07 septembre 2010

La solitude, pour un moment parfait ?

Hier soir, j’étais tout seul à la Comète. Le gros Loïc est bien revenu à Bicêtre depuis quelques jours mais Corinne et sa mère sont de retour et il reste avec elles, à l'Amandine. Djibril est au repos pendant quelques jours. Tonnégrande est rentré de bonne heure. Le vieux Joël est en vacances. Jim ne travaille plus là.

J’allais écrire que j’aime bien ces moments de solitude, accoudé au comptoir, à regarder les gens, autour de moi… Mais il n’y avait personne à observer à part le patron et le nouveau serveur, Yannick, plus un gugusse inconnu buvant de la bière en terrasse, attendant sa fiancée.

Ca fait des années que je pratique ces moments de solitude, soit au bistro mais aussi pendant les vacances. Une soirée de temps en temps n’est pas assez mais deux ou trois journées par an sont très agréables. Pour ça, il faut être client de bistro et ne pas rester seul par la contrainte, comme malheureusement beaucoup de personnes, j’en connais beaucoup, comme le vieux Camille, dit « pue la pisse » qui attend d’être en retraite – et je dis ça le jour de la grève, amusant non – dans quelques mois, pour s’emmerder encore plus, n’ayant plus pour seule occupation de discuter avec les patrons et clients de bistros qui le supportent encore.

J’aurais pu faire un billet sur Camille. Je pense que j’en ferai un, un jour, sur le blog politique, soit pour dénoncer la solitude soit pour faire son éloge funèbre. Je ne plaisante pas mais ceci est mon blog bistro, on est là pour raconter des conneries entre andouilles, plus ou moins séniles.

Hier soir, donc, tout seul, je pensais aux bons côtés de la solitude et au billet d’Eric, à propos des moments parfaits.

« Un soir, je suis loin de chez moi. Je séjourne dans un hôtel bas de gamme, dans la zone industrielle d’une petite ville de province.

J’écoute de la musique à la radio. J’ouvre un livre. Je regarde par la fenêtre qui donne sur le parking de l’hôtel: trois voitures sont garées. Un camion passe au loin.

Dans ce décors un brin cafardeux, sans compagnie (et sans connexion Internet!), tout est réuni pour faire de ce moment un épisode terne se sans intérêt. Et, pourtant, c’est un moment parfait. »

J’ai des goûts de luxe et surtout je prends uniquement des hôtels à côté des bistros (et Twitter sur iPhone permet d’avoir de la compagnie dans sa solitude). Mes décors ne sont pas cafardeux mais je comprends très bien ce qu’il voulait dire. Je me rappelle par exemple d’hôtels pourris lors de déplacement professionnels. Le dernier était à Brest pour un gros client qui avait décidé de faire lui-même les réservations de mon hôtel afin d’économiser des sous. En fait, c’est sa secrétaire qui avait choisi l’hôtel sans se rendre compte (je lui en avais parlé le lendemain, les fois suivantes, elle avait choisi des hôtels dans le centre). Le désert complet. Le cafard dont parle Eric. J’avais été me promener. Les bistros fermaient, j’étais au cœur d’une zone commerciale sans intérêt. Sans Internet (c’était avant l’iPhone).

Pendant mes vacances, il m’arrive de choisir un compris. La solitude bien entourée.

Cet été par exemple, j’ai passé une nuit à Bruxelles (mais j’avais passé la veille la soirée avec Monsieur et Madame Poireau donc les lieux m’étaient familiers). Du coup, dans une semaine suivante de vacances, je me suis expatrié à Aurillac pour une soirée (voir le billet que j’avais fait sur le festival).

J’avais pris le risque de me faire engueuler par Scourti (lectrice du Cantal) ce qui n’a pas loupé mais je voulais ce « moment parfait ».

Pour moi, c’était le repas, en terrasse d’une espèce de brasserie pour dîner (un bon dîner, les « décors un brin cafardeux » ne sont pas pour moi). Je ne vais pas le raconter ici. D’ailleurs l’essentiel de mes observations était dans mon billet. Je pourrais évoquer la famille à ma gauche qui s’était mis en terrasse pour que les gamins ne fassent pas chier les clients, sans se préoccuper des clients en terrasse. Je pourrais aussi parler de ce couple de jeunes, probablement la première fois qu’ils partaient en couple et qui en étaient parfaitement ridicules avec leurs attentions diverses.

