07 septembre 2012

Des comptoirs et des anecdotes

Dans la série des conseils pour être bien au bistro, je préparais un billet pour donner quelques trucs pour être bien avec les gens qui travaillent dans ces établissements. On peut parfois avoir une réelle proximité avec eux jusqu’à qu’une réelle amitié se crée. J’ai doublé le mot « réelle » dans la dernière phrase parce que les relations dépassent le simple copinage un peu viril de gens qui passent beaucoup de temps ensemble dans le but essentiel de rigoler (et, pour le patron, de gagner de l’argent, ne l’oublions pas).

Par exemple, Josiane, l’ancienne serveuse de la Comète est partie en retraite en décembre 2007. En août, elle a fait une grosse fête chez sa sœur, dans la Sarthe, avec toute sa famille et quelques amis pour célébrer sa nouvelle vie : départ de la région Parisienne pour habiter au Mans et concubinage actif avec un nouveau compagnon. De toutes ses anciennes relations, elle avait invité Martine et Jean, ses anciens patrons, Emilie et Jim, son ancien collègue, et moi. Nous étions cinq « de Bicêtre » après 40 ans de travail à Paris qu’elle avait tenu à inviter. J’étais le seul « non collègue ». Le seul ancien client…

Vous voulez une autre anecdote ? En 2001, Mouloud, le patron des Monts d’Aubrac, recevait sa mère de 75 ans qui venait de Kabylie pour la première fois en France. Elle prenait pour la première fois l’avion, … Au lendemain de son arrivée, il fallait qu’elle aille à Belfort, dans la famille pour une dizaine. Mouloud était effrayé. Il devait prendre le métro puis le train avec elle. Il voulait la ménager, quoi ! Alors, spontanément, j’ai proposé de l’amener en voiture. 1000 kilomètres tout rond aller-retour…

En préparant mon billet, des tonnes d’anecdotes me sont revenues en mémoire. Certaines sont personnelles et ne peuvent pas être racontées. D’autres méritent bien un billet à elles-seules.

Pas toujours lisibles par les enfants, hein ! Par exemple, je ne vais pas raconter la fois où j’ai tenu le bar pendant qu’Abdel essayait de retirer un caleçon de ces chiottes à la Turc que le client avait utilisé pour s’essuyer parce qu’il n’y avait plus de papier. Ce qui nous avait alerté, c’est que le client restait longtemps et avait tiré plusieurs la chasse. Vous imaginez le tableau.

Josiane

Un soir, je rentrais de réunion en banlieue. Mon directeur m’avait ramené en voiture et je lui propose de boire une bière. Nous allons au comptoir de la Comète et commandons de demis au patron.

Josiane arrive derrière mon dos, elle me donne une grande claque dans les fesses : « Alors, le gros, tu bosses de moins en moins, te v’la déjà au bistro, j’vais l’dire à ton chef ! »

Pan pour ma réputation…

Josiane, encore

Ben oui, il fallait que je me venge…

Nous avions un jeu idiot. Je ne sais pas comment ça a commencé. Quand elle commençait le ménage, à la fermeture, vers 20 ou 21 heures selon le nombre de clients, je lui demandais pour l'encourager « Alors, mémère, ton ménage, ça avance ? ». Elle me répondait en prenant une voix vieille parisienne : « ta gueule, connard ! » C’était devenu un rituel qui faisait rigoler tous les habitués.

Un jour, fait exceptionnel, j’étais là pendant le service du midi. Elle passait un coup de balais au pied du bar (à l’époque c’était fumeur, le coup de balai était nécessaire toutes les heures). Je lui envoie la phrase rituelle : « Alors, mémère, ton ménage, ça avance ? ». Elle, par réflexe : « ta gueule, connard ! »

La tronche de ses clients habituels !

Martine

C’était la patronne de la Comète, jusqu’à fin 2007. La femme du patron, quoi ! Ne chipotez pas. J’avais refait entièrement mon appartement. Comme j’étais content, elle m’avait demandé à visiter. Nous prenons rendez-vous à la Comète à 10 heures et allons chez moi, avec Josiane.

Au retour à la Comète, nous discutons un peu mais ça s’éternisait. Pour être franc, je commençais à avoir une sérieuse envie de chier, celle du type qui a bu trop de bière la veille au soir, le machin qui allait sortir en éventail. Je voulais rentrer chez moi pour faire ça à tête – ou à cul ! – reposée sans importuner les clients par d’éventuelles nauséabonderies sonores. Bref…

Au cours de la discussion, Marine me propose d’aller visiter son appartement à elle, au troisième étage de l’immeuble où était la Comète. J’étais moyennement réjoui mais comment refuser, tellement elle avait l’air fier de l’aménagement ! Nous montons. Il y avait un autre copain, avec nous. Je crois bien que c’était Patrice, dont je parlais d’hier.

Nous visitons chacune des pièces, je me tordais le ventre, l’horreur absolue, un mal de chien, je ne pensais plus qu’à ça, ce qui fait que je n’ai rien vu de l’appartement.

