01 mai 2009

Du muguet pour une tournée

Comme tous les premiers mai, je ponctuerai ma matinée par une promenade dans le Kremlin-Bicêtre en maugréant, comme chaque année, de ne pas être rentré en Bretagne (tout en ignorant si « maugréer de » est bien correct mais vous n’allez pas commencer le mois par me les briser) où le muguet du jardin maternel ne coûte pas 2 euros le brin et sent le muguet. La dernière fois où j’avais passé le week-end du 1er mai « au pays », j’avais ramené une grosse botte. J’étais arrivé à Bicêtre vers 20 heures et la Comète étant fermée, je m’étais pointé directement à l’Amandine.

Une illumination avait traversé mon cerveau ingénu comme un verre de bière et je m’étais dit que le jour étant férié, le patron n’aurait pas voulu payer double les employés et aurait fait bosser son épouse. Voilà un gars qui a tout compris au mariage. Je me suis dit : « Ah ! Pourquoi garder tant de muguet chez moi alors que je peux en offrir la moitié à la patronne de l’Amandine (qui ne manquera pas de m’offrir un verre en retour) ».

Action !

Quand je suis rentré dans le bistro, avec mon bouquet dont au sujet duquel ma main ne suffisait pas à tenir les tiges, les yeux se sont tournés vers moi à cause de l’odeur un peu comme quand Simon le Clochard rentre à la Comète mais, lui, c’est parce qu’il sent l’urine défraîchie alors que mon muguet sentait le muguet. Mais les clients du bistro ne savaient que le muguet sentait meilleur que Simon le Clochard. Ils ne savaient pas, d’ailleurs, que le muguet sentait. Pour eux, le muguet est un truc fabriqué dans des usines chinoises et qu’on achète 2 euros le brin après l’apéro du midi le 1er mai pour, d’une part, éviter de se faire engueuler par sa femme si on est trop saouls et, d’autre part, donner de l’argent à la petite fille d’un chômeur banlieusard qui en a bien besoin pour acheter un litron de rouge à son père.

Ils ne savent pas que c’est une vraie fleur qui pousse dans la vraie nature et pas un truc qu’on va acheter à Rungis pour faire chier les fleuristes qui subissent une concurrence déloyale de la part d’andouilles qui espèrent faire fortune en vendant leur saloperie à des alcooliques endimanchés.

Sur le comptoir, il y avait quelques brins anémiques offerts généreusement à la patronne pour se faire offrir à boire ; en voyant et en sentant mon bouquet bien garni, les ivrognes ont rougi de honte devant leur bassesse. Pour se faire pardonner, la patronne a offert une tournée générale.

Sitôt terminé ce billet, je foncerai sous la douche pour faire ma promenade dominicale du jeudi non sans m’arrêter à la Comète pour me foutre de la gueule de Jim qui reprend le boulot aujourd’hui et pour saluer les quelques clowns venus faire leur marché (on est jeudi). Ils seront là, dehors, tous ces petits vendeurs qui n’ont que la vente du muguet pour espérer gagner un peu de monnaie à dépenser dans des trucs inutiles comme un Vittel Menthe pour se donner bonne conscience avant l’apéro.

Et je vais encore ronchonner… et acheter un brin de muguet à 2€ pour la patronne de l’Amandine en espérant qu’elle m’offre un verre à 2€.

3 commentaires:

  1. Les petites filles ne devraient pas attendre le premier mai pour proposer la botte aux vieux pétés de thunes...

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  2. Bobiyé !
    C'est vrai que c'est une chance que de revenir au réel de temps en temps, à la terre où pousse le muguet !
    Il faut les sortir de la ville, viiiiiite !!!
    :-))

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