08 janvier 2010

Panique à la Défense

Tout énervé, hier, en fin d’après-midi, il fouilla ses poches les unes après les autres. Rien dans le pantalon. Même dans la poche arrière. Rien dans la veste. Aucune des poches soigneusement décousues lors de la précieuse acquisition. Rien dans celles du manteau, même celles qu'il n'utilise jamais.

Il avait bel et bien disparu. Il fouilla sur son bureau, fit un aller-retour dans le couloir voir s’il n’était pas tombé de sa poche. Non. Enfin, si. Il avait du en tomber, mais pendant la pause déjeuner, en allant à la cantine. Il aurait été récupéré par un passant ou plus probablement, tout frêle et tout blanc, il se serait enfoncé dans la couche de neige qui gisait depuis le matin.

Sa soirée était perdue. La batterie de l’iPhone était à moitié vide et il avait perdu le câble qu’il avait pris soin d’emporter le matin pour le recharger à partir du port USB du PC du bureau. Il était sûr d’avoir pris le câble. Il ne pouvait qu’être tombé de sa poche.

Le câble de secours avait été perdu pendant les vacances, probablement oublié chez sa sœur, il ne restait plus que le câble d’origine, pour lequel il n’éprouvait aucune affection particulière mais qui venait de tomber de sa poche et était perdu dans la neige du parvis de la Défense.

Il prit alors la seule décision qui s’imposait : partir légèrement plus tôt du bureau pour en acheter un neuf aux Quatre Temps, l’immense centre commercial, près du métro. Il hésitait toujours à envoyer un SMS à son ami, gros, doté d’une barbe blanche qui tranchait avec son teint ténébreux habituel : « Commence sans moi, ce soir, je serai peut-être légèrement en retard ».

Il commença la réunion qu’il devait animer : « Bonjour, je vous remercie, je vous propose que nous arrêtions la réunion dès 17h30 afin que vous ne soyez pas pénalisés en cas de problèmes de transport, avec toute cette neige ». Les participants, pensez-donc, étaient très satisfaits.

Ainsi, à 17h30, il pu regagner son bureau, répondre à quelques mails et partir à 17h45 non sans aller uriner une dernière fois avant d’affronter le froid. Affronter ! C’est bien le mot. Remonter tout le parvis de la Défense dans le givre pénétrant tout en maîtrisant chacun de ses pas pour ne pas glisser sur les pavés gelés.

Au bout des six minutes de marche, transi, il entra enfin dans les Quatre Temps et se précipita vers la première boutique venue pour chercher un câble. C’était une boutique d’un des trois plus grands opérateurs de téléphonie mobile français. Des adolescents boutonneux pullulaient comme des supporters de Johnny à la sortie de l’hôpital. Il prît la fuite vers une autre boutique, plus généraliste où une vendeuse était disponible et put lui rendre son service. Lui vendre un câble « iPhone USB » accompagné d’un chargeur pour la France, d’un autre pour l’Allemagne et de deux autres dont il ne sut identifier l’origine car il ne partait jamais en vacances à l’étranger et qui traineraient probablement pendant des mois sur son bureau car il n’aurait jamais le courage de les jeter à la poubelle.

Un drame faillit se produire à la caisse. Il sortit, en effet, 25 euros de sa poche, somme exorbitante pour un vulgaire câble mais la jolie vendeuse n’avais pas la monnaie pour rendre les dix centimes nécessaires. Grand cœur et tenant trop à son câble et à son rendez vous du soir, il dit « c’est bon ! Gardez la monnaie ! » et ne pensa même pas à régler son achat par carte.

Sortant de la boutique, il se retrouva dans une foule qu’il n’avait pas remarquée en arrivant, tant il était préoccupé par ses emplettes. « Putain ! Quel con ! Que fous-je dans le peut-être plus grand Centre Commercial d’Europe un jour de soldes ? » se dit-il. C’est alors qu’il constata que la boite achetée, contenant le matériel, ne rentrait dans aucune de ses poches. Il pris la décision qui s’imposait : l’ouvrir et prendre chacun des éléments pour les ranger un par un dans différentes poches en prenant bien garde à ne pas mettre le câble dans la poche de son pantalon mais dans celle de sa veste afin qu’elle ne tombe pas pendant le trajet.