Ce moment parfait commence au moment où vous avez visité la salle de bain de la chambre d’hôtel (avant vous avez des préoccupations qui vous empêchent de décompresser) et s’arrêtent en finissant le petit déjeuner (il faut penser à refaire les valises, ne rien oublier, gueuler parce qu’on n’a pas mis l’iPhone en charge, …).

Ces moments de solitude ne seraient pas parfaits si vous ne saviez pas qu’ils ont une fin, en l’occurrence, pour moi, la poursuite des vacances, au Canton puis chez le Coucou avec un détours vers les Castor.

Pour Camille, la solitude a un côté définitif. Insupportable. Moi j’étais bien, seul dans mes rêveries. Avec deux armes : ma vue et mon iPhone.

10 commentaires:

  1. *** Être seul de temps en temps ça fait du bien, c'est une façon de déconnecter et d'être face à soi même...
    Bon le vieux Camille c'est différent hein ... s'il pue on imagine bien que personne ne veuille lui tenir compagnie ! LOL :o) :o) :o) BISOUS à toi et bonne soirée Nicolas ! :o) ***

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  2. Nancy,

    Il est surtout alcoolique et très con. L'odeur fait juste qu'on n'en prend pas pitié... Il faudra que j'en fasse un billet, un jour, de ces types victimes de la solitude parce qu'ils sont incapables d'avoir une discussion, une vraie, à un comptoir (ou ailleurs).

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  3. Finalement, j'aime beaucoup la solitude. Il me semble pratiquer depuis longtemps une sorte de solitude à deux avec ma femme (je veux dire ensemble, pas en nous ignorant), qui nous vaut de temps à autre de ces "moments parfaits" dont tu parles… Mais ce n'est pas une solitude par abandon, plutôt choisie.

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  4. la solitude choisie quel bonheur !

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  5. Dominique,

    Merci.

    Le Coucou,

    Oui, je pratique bien la solitude à 980 avec les followers de twitter dans l'iPhone.

    Scourti,

    Oui, choisie ! Mais j'espère que tu as compris pourquoi je ne t'ai pas bippée à St Flour (sans compter que je n'ai pas tes coordonnées et que je ne veux pas les avoir compte tenu des rapports "commerciaux intermédiaires" que nous avons avec le fiston. T'imagine : "Alors, patron, si tu payes pas une tournée, j'appelle ta mère ?").

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  6. Beau texte. Tu mets l'accent sur la solitude. L'alternance de moments de solitude et de contact est enrichissantes.

    Précision: je ne fréquente pas les hôtel bas de gamme genre Formule1. J'ai forcé le trait volontairement. Je ne fréquente pas les trucs haut de gamme non plus. Mais j'aime bien les trucs intermédiaires quand on peut regarder Eurosport.
    Par exemple une fois, au mois d'août, avant le début du championnat, je me souviens d'un match de Division 2 allemande parfaitement chiant avec des joueurs hors de forme qui rataient tous leurs contrôles, c'était sympa.

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  7. Eric,

    Merci. En fait, j'ai l'habitude de me payer une fois par an un hotel "classe" (120 à 160 euros la nuit) à forcer de fréquenter trop de taudis pour le boulot. A une époque de ma vie (87 - 88 puis 89 à 93 puis 2000 à 2008, environ) je passais plusieurs nuits par semaine dans des "deux étoiles" mal insonorisés avec des petits déjeuners à chier.

    Par contre, j'aime bien aussi regarder des programmes nuls à la télé quand je suis à l'hôtel dans la mesure où je ne regarde jamais la télé chez moi (et je fais semblant d'être exigeant quand je suis chez quelqu'un).

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  8. Lire cet article tout seul dans mon grenier-bureau à 6h20 du matin, c'est un moment parfait !
    :-)

    Je n'ai pas de problème avec la solitude, c'est même plutôt ce vers quoi je vais joyeusement ! :-))

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