On redescend, tous les trois et elle essaie de me faire dire à Jean que l’appartement était très bien… je n’ai pas eu le temps de répondre, je suis descendu aux toilettes… Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur…

Quand je suis remonté, elle faisait la tête.

Josiane, la grande gaffeuse

Jean avait l’habitude de dire aux clients qu’ils connaissaient bien, « bonjour à ta grosse », quand ils partaient. Cela n’est que de l’argot et veut dire « tu feras la bise à ton épouse de ma part ». Et puis, merde, on est au bistro, on peut redevenir un gros con machiste.

Un client, Jean-Michel, était toujours amusé par cette expression. Du coup, j’avais pris l’habitude (que j’ai toujours, d’ailleurs), de lui dire « bonjour à ta grosse ! »

Un jour, il sort, Josiane passait par là et croyait que j’avais oublié de le dire. Du coup, elle se met à crier : « Hé ! Bonjour à ta grosse ! »

Une très grosse femme était assise à la porte. D’où mon silence…

Karim, le patron de l’Aéro

Il avait installé un miroir sur le mur des toilettes pour cacher des trous après voir changé la chasse d’eau. Du coup, on se voyait la bite en pissant. Je vous le déconseille, ce n’est pas spécialement beau. C’était devenu un sujet de rigolade. On ne disait plus qu’on allait pisser mais qu’on allait se regarder la bite.

Un jour, Karim est pris d’une urgence et comme il avait des clients inconnus, pour leur montrer que le bar était bien gardé dit assez fort : « Hé, Nicolas, tu peux surveiller, je m’absente deux minutes ! »

Moi, sur le même ton : « Ah ! Tu vas te regarder la bite ! »

La tronche des clients…

Clémence

Avec les nouveaux patrons, La Comète arrête de faire des cafés après 19 heures. C’est pour éviter que des gens s’attardent et monopolisent la terrasse en faisant fuir les gens qui voudraient consommer autre chose (ben oui, un type qui arrive après 19 heures ne consommera que pour 2€20 de café jusqu’à son départ).

Un jour, un client insistait vraiment. Clémence me montre du doigt : « Hé ben, vous n’avez qu’à voir ça avec mon patron. »

A moi de me démerder…

(c’était avant que je me fâche vaguement avec elle, on avait bien rigolé).

Jim

« Hé ! Gros, tu peux débarrasser la table ! »

Ca va, ouais !

Josiane

Moi : « Tiens ! Tu peux me remettre un demi, s’il te plait ! »
Elle : « Ah ! Tu fais chier, t’as qu’à te servir toi-même. »

OK…

Mouloud

« Burp, Hips, Nicolas, tu peux nous resservir une tournée, j’suis trop saoul »

D’accord.

(Mouloud a eu une salle période, dépression et s’était mis à picoler vraiment très dur. Son frangin et associé avait du prendre une semaine de vacances et je passais tous les soirs à la fermeture voir si tout était OK ; ce soir là, il avait fallu que je fasse le service jusqu’au départ des clients et, avec un autre habitué, nous avons fait le ménage ensuite…).

Mouloud

Le « vieux René » était mort après une opération du cœur. J’avais organisé une collecte et on avait mis une petite affiche pour inviter les gens à cotiser. Après l’enterrement où nous étions avec le gros Loïc, on est passé aux Monts d’Aubrac. Des andouilles avaient donné des sous pendant la cérémonie et Mouloud me les donne quand je rentre dans le bistro.

Moi : « Ah merde ! Mais ils sont cons… Qu’est-ce que je vais faire du pognon ? »
Mouloud : « T’as qu’à payer une tournée. »

D’accord.

Martine

Il y avait une grande rousse mince d’une quarantaine d’années qui trainait là tous les soirs. Elle s’asseyait en salle et buvait tranquillement sa bière. Evidemment nous la reluquions et elle nous faisait un peu de gringue. On rigolait, quoi… Personne ne voulait y toucher parce qu’on se demandait si ce n’était pas un travelo.

On a fini par sympathiser et par se parler de plus en plus. Elle en salle, les hommes au comptoir, Jean à sa caisse. On "jouait" à se faire du gringue...

Un soir (je crois), Jean n’était pas là et c’est Martine qui le remplaçait. Notre rousse arrive et j’étais le seul de la bande (donc ce n’était pas un soir). On discute. Quand elle part, Martine me demande « qui c’est celle là ? » avec la jalousie féminine qui transpirait…

Moi : « Ah ben une cliente qui vient tous les soirs. On rigole bien »
Elle : « Ah ben ! Je comprends pourquoi Jean rentre de plus en plus tard. »

Me voila en train de bredouiller des explications.

Martine a fait la gueule à Jean quelques semaines.

Jean

« Bon, les gars, vous me faites chier, je ferme ! »

OK patron ! A demain !

9 commentaires:

  1. Trop drôle!
    Et sinon, vous jouiez à chat-bite aussi ?

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  2. J'adore! ce genre d'anecdote, je suis fan!

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    1. Je l'ai mis dans ma blogroll, ainsi que les autres principaux, oui, je m'y suis déjà promenée, avec un grand plaisir d'ailleurs...ou la, je fais groupie rare, moi...

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