22 mai 2012

Les cons de la cantine

La cafetière à capsules Nespresso du bureau est cassée. Du coup, les gens prennent du café au distributeur normal : on met des sous, un gobelet tombe, le café coule, on prend le gobelet et on dit « merde » parce qu’on a oublié de dire à la machine qu’on ne voulait pas de sucre. Ce qui m’amuse, ce midi, c’est que les gens ont gardé le réflexe. Ils lavaient leur tasse, ce qui est normal. Ils lavent maintenant leurs gobelets, ce qui fait que les bords de l’évier sont remplis de gobelets renversés en train de sécher.

Cela dit, mon billet du jour porte sur la cantine, pas sur la machine à café. On pourrait en dire des tonnes, à propos de la cantine. Du RIE, plutôt, c’est plus classe : Restaurant Inter Entreprise.

Tiens ! Ce midi, une jolie jeune fille bouchait le passage dans l’espace où on « remplit » nos plateaux. Elle discutait avec d’autres jeunes filles mais moins jolies. Je suppose qu’elles attendaient la cuisson d’un steak haché. Elles bouchaient le passage et je n’arrivais plus à avancer avec mon plateau. Je dis « Pardon » mais elles ne bougent pas. Alors, je passe en force. La jeune fille me hèle : « Hé ! Vous pourriez dire pardon ! » Moi « Ha mais j’ai dit pardon, vous n’avez pas bougé. Vous bouchez le passage en emmerdant tout le monde et vous voudriez que je présente des excuses. Connasse ».

La cantine est le lieu idéal pour observer le sans-gêne des gens. L’autre jour, j’étais en bout de table avec un collègue et un gugusse se pointe, demande l’autorisation de se mettre à notre table et se met à côté de mon collègue. Un type qui voulait manger avec lui devait passer derrière moi pour s’asseoir (certaines rangées sont très resserrées, c’est chiant). J’essaie de me pousser pour me lever mais il bloquait le passage, alors j’avance à fond, rentrant le ventre et tout ça, mais je n’ai pas pu gagner beaucoup, alors je me repousse. Le type s’impatiente et me dit : « Ah mais ça ne va pas être possible, là ! » J’ai manqué de présence d’esprit. J’aurais du lui répondre : « Ah ! Mais on a autorisé votre collègue à se mettre à votre place, pas vous ! » ou « si tu te poussais un peu connard, je pourrais me lever pour te rendre service ! » mais je suis resté poli.

J’aime bien aussi, quand la cantine rejoint la vraie vie.

Il y a à Bicêtre un connard (mais genre armoire à glace, donc on n’ose pas trop l’engueuler contrairement à d’autres) ivrogne qui n’arrête pas de parler de choses complètement inintéressantes. Il avait disparu quelques temps. Les mauvaises langues disent qu’il a fait de la prison. Il en avait déjà fait avant assez longtemps pour un motif très grave que je n’exposerai pas ici sauf si vous me payez une bière : il a purgé sa peine. Du coup, il est revenu dans le quartier il y a quelques mois et nos rapports s’étaient rafraichis. Je veux bien tolérer les ivrognes mais après une journée de 8 heures de travail et 3 de blogage, j’aime bien aussi souffler.

Il y a une quinzaine de jours, j’avais calmé le jeu en lui expliquant que j’étais comme ça, que je n’aime pas trop parler donc il ne faut pas trop me parler…

Lundi dernier (pas hier, le précédent, andouille), j’arrive à la cantine. Ben oui, c’est un billet à propos des cantines, pas des ivrognes de Bicêtre, pour une fois. C’est lui qui était le chef. Il faisait le remplacement et avait en charge de remplir nos assiettes. Heureusement que j’étais réconcilié. Ca me faisait rigoler, il faisait correctement son boulot, présentant bien les plats et tout ça, mais prenant son temps, les gens gueulaient. Je l’ai revu mardi (nous avons un peu discuté, l’effet de surprise nous avait coupé le sifflet, la veille) mais mercredi je suis parti en week-end pour ne rentrer qu’aujourd’hui : je ne l’ai pas revu.

Par contre, hier, je suis arrivé à l’Aéro après mon trajet en train en provenance de la Bretagne. Karim, le patron, me dit que le gugusse était passé dans la journée et avait dit qu’il m’avait vu. Ne sachant plus mon prénom, il m’a décrit : « Mais si tu sais, le gros crépu un peu raciste. » Certes, j’ai une légère surcharge pondérale. Je suis tellement raciste que je passe ma vie avec deux gros noirs dans des bistros tenus par des Chinois ou des Kabyles. Ca me permet de faire croire que je ne le suis pas.

Bref, Karim ne voyait pas. L’autre : « mais si, tu sais, je suis sur qu’il est raciste et crépu ». Je ne suis pas crépu non plus. Juste frisé. Karim n’arrivant pas à me voir sous les traits d’un raciste, il était sec (enfin, c’est une façon de parler…). Alors l’autre s’énerve : « Mais si le gros raciste ». Heu… « Mais si, le gros qui n’arrête pas de jouer avec son iPhone ! » « Ah… Nicolas… » « Oui, lui… »

« Ben tu sais quoi ! Il est venu à ma cantine, lundi et mardi, c’est la première fois que je le voyais. »

Alors j’ai expliqué à Karim que j’y mangeais depuis 18 mois quatre ou cinq fois par semaine (c’est une très bonne cantine) et que l’autre n’avait fait que faire un remplacement de deux ou trois jours…

Le con.

Je vais aller reprendre un café avant de reprendre... le travail. Celui de la machine est trop léger.

8 commentaires:

  1. Un vrai billet sur la vraie vie, quoi...
    Gros, crépu, raciste, et ce triste sire qui ne te qualifie même pas d'ivrogne,pfff!!

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  2. Ce con prend un peu trop de place dans cette histoire, je trouve. (Dire au gars de ne pas lui renouveler son contrat, en plus il bosse comme une merde donc songer à l'expédier à l'autre bout de la ville où une cantine appréciera son potentiel de connerie rajouté à sa rapidité).
    Encore un con de droite, qui ne le sait même pas, et qu'il va falloir excuser. Bordel.

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    1. Il faut pardonner. (et t'as raison, il occupe trop de place dans le billet)

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  3. Et t'as eu d'lachance, il a pas dit : "le gros raciste crépu aux cravates à chier".

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