17 février 2013

Où sont passés mes bistros ?

Etrange soirée, hier. Je me réveille trop tard de la sieste, de mauvais poil. Je vais chez Leclerc, fais mes courses. J’arrive à la Comète vers 19 heures. Il y avait le boulanger, l’ancien patron du gros Loïc, avec ses deux gamins qui faisaient les cons. Je pose mes courses sur le vieux fauteuil en cuir. Un des gamins me dit qu’il voulait s’asseoir (personne ne s’assoit jamais là). Je refuse (ce fauteuil ne sert qu’à poser mes courses et celle de Tonnégrande). Le boulanger engueule son gamin et nous papotons cinq minutes jusqu’à ce qu’il parte.

Il n’y avait personne de la bande. Je « sms » Ramdane qui me dit qu’il sera là vers 20h30.

L’Aéro et l’Amandine étaient fermées. Je décide d’aller faire un tour au PMU. Je pensais toujours à Jim (voir mon billet d’hier), un peu nostalgique, de cette époque où on faisait la fête à l’Aéro, le samedi soir, quand c’était Abdel le patron.

Le gros Loïc aurait été là, on aurait commencé à déconner. J’aurais appelé Jim, il se serait pointé. Jacky le boucher serait arrivé plus tard, de même que le vieux Joël et peut-être le vieux Jacques.

Au PMU, il y avait un des anciens clients d’Abdel. On était en froid mais on s’est réconciliés vaguement. C’était trop idiot de rester chacun à un bout du comptoir… Mais je continue à le considérer comme un gros con.

J’avais une heure à tuer.

Depuis que je suis à Bicêtre, j’ai toujours eu une bande de potes qui a évolué au cours des années. Seul Patrice est là depuis le départ mais il bosse de nuit. Je me suis fâché avec Antoine, Casquette… Pascal, Bruno, Jeff, le Gros Loïc, Laurent, Jim … sont partis. Jacky, Jacques ont changé de bistro. Jacques (le même), Marcel,… vieillissent et ne sortent souvent plus le soir… Djibril a changé de job et ne peut plus sortir aux mêmes heures que moi. Tous les bistros ont changé de patron, sauf un qui a fermé.

Ce qu’il y a d’étrange, c’est que depuis une petite dizaine d’années, à l’époque à laquelle j’ai connu Odette, Corinne, sa mère, le vieux Joël, Ramdane, Djibril, Tonnégrande, le vieux Jacques, … la bande ne s’est pas renouvelée. Il n’y a plus de nouveaux clients dans les bistros sauf Fred et Alain (et l’amant d’Odette mais c’est un crétin) mais ils ne sortent pas le soir.

J’ai essayé d’analyser le phénomène en mettant tout sur le dos de la crise économique mais c’est une succession de petits événements depuis dix ans qui ont fait que les gens ont progressivement déserté mes bistros préférés, le soir.

Bistro par bistro…

Un petit rappel : je fréquentais la Comète tous les jours sauf le samedi puisqu’elle était fermée. Le samedi, j’allais à l’Aéro et aux Monts d’Aubrac puis à l’Aéro et à l’Amandine. J’ai commencé en 2008 à aller à l’Amandine tous les soirs suite à des événements que je vais décrire plus loin.

Les Monts d’Aubrac

J’y allais essentiellement le week-end, plus qu’à la Comète, y ayant de bons potes. Vers le début des années 2000, ils ont su qu’ils allaient être expropriés. Le bistro est parti un peu en couilles donc beaucoup de clients ont commencé à aller ailleurs. C’est alors que j’ai commencé à y aller de moins en moins souvent, préférant l’Aéro, notamment le samedi soir.

Le bistro a finalement fermé vers 2006. Les copains ont changé de crèmerie… Ne sachant plus où les rejoindre, j’ai déserté de quartier du jour au lendemain.

L’Aéro

Il y a une dizaine d’années, le patron s’est fâché avec son employé (son frère…) et a commencé à bosser tout seul. Faisant trop d’heures, il a commencé à fermer de plus en plus tôt le soir.