Il ouvrit donc la boite mais chacun des machins étaient dans un slot dédié mais comme il avait pris le câble en main en premier il était coincé ! Les extrémités du câbles (les prises, quoi, faites pas chier) étaient elles-mêmes bloquées dans leur emplacement. Or une main était prise avec le câble, une autre avec le carton. S’il remettait le câble en place pour libérer une main, il ne pourrait pas prendre chacun des machins (les adaptateurs pour les prises de courant de chaque de pays). Tout en errant dans la foule à la recherche du métro le plus proche, il s’interrogeait, espérant trouver une surface plane pour pouvoir déballer le tout, toujours un carton dans une main et le câble dans l’autre, les extrémités du câble toujours dans le carton.

A un moment, il vit un escalator qui descendait ce qui est complètement con : il aurait du s’appeler un déscalator mais on ne pas tergiverser au bout d’une page et demie.

Notre héro était sauvé ! Le métro était proche et là, il pourrait tout poser sur une banquette. C’est alors qu’il vit une pancarte incitant les gens qui étaient en bas à monter pour prendre le métro. Comme il venait de commencer sa descente, il décida de remonter immédiatement. Les passants furent médusés de l’agilité, de l’hagilité même pourrait-on presque dire, de l’homme en cravate, légèrement ventripotent, qui montait à contresens l’escalator, une boîte dans une main de laquelle (boîte, bordel) sortait un câble dont il tenait l’extrémité de l’autre main.

Je vous raconterai peut-être la suite de cette aventure demain, mais j’ai bien trouvé mon métro tout en me dépatouillant avec ma boîte. Tonnégrande est arrivé en retard à la Comète et mon câble d'origine était branché à mon ordinateur portable, à la maison.



10 commentaires:

  1. MOUAHAHHAHAAH... J'aurais pu écrire ce truc.

    Acheter un cable de secours alors que celui d'origine est bien sagement rangé où il faut, je m'y vois carrément.

    RépondreSupprimer
  2. Emanu124,

    Moi pas, justement. En principe je ne perds jamais rien. J'aurais du y penser et attendre le lendemain pour acheter. Mais j'étais tellement persuadé de l'avoir pris le matin...

    RépondreSupprimer
  3. *** J'aime toujours autant lire ce que tu écris ! ;o) Bon week end à toi Nicolas !:o) ***

    RépondreSupprimer
  4. mais tu as une vie trépidante !

    RépondreSupprimer
  5. O pôvre, en un mot je compatis, salutations à Tonnegrande.

    RépondreSupprimer
  6. Au fait, c'est quand l'anniversaire du gros, sans âge avec barbe blanche.
    Communique là par mail qu'on puisse buzzer sur les irréparables outrages du temps

    RépondreSupprimer
  7. Emanu : vous auriez pu vivre la situation, ça ne veut pas dire que vous auriez pu écrire ce billet.

    Sinon, Nicolas, une erreur : le personnage ne peut pas sortir 25 euros de sa poche et se plaindre d'un problème de monnaie, dans la mesure où il n'existe pas de billet de 25 €.

    Faites gaffe, bordel !

    RépondreSupprimer
  8. Nicolas,
    Comme le fait remarquer Olympe, Ce récit est affligeant et à chier.

    A part Geneviève et la malheureuse et candide Nancy qui y croit (comme elle croit aux extraterrestres et à l'assassinat de la Princesse Diana), je te garantis que c'est pas avec des conneries pareilles que tu vas décrocher le Goncourt.

    RépondreSupprimer
  9. Nancy,

    Bon we !

    Olympe,

    N'est-ce pas ?

    Fidel,

    Retransmis !

    Olivier,

    Vendredi prochain mais c'est secret.

    Didier,

    Un billet de 20 et un billet de 5, ça le fait, non ?

    Tonnégrande,

    Ta gueule.

    RépondreSupprimer
  10. 25 euros le cable, c'est chié quand même, si je puis dire !
    :-))

    [Tonnegrande : jaloux ! :-)) ].

    RépondreSupprimer

La modération des commentaires s'active automatiquement deux jours après la publication des billets (pour me permettre de tout suivre). N'hésitez pas à commenter pour autant !