11 avril 2013

Bistro et boulot

Code

J'ai déjeuné à la même brasserie que d'habitude, vers le centre de la Défense, j'ai oublié son nom. J'aime bien. Elle est gigantesque mais il y règne une vraie ambiance derrière le comptoir et les prix sont raisonnables.

Le barman, Fernand, un petit père proche de la retraite, est très sympa. Il est relativement petit mais est énorme. Il est aidé par un petit jeune d'une vingtaine d'années grand et mince, sympa aussi mais tout timide dans l'apprentissage de la relation client.

Fernand n'arrête pas de le houspiller et de nous dire qu'il fait plein d'erreurs. Nous ? Quelques clients habitués qui nous mettons toujours au bout du bar. C'est rigolo, d'ailleurs, tous les habitués de ce comptoir sont toujours à la même place.

Notre coin de bar est le domaine exclusif de Fernand. Nous voyons le petit jeune uniquement quand il vient nous apporter les plats ou chercher des boissons dans notre coin. Il s'occupe plus de préparer les sandwichs et les commandes de boissons des serveurs en salle. Quand il est disponible, il aide Fernand au comptoir. Bref... Comme il est rarement vers chez nous. Il arrive que Fernand se lâche, jamais méchamment, ce qui fait que nous avons les deux en sympathie, le vieux bourru ronchon et le jeune qui se fait engueuler par son formateur.

Ambiance de bistro, quoi ! Elle dure de 12h à 13h30. L'heure de pointe est plus tôt que dans d'autres bars de ma connaissance. C'est étrange. Il me semble aussi que les jours de pointe sont différents. J'ai remarqué plusieurs fois que le mardi était "vide" alors que le mercredi est chargé.

La clientèle au comptoir est hétéroclite, plus qu'à la Comète, je pense (je ne peux pas l'affirmer, je suis très rarement le midi à la Comète en semaine) : des cadres, des ouvriers, des secrétaires. Il faut dire qu'il y a très peu de bistros dans le secteur alors qu'autour de mon fief du soir, il y a le Jean-Bart, le PMU, l'Aéro et l'Amandine.

Le vendredi, c'est rigolo. Il y a une bande de cadres du secteur, assez jeunes, qui viennent d'enfiler des pintes de Leffe. 4 ou 5 chacun. Assez pour mettre de l'ambiance !

Cette semaine, Fernand n'est pas là. Aussi bien, il est parti en retraite et a oublié de nous prévenir. Plus vraisemblablement, il est en congés. C'est le petit jeune qui nous servait. Il n'a fait aucune erreur. C'est probablement que c'est Fernand qui le stresse.

Je vais pour payer, ce midi.

Il met ma carte dans la machine. Tout va bien. Elle me demande de taper mon code. Code bon. Je pose l'appareil sur le comptoir. Il affiche "carte muette".

Je vous rappelle que je suis du métier. La puce de votre carte se dépose, quand vous l'insérez, sous des "contacts" qui permettent au terminal et à la carte de dialoguer ensemble.

Je suppose qu'en posant l'appareil sur le comptoir, un des contacts a décollé. Étrange ! Je n'avais jamais vu ça. Le message "normal" est "carte arrachée". Vous avez probablement déjà eu ces deux messages. "Carte arrachée" est assez évocateur. "Carte muette" est plus suspect.

Concrètement, le terminal l'affiche quand il n'arrive pas à causer avec cette putain de puce.

Quand ça arrive, le commerçant prend votre carte, la frotte, comme s'y lavait la puce et réessaie. Ça finir par marcher et il dit "ça arrive". Dans la vraie vie, c'est complément con : votre carte n'est jamais assez sale pour empêcher un contact électrique de se faire. Et quand vous poussez la carte dans le machin, ça enlève les impuretés. C'est donc généralement l'appareil qui a des problèmes, soit il est salle, soit un des contacts est usé. C'est d'autant plus con que l'habitude de frotter les cartes vient du temps des cartes à piste : on les frottait sur de la laine pour réactiver le magnétisme.

Bref, le serveur remet ma carte, carte muette. Il la frotte. Carte muette. Et ainsi de suite. Ça finit par marcher. Je tape mon code : "code faux". Pas de chance. Je recommence en faisant attention. Code faux. Ah merde ! Hop ! Je recommence. "Code faux". Oups ! Je retire ma carte. Je la remets, il me demande le code. Il n'aurait pas du. J'avais fait trois codes faux. Le serveur va chercher le patron pour lui demander son avis.

Il arrive et me propose de réessayer. J'accepte. J'avais déjà éclusé mes trous essais permis.

J'ai un coup de génie ! L'intuition professionnelle... Je demande au patron de me filer un autre terminal. Il était surpris. Je lui explique que j'ai de l'argent pour payer donc qui n'a pas d'inquiétude à avoir. Je tenais simplement à faire un autre test avant d'appeler ma banque.

Il va chercher la machine. On passe la carte. Ça marche. Le patron était sur le cul.

Je lui dis : "monsieur, vous ne me connaissez pas mais je suis un professionnel des cartes, je peux vous garantir que c'est votre terminal qui a un défaut". J'aurais pu lui dire que j'arrive à faire mon code après une soirée à la Comète, je devrais réussir à le faire après un demi et une blanquette.

Il a haussé les épaules et est parti.

Le con.

6 commentaires:

  1. Comportement étrange en effet. C’était quoi comme marque de terminal?

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    1. Je ne sais plus je les ai toujours confondus, même quand je bossais chez CB.

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  2. "j'ai eu un trait de génie ..."
    La prochaine fois que je serai coincée à la caisse du supermarché je pourrai t'appeler alors ?

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  3. Comme je n'y connais rien, j'ai toujours un moment d'angoisse lorsque ça affiche "carte muette"
    Maintenant je sais, et je vais pouvoir faire la maligne "faudrait peut être penser à changer vos contacts mon petit monsieur" Merci

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