le soir, je fonce au bistro. Une tâche de bière sur la cravate. C’est terrible les tâches de bière sur les cravates en soie quand elles sont très claires. L’auréole. Incurables à cause du sucre. Et c’est inévitable. La bière, celle dont on savoure tant la première gorgée, mousse et déborde légèrement quand on la sert dans ce verre bien propre, délicatement rafraichie avec le machin qui crache de la flotte à côté de la pompe. Si la bière est bien servie, il n’est pas possible de ne pas se faire de tâche.

L’autre cravate, j’ai continué à la mettre. Jusqu’à ce que j’y fasse une tâche de café. C’est une cravate à chier tachée.

25 commentaires:

  1. Excellent billet, j'adore !

    Bien vu, fin et drôle, continue et tu seras bientôt dans le classement Wikio !

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  2. Merveilleux billet. Indémodable.

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  3. Mtislav,

    Venant de toi, je suis tout ému par ce compliment. Heureusement que j'ai ma cravate pour m'essuyer les yeux.

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  4. À faire pâlir de jalousie tous les notaires de France et de Navarre !

    Pour les couleurs, c'est assez simple : les mots qui désignent nommément une couleur (bleu, vert, rouge, etc.) s'accordent en genre et en nombre. Les mots qui ne désignent une couleur que par métonymie restent invariables. Par exemple "marron" par référence au fruit, émeraude qui rappelle la pierre précieuse, orange par rapport au fruit, etc.

    Mais attention ! dès qu'une couleur est qualifiée, de quelque manière que ce soit, elle redevient invariable. Ex : des robes vertes, des jupes vert foncé.

    Autre détail amusant : si vous avez des cravates vertes et bleues, cela signifie que vous possédez des cravates uniformément vertes et d'autres indubitablement bleues. En revanche, si votre placard recèle des cravates vert et bleu, cela induit que vous aimez les cravates combinant le vert et le bleu sur la même pièce.

    Vous comprenez pourquoi je me balade le col ouvert ?

    Et tout ça sans consulter Goux Gueule, hein !

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  5. Gaël,

    Merci ?

    Didier,

    Merci !

    Heu... Des cravates marron et orange ça veut dire deux couleurs de cravate ou des cravates de bicolores ?

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  6. De toute façon, on s'en fout, maron et orange, ça se fait plus depuis les seventies

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  7. Mais Nicolas EST resté coincé dans les seventies !

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  8. A force de fréquenter des réactionnaires ?

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  9. Non on dit que quand on a les dents jaunes, il vaut mieux porter une cravate marron.

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  10. Excellente cravate sur les billets à chier. Enfin le contraire.

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  11. Que voilà une utile leçon de cravates, et de subtilités grammaticales! Je crois avoir quelque part trois cravates, qui ne me servent qu'à l'occasion des enterrements. Après t'avoir lu, je devine qu'elles sont à chier: je n'oserai plus jamais les mettre, sauf peut-être si c'est moi le maccab, mais alors ça ne sera plus mon problème.

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  12. Je n'ai même pas remarqué la cravate à chier. Comme quoi, elle ne devait pas l'être tant que cela.

    Merci pour la soirée.

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  13. J'adore ta vie de gravure de mode ! :-))
    Je n'ai jamais trop compris le rôle de la cravate dans l'habillement masculin mais c'est sans doute parce que mes copines portent des lunettes…
    :-)))

    [La Saint-Nicolas te va bien, côté écriture !!!].

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  14. Je me suis beaucoup amusée sur ce texte cravatistique. J'en déduis que les hommes qui portent le noeud papillon ( le monde médical où j'évolue a encore ce genre de spécimens) ne veulent pas qu'on trouve leur braguette...très intéressant!

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  15. les filles n'imaginent pas à quel point la vie des garçons est compliquée.
    merci, c'est vraiment drole

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  16. Olympe : merci d'avoir commenté ici, du coup, j'ai relu ce billet et c'est vraiment un monument !
    :-))

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  17. Olympe,

    Tu te fades toutes mes archives ?

    Poireau,

    Du coup, moi aussi. Ce billet est parfait : je ne vois pas pourquoi des gens en rédigeraient d'autres. A part les fautes d'orthographe qu'on découvre toujours quand on se relit plus tard.

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