20 octobre 2014

Scènes de train

Ayant réservé mon billet tardivement, je n’avais pas de place attitrée dans le TGV pour le retour. A Saint Brieuc, il y avait une foule incroyable. J’ai compris que je n’aurais pas de place normale. Je me suis donc précipité vers la voiture bar : je passe bien des soirées debout au comptoir, je peux supporter un voyage debout si les conditions sont bonnes, ce qui n’est pas possible, dans le train, ailleurs qu’au bar. Je n’ai bu qu’une bière.

Le train part.

Il s’arrête à Lamballe. Vers la voiture 16 ou 17, une jeune dame avec un bébé a eu peur de ne pas avoir le temps de sortir et elle a actionné le signal d’alarme. Elle a réussi à sortir et est partie en courant. Le contrôleur passant dans le coin, il rétablit le machin immédiatement et le train repart sans que personne ne remarque quoi que ce soit. Au bout de quelques mètres, il s’arrête à nouveau. Le machiniste appelle le contrôleur pour lui signaler un problème sur une porte. Le contrôleur n’arrive pas à rétablir. Il appelle les services de support qui lui donnent le mode d’emploi. En fait, la petite dame n’avait pas tiré très fort le signal d’alarme ce qui fait que le fil de plomb permettant de sceller le truc n’était pas cassé.

Je tiens ces informations relativement précises du fait que j’étais dans la voiture bar où se sont concentrés les gens qui pouvaient être concernés par le retard, notamment ceux qui changeaient à Rennes et avaient 7 minutes pour changer de TGV et prendre celui pour Massy (qui permet d’aller ensuite dans différentes directions, notamment vers Lyon et Marseille, mais aussi vers Strasbourg, ce que j’ignorais).

Le contrôleur était là, avec son téléphone qu’il utilisait pour joindre la gare de Rennes pour tenter de négocier de faire patienter une dizaine de minutes l’autre TGV. Les gens venaient le harceler de questions diverses pour la poursuite du voyage et il n’avait pas trop de réponses à apporter. Finalement, la SNCF a refusé de retarder le départ du train pour Massy. Les gens étaient invités à rester dans le TGV pour Montparnasse où ils seraient pris en charge par la SNCF.

Tout ce beau monde discutait de chose et d’autres, le contrôleur leur proposait des trains en correspondance à Paris… Ca occupe une première partie de voyage.

Je vous passe le petit teigneux arrivant en courant ayant dit « c’est une dame avec un enfant, j’ai tout vu. » A croire que nos concitoyens ont la dénonciation dans le sang. Ceci a détourné le débat sur les punitions exemplaires dont on devrait punir ce genre de vandale qui déclenchent le signal d’alarme et partent en courant. Il faudrait d’ailleurs des policiers sur les quais mais l’Etat socialiste baisse les moyens des forces de l’ordre.

A l’approche de Rennes, le contrôleur nous a quittés pour aller faire son annonce dans le micro. Il parlait de manière décousue, comme s’il avait bu, mais j’ai cru comprendre qu’il disait que les voyageurs qui devaient changer de TGV à Rennes était invités à rester dans le train et qu’ils seraient pris en charge à Montparnasse.

J’ignore comment c’est passé le reste de leur voyage. A Paris, il y avait des taxis qui attendaient au bout du quai avec des pancartes au nom des gens, pratique courante en province quand il faut réserver des taxis à l’avance mais très rares à Paris. Une demi-douzaine de types attendaient donc. J’ai été frappé par les pancartes : elles étaient toutes identiques et écrites proprement. J’ai alors vu qu’il s’agissait de tablettes genre iPad avec le nom écrit en gros. On n’arrête pas le progrès.

Je pense que les passager qui n’avaient pas de train à prendre en urgence à Paris ont été invité à changer de gare en métro vu le nombre d’andouilles qui sont venues au wagon bar acheter des tickets. Notre TGV était déjà complet. A Rennes, ceux qui auraient dû prendre le TGV pour Massy sont resté dans celui-ci qui grouillait donc de monde ! Un bordel… Les gens, déjà pénalisés par un retard, se retrouvaient obligés de faire deux heures de voyage debout.

A un moment, j’ai laissé la place où j’étais convenablement installé pour aller acheter une bière. J’ai vu une dame prendre son élan pour me la piquer, je n’ai pas eu le temps de dire ouf. La conne ! D’autant plus conne, d’ailleurs, qu’à Laval elle a vu que des places assises se libéraient, elle a couru pour en grappiller. J’ai récupéré la mienne. Mais des gens sont montés dans le train et elle a tout perdu. Elle écumait.

Ainsi, à l’approche de Paris, plusieurs personnes sont venues acheter un ticket de métro. Ce pauvre préposé s’est retrouvé en rupture de stock. Il s’est fait engueuler par une dame : « mais quoi hein j’ai traversé la moitié de la rame pour venir acheter un billet et vous n’en avez plus vous auriez pu faire une annonce à votre micro. » J’ai didiergoutisé : « Madame, il faudrait arrêter de faire des annonces déplaisantes à ce pauvre micro qui en a déjà entendu assez aujourd’hui. » Elle m’a jeté un regard noir et a engueulé le vendeur qui rigolait comme une madeleine. J’ai alors repris : « Madame, quand votre hypermarché a épuisé son stock de brocolis, il ne fait pas une annonce sur RTL pour prévenir les clients, qui, d’ailleurs, gueuleraient parce qu’il n’y a jamais de brocolis dans ce magasin et qu’ils iront faire leur course ailleurs, même ceux qui n’aiment pas les brocolis. » Elle criait de plus en plus fort et le brave commerçant a fini par l’envoyer chier tout en restant extrêmement aimable avec les autres clients qui comprenaient parfaitement que le bar du TGV ne dispose plus de ticket de métro à la vente ce qui n’était pas très grave, ils pourraient en acheter au guichet du métro.

Finalement, le train avait un bon quart d’heure de retard à Montparnasse.



7 commentaires:

  1. l’aventure commence à l'aurore
    à l'aurore de chaque matin .......

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  2. La dame qui gueulait, c'était pas Morano par hasard ?

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  3. J'adore lire ce que tu vis.
    Tu racontes bien ... et on est "dans l'histoire".

    MERCI Nico
    GROS BISOUS !

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  4. On sent le vécu. Il faut reconnaître qu'il y a une immense maitrise de soi chez le contrôleur. Ils doivent être les champions de calmants parfois.

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