Je fréquentais un peu ce bistro mais sans y avoir vraiment de pote et j’ai commencé à y aller tous les jours en coup de vent (en attendant qu’un pote parte de la Comète : c’était un gars qui bossait à deux heures du matin, à 19 heures il était ivre mort tous les soirs).

Finalement, j’ai commencé à y aller tous les samedis. On faisait la fiesta avec Jacky le boucher, le vieux Joël, le gros Loïc et quelques autres, comme Ramdane. C’est là que j’ai commencé à voir le vieux Jacques et Tonnégrande. Ils ont finalement pris les mêmes habitudes que moi et ont commencé à venir à la Comète à mes horaires.

Abdel a fini par vendre sa boutique à Karim et à Idir mais ils n’ont jamais réussi à créer une ambiance ou, du moins, l’ambiance que j’aime sauf à midi, le samedi. Un petit bar de quartier avec quelques petits vieux sympathiques. C’est ainsi que j’ai réellement connu Corinne et sa mère, nous avions l’habitude de boire un verre ensemble tous les samedis.

Idir est parti et Karim a commencé à bosser tout seul. Les horaires sont devenus « n’importe quoi ».

La mère de Corinne a commencé à ne plus pouvoir vraiment marcher. Avec les travaux, Corinne ne pouvait plus garer sa voiture à côté. Du coup, l’apéro du samedi a migré à l’Amandine.

La Comète

Elle était fermée le samedi… C’est évidemment là que j’ai connu le plus de monde mais il y avait de moins en moins de monde le dimanche pour différentes raisons. Le soir, par contre, ça marchait bien.

J’ai commencé à y aller de moins en moins souvent le dimanche puisqu’il y avait moins de monde…

Jean est parti à la retraite fin 2007 et une partie des clients a eu une réaction particulière : ils ont arrêté de venir parce qu’ils ne supportaient pas la Comète sans Jean. Certains considéraient même les remplaçants comme des usurpateurs. Rien de rationnel. Moi, j’ai continué à y aller par amitié avec Jim mais aussi, progressivement, avec les nouveaux patrons. J’étais un peu leur confident étant passé « meilleur client » depuis le départ des autres.

Ils ont tenu cinq mois.

Bruno est alors arrivé et a tout refait. Le bistro a commencé à tourner très bien en restauration le midi, notamment grâce aux travaux du centre commercial : les ingénieurs mangeaient là et n’était pas regardants puisqu’ils avaient des notes de frais...

Mais son mode de fonctionnement a tué le comptoir pour différentes raisons.

  1. Ce n’est plus le patron qui tenait le comptoir dans la soirée, tuant la relation privilégiée avec les habitués.
  2. Il a installé la caisse enregistreuse à un bout du comptoir, où nous aimions bien nous entasser.
  3. Il a ouvert le restaurant le soir (du coup, les clients du comptoir gênent les serveurs).
  4. Il a acheté le local d’à côté et y a fait une salle de restauration (tuant l’autre bout du comptoir, trop étroit pour faire passer les serveurs s’il y a du monde).
  5. Il a supprimé les « vérandas » pour les remplacer par des terrasses, obligeant ainsi les serveurs à passer devant le comptoir.

De fait, alors que nous pouvions tenir à une bonne trentaine, maintenant, dès qu’on dépasse la dizaine, c’est le bordel. Donc les nouveaux potentiels clients n’aiment pas.

Surtout, il a fermé le comptoir aux heures de service, donc à 19 heures. C’est ainsi que j’ai pris l’habitude d’aller à l’Amandine et d’y boire un verre tous les soirs vers 20 heures avec Corinne et sa mère. J’y reviendrai.

Enfin, il a eu parmi ses serveurs deux beaux cons qui ruinaient l’ambiance et c’est parti en couilles…

J’ai continué à y aller par amitié pour Jim mais aussi parce que c’était ouvert tout le temps ! J’ai donc conservé mes habitudes… Progressivement, la fermeture du comptoir à 19 heures a arrêté parce qu’ils ont constaté que le restaurant ne fonctionnait toujours pas le soir.

En juin 2010, de nouveaux patrons et de nouveaux serveurs sont arrivés, recréant ainsi une bonne ambiance.

