10 avril 2013

La langue des autres

Ils sont trois. Ils ont la cinquantaine (soit un peu plus que moi, j'ai du mal à m'y faire). Le comptoir est presque vide. On était quatre. Ils se sont pourtant installés autour de moi. Deux à ma gauche, un à ma droite. J'ai pris mon verre et suis allé un peu plus loin. Ils ont commandé une "local beer". Le serveur leur a filé des 1664. Ils ont pris les verres et sont allés s'asseoir en salle.

J'ai repris ma place au comptoir. Ils sont à deux mètres de moi et je les écoute parler.

Finalement, ils ne parlent pas anglais. La langue m'est familière mais je ne comprends rien. J'avais déduit qu'ils étaient anglais au fait qu'ils avaient commandé des verres au comptoir pour les boire en salle.

Ces histoires de langues sont troublantes. Ma charmante collègue qui a le bureau en face de moi parle souvent une langue étrangère que je ne connais pas, quand elle est au téléphone. Je crois qu'elle est d'origine Marocaine. Je suppose qu'elle parle arabe. Toujours est-il que je suis tellement habitué à entendre du Kabyle dans les bistros de Bicêtre sans rien y comprendre que ses propos me surprennent toujours (pas ce qu'elle dit, je n'y comprends rien, ce qui est aussi bien pour des conversations personnelles d'un collègue, ils me surprennent pour l'intonation). Ce qu'il y a d'amusant, c'est qu'ils emploient tous des mots français quand ils ne trouvent pas l'équivalent dans "leur langue".

J'ai demandé au serveur. Il pense qu'ils parlent serbo croate, langue qui m'est aussi vaguement familière. J'avais participé à l'encadrement d'un centre de vacances en Yougoslavie en 1987 - avec Gaël qui n'était qu'un jeune à l'époque - et on s'efforçait de ne jamais parler Allemand, la langue des principaux touristes locaux, à l'époque. Je connaissais assez de mots en serbo croate pour acheter "phonétiquement" de quoi faire bouffer les mômes (et commander des bières). Ne connaissant pas la langue, je disais des mots en français et en allemand en plus de ma base de serbo croate.

A écouter ces clients de bistro, j'ai compris qu'ils emploient des mots anglais pour parler avec nous. Et des mots allemands (principale langue des touristes chez eux). Aucun français.

Assis, tous les trois ont bu leurs verres cul sec, sont restés discuter entre eux dix minutes. Un s'est levé, a payé au comptoir. Ils sont partis.

A côté de moi, Johnny, notre SDF préféré qui n'est jamais là le soir, boit des bières avec des potes avec lui. Exceptionnel. Il parle avec son accent à lui, ses intonations de titi parisien...

Ils s'engueulent pour savoir sur quelle chaîne passe le match de foot, ce soir.

Des SDF. Ils organisent la visualisation de la rediffusion.

N'éprouvant que peu d'intérêt pour le foot, je ne comprends rien à ce qu'ils disent.

Ce n'est pas qu'une question de langue. Je comprenais mieux mes serbo croates...

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