Je suis resté client malgré le départ de Jim, n’ayant aucune raison de changer mes habitudes…

Le dimanche matin, il y avait un marché depuis toujours. Du coup, il y avait beaucoup de monde mais la clientèle du marché à progressivement déserté le bistro. La baisse est constante depuis très longtemps, avant mon arrivée dans le quartier.

L’Amandine

Avec les copains de l’Aéro, on y allait vers 20h30 ou 21h le samedi, quand Abdel fermait. Eux, c’était tous les jours. Le bistro étant fermé le dimanche, le patron était d’humeur joyeuse.

Le vieux Joël a alors arrêté de boire et le gros Loïc a eu des soucis de santé. Du jour au lendemain, Jacky le boucher a déserté le quartier pour le Petit Relais. La Comète a commencé à ouvrir le samedi.

Progressivement, le patron de l’Amandine a commencé à fermer de plus en plus tôt. Il avait des problèmes avec son personnel et était obligé de travailler comme un fou. Du coup, il ferme à 21 heures mais, dès 20 heures, il n’y a plus un chat. Le patron a fait le ménage et a viré tous les ivrognes pour avoir la paix.

Le marché ayant été déplacé pendant les travaux de la Nationale, il a été obligé d’ouvrir le dimanche et a décidé de fermer à 15 heures le samedi.

J’ai ainsi progressivement pris l’habitude d’y aller tous les jours, vers 20 heures, parce que le comptoir de la Comète était fermé, pour boire un verre avec Corinne et sa mère, ce que je fais également le samedi midi.

Bilan

Monts d’Aubrac : fermé.
Amandine et Aéro : plus de clients à mes heures et fermetures plus tôt.
Comète : plus de clients au comptoir.

Enfin, à cause des blogs, je traine de plus en plus le dimanche et le samedi et ne sort qu’après midi. Je loupe donc les apéros qui permettraient de rencontrer du monde…

Hier, la soirée s'est terminée normalement, avec Ramdane et le vieux Joël...

8 commentaires:

  1. •✰ •✰ •✰ •✰ •✰ •✰
    Coucou Nico !
    Et oui ! la vie des clients, des bandes de copains, des habitués évolue, et leur fréquentation des bistrots aussi...
    Est-ce que tu penses que les gens consomment + chez eux par manque de moyens ?

    Allez ! A+ et bon après-midi Nico !!!!
    •✰ •✰ •✰ •✰ •✰ •✰

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    1. Bonne question. La réponse est certainement positive mais il y a autre chose, une évolution de la société, très lente. Dans mon quartier, il y a d'autres phénomènes. D'une part, les habitants changent. De plus en plus de riches d'un côté et de musulmans de l'autre. Les deux catégories ne vont pas au bistro. D'autre part, un centre commercial gigantesque a été construit entre 2007 et 2010, créant des chamboulements dans le quartier et un impact dans le quartier. Par exemple, quand le centre a ouvert, les bistros ont perdu la clientèle des gens qui bossaient à la construction.

      Enfin, le siège du Crédit Lyonnais est depuis quelques mois à 300 mètres. Du coup, les restaurants marchent très bien le midi. Je ne sais pas combien de gens y travaillent mais il suffit de 5% qui ne mangent pas à la cantine mais à la Comète ou un autre bistro plus près du siège, pour que la Comète soit pleine avec des répercussions sur l'Amandine.

      Bonne fin de week end.

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    2. •✰ •✰ •✰ •✰ •✰ •✰
      MERCI à toi de m'expliquer tout cela. Effectivement, toutes ces raisons mises bout à bout font que les bistrots sont beaucoup moins fréquentés.
      Bises et A+ (ici il est déjà presque 20H)
      •✰ •✰ •✰ •✰ •✰ •✰

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    3. C'est toujours la même chose quand je papote avec toi, chez toi ou ici, je ne sais jamais qu'elle heure il est !

      Bonne nuit, donc !

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  2. Il est urgent que tu t'occupes de tes blogs à un autre moment et que tu "refasses" les apéros, puisque c'est là que tu peux rencontrer des gens ... CQFD !
    C'était : "les bons conseils de tante solveig", ne me remercie pas ...

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